La Pêche aux écrevisses, est une peinture à l'huile sur toile de François-Alfred Delobbe présentée au Salon de 1878., au palais des Champs-Élysées.. Ce tableau marque l'entrée du peintre au catalogue de la Maison Braun & Co., une des principales entreprises de reproduction photographique d'œuvres d'art au .. Il marque aussi la véritable naissance du « Delobbe breton », ce Salon étant directement suivi par le mariage du peintre avec une jeune femme de Pont-l'Abbé..

Delobbe en 1878 En 1878, Delobbe est un jeune maître Hors-Concours qui a touché à tous les genres, reconnu autant pour ses scènes de genre (Soir d'hiver est au musée d'Annecy, Le Retour des champs au musée de Rochefort), ses essais orientalistes (N'Fissa, femme d'Alger est au musée de Dijon), que pour des tableaux plus ambitieux qui lui ont valu deux médailles (Pyrame et Thisbé est au musée de Bernay, Le Joueur de flûte champêtre au musée de Carcassonne.) Ses tableaux ont été placés aux quatre coins de la France, ce qui montre à quel point il représente l'art officiel de son temps. Apprécié pour sa douceur et son sens du sentiment, il est internationalement diffusé par Goupil.

Delobbe au Salon de 1878 En 1878, il présente une scène rurale, simple, intime, presque ethnographique. Théodore Véron nous la décrit ainsi dans son Dictionnaire Véron :

vignette|Un jeune pêcheur retrouve, au fond d'un ruisseau, les pieds que sa petite amie y avait laissé tomber par mégarde. Caricature du tableau La pêche aux écrevisses de Delobbe, Le Journal Amusant du . Delobbe choisit de représenter des enfants du peuple, non idéalisés, mais représentés avec une grande tendresse. Le décor est un paysage réel, inspiré des environs de Concarneau. Une lumière douce, filtrée par les arbres, crée une atmosphère fraîche, un réalisme poétique. La palette de verts profonds, de bruns chauds, touches de rouge (fichu), blancs lumineux (chemises), est une palette naturaliste, très différente de ses tableaux Renaissance.

Delobbe présente un deuxième tableau au Salon de 1878, La Dernière Flèche. Ce tableau n'est pas localisé, mais il en reste des descriptions. Théodore Véron nous le décrit ainsi : « Un bel Amour aux petites ailes blanches est accroupi sur une draperie bleue, et prend sa dernière flèche qu'il examine, toujours dans la belle manière de Bouguereau. » La Revue des idées nouvelles en brosse également le portrait : « Un petit amour, le regard empreint d'une pureté troublante, une couronne d'églantines autour de ses cheveux blonds bouclés, est assis sur la mousse, s'appuyant à terre des deux mains, dont l'une tient le carquois et l'autre la flèche, et il a au-dessus de sa tête des frondaisons enchevêtrées. Cependant, et c'est là une très-heureuse idée du peintre, un coin de ciel et de mer, c'est-à-dire d'infini, se laisse voir par une baie pratiquée dans la caverne verdoyante de ce joli petit brigand.. »

La Pêche aux écrevisses est remarquée. Pour l'influent Charles Clément du Journal des débats, « Dans ses deux tableaux La Dernière Flèche et La Pêche aux écrevisses, M. Delobbe se soutient ; mais il a pourtant exposé des ouvrages qui avaient une plus grande portée, et dont l'exécution était plus personnelle et plus accentuée. Le dernier de ces tableaux m'a surtout intéressé par son accent d'extrême vérité. Il représente un jeune garçon les jambes nues, qui est entré dans le ruisseau pour pêcher des écrevisses ; il vient de soulever une grosse pierre et il a fait une belle capture : l'expérience lui manque un peu, car il tient la bête à pleines mains, mais c'est là un détail qui ne choquera que les pêcheurs émérites. Sa compagne, debout sur la rive, une main appuyée à une roche, se penche sur l'eau pour lui tendre son panier déjà presque plein. Les deux figures, très justes de mouvement et d'expression, font une bonne figure dans le paysage qui les encadre d'une manière heureuse. La couleur, sans être très riche ni très vive, est convenable et agréable, et l'impression de plein air est bien rendue. Le dessin pourrait être plus ressenti, l'exécution plus poussée ; mais il y a dans cet ouvrage un ensemble de qualités moyennes qu'on est heureux de rencontrer.. »

Delobbe et la Bretagne : un naturalisme poétique, pas un naturalisme dur vignette|François-Alfred Delobbe ; Yvette la jeune forestière ; souvenir de Pont-Aven (Finistère) 1893 Philbrook Museum of Art. Delobbe ne fait pas du naturalisme « à la Bastien-Lepage » ou « à la Millet ». Il ne cherche pas la misère, ni la dureté du travail rural. Il propose un naturalisme tendre, où les enfants sont beaux, la nature accueillante. La pêche aux écrevisses est une activité humble, traditionnelle, liée à l’enfance rurale, qui symbolise autant la découverte du monde que la simplicité de la vie paysanne.

La Pêche aux écrevisses n’est pas une apparition soudaine de la Bretagne dans son œuvre, c'est l’aboutissement d’un ancrage breton ancien, profond, nourri par des amitiés, des voyages, des réseaux artistiques et des affinités esthétiques déjà bien établis depuis les années 1860.. Delobbe est un habitué du Finistère depuis au moins 1868, grâce à ses amitiés avec Alfred Guillou, son condisciple des Beaux‑Arts, Théophile et Léon Deyrolle, et les réseaux d’artistes qui circulent entre Paris, Concarneau, Pont‑l’Abbé et Douarnenez.. Alfred Guillou joue un rôle décisif ans la carrière de Delobbe en l'invitant à Concarneau. Il lui fait découvrir les modèles, les costumes, les paysages, les familles locales. Sans Guillou, Delobbe n’aurait probablement jamais développé sa veine bretonne. Dès 1870, il expose au Salon une Jeune Fille de Concarneau (Finistère). En 1874, il revient avec : Le Retour des champs, Saint‑Briac (Ille‑et‑Vilaine)., acheté par l’État, et Marie Jeannic ; souvenir de Concarneau (Finistère).. Il alterne alors Finistère sud et côte d’Émeraude, comme beaucoup d’artistes de la colonie..

Un mariage tardif : pourquoi Delobbe attend-il 43 ans ? vignette|François-Alfred Delobbe, Marie Jeannic, souvenir de Concarneau, Salon de 1874. Plusieurs facteurs se combinent : Delobbe passe les années 1860–1870 à se former (Couture, Bouguereau), exposer régulièrement au Salon, entrer dans les circuits Goupil, construire sa réputation. Fils d'un modeste commerçant fruitier, il n’a ni fortune familiale, ni rente : il doit réussir avant de fonder un foyer. Les critiques le décrivent comme discret, travailleur, peu mondain.

Eugénie Nicolas est née en 1854 à Pont‑l’Abbé. Fille de Pierre Nicolas, négociant, âgé de 74 ans. Domiciliée rue du Quai, quartier populaire tourné vers le port.. Vingt-quatre ans au moment du mariage. Elle n’appartient pas au monde parisien des artistes, ni à la bourgeoisie. C’est un mariage d’amour, pas un mariage stratégique. Eugénie Nicolas incarne la Bretagne réelle, la jeunesse, la fraîcheur, la stabilité, un monde non parisien, un ancrage affectif profond. Elle donnera à Delobbe des filles qui deviendront les modèles de certains de ses plus beaux tableaux.

Le mariage est célébré à Pont-l'Abbé le samedi 17 août 1878. Les témoins de Delobbe sont Jean‑Antoine Mercié (32 ans), statuaire célèbre, Prix de Rome, ami proche de Delobbe, figure majeure de l’art officiel, et Ambroise‑Théodore Lemonnier (54 ans), peintre installé à Concarneau, très lié aux artistes travaillant en Bretagne. Delobbe ne découvre pas la Bretagne en 1878, il s’y enracine. Le mariage avec Eugénie Nicolas scelle son lien affectif avec Pont‑l’Abbé, l’intègre dans une famille locale, lui donne un foyer breton. Après 1878, la Bretagne n’est plus un sujet : c’est sa vie.

L’École de Concarneau vignette|Alfred Guillou, Arrivée du pardon de Sainte-Anne-de-Fouesnant à Concarneau - musée des Beaux-Arts de Quimper. L’École de Concarneau — antérieure à Pont‑Aven — se structure dans les années 1860 autour de Alfred Guillou (1844–1926), Théophile Deyrolle (1844–1923), Léon Deyrolle, Delobbe, Lemonnier, et quelques autres artistes parisiens attirés par la lumière et les types bretons. Cette colonie se caractérise par un naturalisme tendre, des scènes de pêche, des enfants, des costumes traditionnels, une lumière douce, un intérêt ethnographique mais poétique.

Les Deyrolle : un autre lien essentiel Théophile et Léon Deyrolle, très présents aux Salons, sont des peintres naturalistes installés en Bretagne, proches de Guillou, amis de Delobbe. Ils forment avec lui le noyau dur de la colonie.

Importance historique : l’entrée chez Braun & Cie vignette|Universum. 1. 1884 Krebsfang. Nach einem Gemälde von A. Delobbe Braun & Cie est, avec Goupil, l’un des deux géants mondiaux de la reproduction photographique d’art. Leur catalogue ne retient que les œuvres les plus populaires, les images les plus susceptibles de plaire au public international. Que La Pêche aux écrevisses soit choisie signifie que son naturalisme tendre plaît. À partir de 1878, les tableaux connus de Delobbe seront à la fois reproduits et diffusés par Goupil & Co. et Braun & CoCatalogue général des reproductions inaltérables au charbon d'après les chefs-d'œuvre de la peinture : dans les musées d'Europe, les galeries et collections particulières les plus remarquables..

Marché de l'art Estimée entre ; la Pêche aux écrevisses a été adjugée lors de son dernier passage en vente publique, le 27 juillet 2019 à La Nouvelle-Orléans..

Références

Liens externes

Catégorie:Tableau de François-Alfred Delobbe Catégorie:Tableau réalisé en 1878 Catégorie:Enfant dans la peinture Catégorie:Femme dans la peinture Catégorie:Pêche dans la peinture Catégorie:Crustacé dans la peinture Catégorie:Cours d'eau dans la peinture Catégorie:Finistère dans la peinture Catégorie:Œuvre exposée au Salon de 1878 Catégorie:Œuvre de François-Alfred Delobbe dans une collection privée Catégorie:Tableau du XIXe siècle