Roger Scott Nichols, né le , mort le , est un ingénieur du son, producteur et inventeur américain.

Il est principalement connu pour son travail avec le groupe Steely Dan et avec John Denver. Il a également travaillé comme ingénieur du son pour de nombreux artistes majeurs, parmi lesquels figurent notamment les Beach Boys, Stevie Wonder, Frank Zappa, Crosby, Stills & Nash, Al Di Meola, Rosanne Cash, Roy Orbison, Cass Elliot, Plácido Domingo, Gloria Estefan, Diana Ross, Béla Fleck and the Flecktones, Rickie Lee Jones, Kenny Loggins, Mark Knopfler, Eddie Murphy, Michael McDonald, James Taylor, Toots Thielemans, et bien d'autres.

En reconnaissance de sa carrière, il reçoit le 11 février 2012 un Grammy Award spécial pour l’ensemble de sa contribution technique (Special Merit/Technical Grammy Award), qui constitue son huitième Grammy Award. Son ouvrage The Roger Nichols Recording Method, un guide consacré à l’ingénierie du son, est publié à titre posthume le 17 juin 2013.

En mai 2010, Nichols est diagnostiqué d’un cancer du pancréas au stade IV. Il meurt des suites de la maladie à son domicile le 9 avril 2011. Dans le titre de sa nécrologie publiée par le New York Times, il est décrit comme « Artist Among Sound Engineers » (« un artiste parmi les ingénieurs du son »).

Jeunesse

Roger Scott Nichols nait à Oakland, en Californie. Son père est pilote de bombardier B-47 dans l’United States Air Force ; en conséquence, la famille Nichols vit dans différentes régions des États-Unis au cours de ses onze premières années. En 1957, sa famille s’installe à Cucamonga, en Californie, où Nichols est au lycée. Parmi ses camarades de classe figure Frank Zappa. Zappa se rend parfois chez Nichols pour « jouer de la guitare », et les deux utilisent le premier dispositif d’enregistrement de Nichols, un magnétophone à bande (reel-to-reel) utilisant des bandes de un quart de pouce, afin de réaliser des prises multiples de guitare et de les superposer. Roger Nichols étudie ensuite la physique nucléaire à l’université d’État de l’Oregon (Oregon State University). Entre 1965 et 1968, il travaille comme opérateur nucléaire à la centrale nucléaire de San Onofre (San Onofre Nuclear Generating Station, SONGS)

Premiers studios et entrée dans l’industrie musicale Roger Scott Nichols et certains de ses amis créent leur propre studio d’enregistrement, Quantum Studios, à Torrance, en Californie, en 1965. Le studio est initialement installé dans un garage pour quatre voitures, transformé en un studio quatre pistes destiné à l’enregistrement de groupes de lycée.

En parallèle, Nichols et ses associés créent un magasin de matériel hi-fi comme activité annexe. Cette structure attire une clientèle et des contacts qui conduisent à des travaux d’enregistrement de publicités. Parmi les musiciens impliqués dans ces sessions figurent notamment de futurs artistes reconnus comme Karen Carpenter et Larry Carlton, intervenant sur certains enregistrements publicitaires. Nichols enregistre également à cette époque le batteur Cubby O’Brien, ancien membre du Mickey Mouse Club. Il travaille aussi avec Kenny Rogers, alors membre de The First Edition. Le studio est ensuite agrandi et transféré dans un ancien bureau de poste, puis modernisé en un système 16 pistes.

La vente de matériel d’enregistrement et de machines au premier studio d’enregistrement d’ABC Records conduit Roger Nichols à entrer en contact avec Phil Kaye, responsable du studio. Nichols est recruté en 1970 pour assurer la maintenance du matériel et effectuer des travaux d’ingénierie sonore aux côtés de Phil Kaye et Steve Barri. À cette période, il enregistre également plusieurs artistes pour ABC Records, dont John Phillips et Denny Doherty (anciens membres des Mamas and the Papas), The Grass Roots, ainsi que Hamilton, Joe Frank & Reynolds.

Les années Steely Dan

Rencontres avec Gary Katz, Walter Becker et Donald Fagen En 1971, Roger Nichols rencontre Gary Katz, récemment recruté comme producteur au sein du label ABC/Dunhill. À la même période, Walter Becker et Donald Fagen travaillent également pour ABC en tant qu’auteurs-compositeurs. Un soir, Nichols est sollicité — faute d’autre ingénieur disponible — pour assurer la prise de son d’une session de organisée par Becker et Fagen afin d’enregistrer leurs compositions destinées à être proposées à d’autres artistes. Nichols découvre rapidement qu’il partage de nombreux points communs avec le duo alors encore inconnu, notamment une exigence élevée en matière de qualité sonore. Il est ensuite chargé d’ingénier la réalisation de leur premier album en 1972. Il commence ainsi à travailler avec Katz, Becker et Fagen sur la première incarnation du groupe qui deviendra Steely Dan. Nichols a par ailleurs expliqué que sa collaboration étroite avec Steely Dan et Gary Katz reposait sur une obsession commune pour l’exploitation maximale des possibilités techniques du studio d’enregistrement. Selon ses propres mots : « Nous sommes tous des perfectionnistes. Ce n’était pas une contrainte pour moi de refaire les prises encore et encore jusqu’à obtenir quelque chose de parfait. » Il ajoutait que cette exigence aurait « rendu fous beaucoup d’autres ingénieurs, mais à ma façon, je suis aussi fou qu'eux ».

Enregistrer le groupe naissant À la suite de cette collaboration initiale avec Nichols, Becker, Fagen et le producteur Gary Katz décident en 1972 de confier à ce dernier la prise de son de leur premier album studio, Can’t Buy a Thrill. Cette décision entre en conflit avec les congés d’été de Nichols, et l’enregistrement est finalement repoussé jusqu’à son retour, malgré l’agacement du président d’ABC, Jay Lasker, en raison de l'argent déjà avancé au groupe. Une fois les sessions lancées, le processus d’enregistrement se révèle particulièrement exigeant. Nichols décrira plus tard cette période ainsi : « Nous l’avons terminé en six mois, ce qui était rapide pour eux. Mais même à ce moment-là, leur niveau d’exigence était bien supérieur à celui de tout le monde. Ils n’avaient jamais l’attitude du type “il est tard, ça suffit” ou “personne ne remarquera la différence”. Tout devait être aussi proche que possible de la perfection, techniquement et humainement. » L’album rencontre le succès commercial et produit deux singles à succès, assurant à Nichols un lien durable avec la trajectoire du groupe. Il participera ensuite à la conception de l’ensemble des albums de Steely Dan.

Surnommé l'« immortel » Interrogé en 1993 pour Metal Leg, the Steely Dan Magazine, Nichols revient sur son surnom The Immortal apparaissant sur plusieurs disques du groupe : « Ils essayaient de me tuer. Je travaillais sur des sessions de Johnny Winter le week-end, avec Steve Barri toute la journée et avec Steely Dan la nuit, donc j’étais sollicité 24 heures sur 24. Ils ont essayé de me pousser à bout, mais sans succès. » Il évoque également un incident survenu aux Cherokee Studios : « À un moment, deux magnétophones n'étaient pas correctement mis à la terre, j’ai touché les deux machines et tout a court-circuité. La plaque frontale d’une des machines a complètement fondu, mais je n’ai rien ressenti. Ils ont pensé qu’il se passait quelque chose d’étrange. »

Innovations pour Countdown to Ecstasy Lorsque Walter Becker et Donald Fagen expriment leur frustration lors de l’enregistrement du deuxième album du groupe, Countdown to Ecstasy, concernant la difficulté à obtenir un tempo de batterie régulier, Roger Nichols est contraint d’improviser des solutions techniques. Le morceau Show Biz Kids s’est révélé particulièrement difficile à stabiliser sur le plan rythmique. Selon Brian Sweet dans la biographie du groupe Reelin’ in the Years, Nichols se souvient avoir mis en place une solution technique complexe : « C’était une de ces chansons extrêmement difficiles à jouer exactement dans le bon tempo, avec tous les instruments parfaitement synchronisés. Il n’y avait pas de boîtes à rythmes à l’époque, alors nous avons fabriqué une boucle de bande 24 pistes de huit mesures, ce qui représentait une longueur considérable de bande à 30 ips. Nous l’avons fait passer par la porte du studio, autour d’un petit galet monté sur un trépied de caméra, puis de nouveau dans le studio, avant de la recopier sur une seconde machine 24 pistes. Tout était enregistré sur bande sauf la voix principale et la guitare principale. Cela a fonctionné comme dans un rêve. ». L'illustration au dos de l’album est une photographie du groupe en studio, dans la salle de contrôle, avec la main apparemment détachée de Nichols sur la console de mixage, tandis qu’il est dissimulé sous celle-ciSweet, 1994, pg. 60.

Les années studio de Steely Dan En 1974, après la tournée suivant le troisième album Pretzel Logic, Steely Dan cesse toute activité scénique pour devenir un groupe exclusivement dédié à l’enregistrement en studio, lequel n'est plus constitué que de Fagen et Becker faisant interpréter leur musique par de nombreux musiciens de leurs choix, d'une chanson à l'autre. Les missions de Roger Nichols deviennent alors plus variées. Il intervient notamment dans le diagnostic d’un défaut sur la bande master du single à succès Rikki Don’t Lose That Number dont la cause se révéle être un résidu de moutarde laissé sur la bande. Il participe également à la restauration du son du quatrième album Katy Lied, enregistré aux ABC Recording Studios, dont la qualité a été compromise par l’utilisation défectueuse d’un système de réduction de bruit dbx lors du mixageSweet, 1994, pg. 97.

Six Grammy Awards avec Steely Dan Roger Nichols remporte ses trois premiers Grammy Awards dans la catégorie Best Engineered Recording – Non-Classical pour son travail méticuleux avec Steely Dan à la fin des années 1970 et au début des années 1980 . Il est récompensé pour l’album Aja (1977), puis pour le single FM (No Static at All), et enfin pour ses contributions à l’album Gaucho (1980). Il remporte par la suite trois Grammy Awards supplémentaires en lien avec Steely Dan, dont en 2001 celui de l’Album de l'année pour Two Against Nature, saluant notamment la qualité sonore de leur retour discographique.

Fin de la collaboration avec Fagen et Becker Selon le biographe Brian Sweet, Roger Nichols aurait été écarté du projet Steely Dan au début de l’année 2002, lors de la reprise des sessions d’enregistrement de l’album Everything Must Go à New York, dans les studios River Sound. Ces sessions, interrompues à la suite des attentats du 11 septembre 2001, ont donc repris sans la participation ni même l’information préalable de Nichols. Dans une version mise à jour de son ouvrage Reelin’ in the Years, Sweet indique que Nichols aurait été « écarté sans aucune notification ni justification », ajoutant que ce dernier aurait été « profondément affecté d’être traité de cette manière par ses amis après trente ans de collaboration ».

Inventions thumb|right|Roger Nichols et son épouse Conrad "Connie" Reeder en 1988En 1978, Roger Nichols est l’un des pionniers de la technique de remplacement numérique de la batterie en développant l’ordinateur de sampling Wendel. Ce système est notamment utilisé pour produire une partie des sons de batterie et de percussion sur l’album Gaucho de Steely Dan, en particulier sur le morceau Hey Nineteen. Cette technologie est aujourd’hui largement répandue dans la production musicale"Roger Nichols Digital Unveils Universal Binary Versions of Pro Tools plug-ins for Intel-based Macintosh Systems". Il conçoit également, via sa société Digital Atomics, une horloge à rubidium destinée à assurer une synchronisation extrêmement précise des équipements d’enregistrement numériques en studio. L’objectif était d’obtenir une précision proche de l’horloge atomique à un coût inférieur à celui des horloges au césium utilisées notamment dans les applications militaires et aéronautiques.

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