Paulicéia Desvairada (du portugais, littéralement « São Paulo frénétique », souvent traduit par Ville hallucinée) est un recueil de poèmes de Mário de Andrade, publié en 1922.
Il s'agit du deuxième recueil poétique d'Andrade, ainsi que de son œuvre la plus controversée et la plus influente.
L'utilisation libre du rythme et de la métrique par Andrade introduit dans la poésie brésilienne des idées modernistes européennes révolutionnaires, alors que celle-ci demeurait jusque-là fortement attachée aux formes classiques et régulières.
Composition « Paulicéia » est un surnom donné à la ville de São Paulo, ville natale de Mário de Andrade et lieu de publication du livre. Dans plusieurs poèmes du recueil, Andrade désigne directement la ville sous ce nom.
L'ensemble du livre est profondément lié à São Paulo, aussi bien sur le plan artistique qu'historique. Il naît directement de l'expérience d'Andrade au cœur du milieu artistique paulista dans les années précédant 1922, année fondatrice du modernisme brésilien dont il devient l'une des principales figures littéraires.
Selon la mythologie personnelle construite par Andrade autour du livre, celui-ci trouve son origine dans une expérience particulièrement marquante vécue en 1920 : la colère de sa famille après l'achat d'une sculpture de Victor Brecheret, considérée comme blasphématoire.
Brecheret, ainsi que plusieurs jeunes artistes et écrivains proches d'Andrade — notamment Oswald de Andrade, Anita Malfatti, Di Cavalcanti et Menotti Del Picchia — influencèrent fortement le développement du livre.
Andrade expliqua dans la préface avoir commencé par un texte très long, écrit rapidement et de manière relativement désordonnée, avant de le réduire progressivement jusqu'à sa forme finale. Cette méthode rappelle celle utilisée par T. S. Eliot pour The Waste Land.
Structure et approche Le livre est composé de vingt-deux courts poèmes, chacun proposant une image fragmentaire d'un aspect de la vie à São Paulo, suivis d'un long poème intitulé As Enfibraturas do Ipiranga (« Les fibratures morales de l'Ipiranga »), sous-titré « Oratorio profane ».
Ce dernier texte comprend des indications scéniques volontairement impossibles, telles que :« Les 550 000 chanteurs se raclent rapidement la gorge et prennent des respirations exagérément profondes. »Plusieurs de ces poèmes furent lus par Mário de Andrade durant la Semaine d'art moderne de 1922, organisée avec Di Cavalcanti, Anita Malfatti et d'autres artistes modernistes.
Le recueil est précédé d'un essai théorique rédigé après les poèmes eux-mêmes et intitulé ironiquement Préface extrêmement intéressante (Prefácio Interessantíssimo). Ce texte expose les principes poétiques de l'auteur et défend une utilisation libre et musicale du vers.
Les poèmes abandonnent : la métrique régulière ; la rime traditionnelle et la phrase complète classique.
Ils privilégient au contraire des fragments rythmiques ; des juxtapositions d'images ; une oralité moderne et une syntaxe discontinue.
Lors des premières lectures publiques, ces innovations provoquèrent des huées, bien qu'une partie du public ait immédiatement perçu leur importance historique.
Les poèmes mêlent euphorie moderniste et mélancolie urbaine, en s'intéressant à des aspects ordinaires et parfois sordides de la ville moderne.
Le poème Tristura (« Tristesse ») débute ainsi :Profundo. Imundo meu coração...
Olha o edifício: Matadouros da Continental.
Os vícios viciaram-me na bajulação sem sacrifícios...
Minha alma corcunda como a avenida São João.. Dédicace Publié la même année que la Semaine d'art moderne de 1922, le livre affirme explicitement sa volonté de rupture artistique dès sa dédicace.
Le recueil est dédié à Mário de Andrade lui-même :« Maître bien-aimé,Dans les nombreuses brèves heures que vous m'avez fait passer à vos côtés, vous m'avez souvent parlé de votre foi dans un art libre et sincère ; et j'ai reçu le courage de ma Vérité et la fierté de mon Idéal non de moi-même mais de votre expérience... »Par ce geste, Andrade détourne les dédicaces traditionnelles adressées aux muses ou à Dieu et place l'autorité artistique à l'intérieur du sujet moderne lui-même.
Le texte évoque également Adrien Sixte, personnage du roman Le Disciple de Paul Bourget, philosophe positiviste incapable d'assumer pleinement les conséquences morales de ses idées. Andrade oppose à cette figure une fidélité radicale à ses propres convictions artistiques.
Importance Paulicéia Desvairada est généralement considéré comme l'un des textes fondateurs du modernisme brésilien.
L'œuvre joue également un rôle central dans la constitution d'une modernité spécifiquement brésilienne, distincte des modèles académiques européens tout en dialoguant avec les avant-gardes internationales.
Notes et références
Bibliographie
Articles connexes
Modernisme brésilien Semaine d'art moderne de 1922 Mário de Andrade Oswald de Andrade Anita Malfatti Di Cavalcanti Victor Brecheret
Catégorie:Recueil de poèmes paru au XXe siècle