La Grande Sœur ; souvenir de Bretagne, est une peinture à l'huile sur toile de François-Alfred Delobbe présentée au Salon de 1879., au Palais des Champs-Élysées.. Elle a ensuite été exposée à la première exposition internationale d'art de Vienne en 1882., à l'Exposition d'Art Internationale de Munich en 1883. puis à l'Exposition Universelle de 1885.. Diffusé sous forme de gravures et de photoglyptie à la fois par Goupil & Cie et par Braun & Cie., ce tableau a été populaire à la fin du .. Il a rejoint les collections du musée des Arts et Traditions Populaires en 1955. et est aujourd'hui conservé au MUCEM. Une étude en est conservée au Fonds des dessins et miniatures du musée d'Orsay..
Le tableau La scène représente une jeune fille bretonne veillant sur un nourrisson endormi dans un berceau en bois. Elle est assise, pieds nus, dans un intérieur modeste, éclairé par une lumière douce. La main posée sur le berceau est un geste de protection, de vigilance, de tendresse silencieuse. Dans la Bretagne rurale du , les aînées gardaient souvent les plus jeunes. Delobbe montre cette réalité sans misérabilisme. Le décor — foyer, poterie, sol de terre battue — ancre la scène dans un réalisme ethnographique fidèle. C’est une image de vie quotidienne, mais sublimée par la poésie du regard.
Composition : équilibre, douceur, silence La diagonale du berceau structure l’espace et guide le regard vers l’enfant. La posture de la jeune fille, calme, stable, légèrement penchée, incarne la patience et la bienveillance. La lumière vient de la gauche, éclaire le visage et les mains, laisse le fond dans une pénombre chaude. C’est la signature de Delobbe : une lumière tendre, jamais crue. vignette| Gravure de Frederick Kemplen publiée dans La Famille du 26 Octobre 1884.
Une œuvre profondément bretonne Delobbe travaille à Concarneau et Pont-l'Abbé depuis les années 1860. Les visages, les vêtements, les intérieurs sont authentiquement bretons. La coiffe souple, la robe sombre, le tablier : ce sont des vêtements de travail, non folklorisés. L’intérieur correspond aux maisons rurales du Finistère : foyer en pierre, mobilier simple, objets utilitaires. Delobbe ne cherche pas le pittoresque : il cherche la vérité.
Place dans l’œuvre : un sommet de la période bretonne vignette|François-Alfred Delobbe, Jeune Fille assise près d'un berceau, Étude pour La Grande Sœur ; Souvenir de Bretagne, Fonds des dessins et miniatures, collection du musée d'Orsay. Cette œuvre inaugure le début de la grande période bretonne de Delobbe : il vient d'épouser une jeune femme de Pont-l'Abbé et partage désormais sa vie entre Paris et la Bretagne. Alors qu'il a touché à tous les genres et multipliés les coups stylistiques, orientalisme, peinture d'histoire, scènes de genre italiennes, il est désormais un artiste connu qui n'a plus rien à prouver, ses œuvres sont conservées dans des musées aux quatre coins de la France. Dans les années à venir il ne présentera plus que scènes inspirées par le Finistère, ce qui provoquera parfois une certaine incompréhension du public parisien.La Grande Sœur combine la tendresse de ses scènes d’enfants, la vérité de ses intérieurs bretons, la maîtrise technique héritée de Bouguereau, à la poésie silencieuse qui lui est propre. C’est un tableau pivot, qui fixe définitivement son style breton.
Une carrière internationale exceptionnelle vignette|François-Alfred Delobbe, La Grande Sœur ; un souvenir de Bretagne, gravure de Goupil & Cie. Salon de 1879, Exposition internationale de Munich (1883), Exposition universelle de 1885... Diffusion par Goupil & Cie. Le tableau est présenté partout comme un exemple de peinture naturaliste française. Goupil édite des photoglypties, des gravures, des tirages internationaux. Le tableau circule en France, Angleterre, États‑Unis, Espagne, Allemagne. C’est un tableau très diffusé au .
Les dimensions connues : quatre formats différents Il existe probablement plusieurs versions du tableau. Le tableau conservé au MUCEM mesure . Le catalogue de l'Exposition Internationale de Munich de 1883 précise les dimensions du tableau exposé : 140 par 165 cms.. Celui de l'Exposition Internationale de Vienne de 1882, 120 par 150 cms. Enfin celui de l'Exposition Internationale d'Anvers en 1885, 140 par 170 cms… Ces écarts ne peuvent pas être des erreurs de catalogue : ils sont trop importants et trop cohérents pour être accidentels. vignette|François-Alfred Delobbe, Jeune Fille de Concarneau (Finistère) 1870. Delobbe, comme beaucoup d’artistes travaillant avec Goupil & Cie, avait trois impératifs : une version pour le Salon. Le Salon exigeait un format respectable, mais pas forcément monumental. Une version pour les expositions internationales. Munich, Vienne, Anvers demandaient souvent des formats plus grands, des compositions adaptées à de vastes salles. Enfin une version pour Goupil qui préférait des formats plus maniables, plus faciles à vendre.
Hypothèse la plus solide : Il existait au moins deux versions, peut-être trois. Version A — Grande version (( / 170 cm), exposée à Munich 1883, exposée à Anvers 1885, probablement la version la plus spectaculaire, aujourd’hui disparue ou en collection privée. Version B — Version intermédiaire (), exposée à Vienne 1882, également disparue. Version C — Version réduite ((), conservée au MUCEM, probablement la version destinée à Goupil, celle qui a servi de modèle aux photoglypties et aux gravures, celle qui a eu la plus grande diffusion populaire.
Au il était normal pour un artiste de refaire un tableau qui avait du succès, d’en adapter le format, d’en produire une version « export ».
Ce que l’on peut affirmer avec certitude Il existait au moins deux versions, probablement trois. La version du MUCEM n’est pas celle exposée à Munich, Vienne ou Anvers. Les versions d’exposition étaient plus grandes (140 × 165 / 170 cm). Les grandes versions sont aujourd’hui disparues ou en collections privées.
De La Tricoteuse bretonne (Delobbe, 1867) à La Grande Sœur ; souvenir de Bretagne (Delobbe, 1879). vignette|François-Alfred Delobbe, La Tricoteuse bretonne, 1867. Ces deux tableaux sont séparés par douze ans, mais ils se répondent comme les deux pôles d’une même évolution. La composition va de la frontalité vers la mise en scène. La Tricoteuse propose une composition frontale, simple, presque académique. Le décor est présent mais secondaire. Le modèle est posé comme dans un atelier. La Grande Sœur présente une composition diagonale (berceau), très construite. Le décor devient un espace narratif : foyer, poterie, sol, mobilier. La lumière organise la scène et crée une atmosphère. Delobbe passe d’un portrait d’intérieur à une scène complète, maîtrisée et immersive.La tricoteuse porte un costume breton stylisé, mais encore influencé par l’académisme parisien. Couleurs vives (rouge, vert) typiques de la peinture de genre du Second Empire. L'intérieur est rustique mais générique. La Grande Sœur porte un costume authentique, observé en Bretagne (Concarneau / Pont‑l’Abbé). La palette est plus sobre, plus réaliste. L'intérieur est ethnographiquement exact : berceau, foyer, poterie, sol. Delobbe est passé du pittoresque à la vérité ethnographique.
Dans La Tricoteuse la lumière est uniforme, héritée de l’atelier. Mise en valeur du modèle, peu d’effets atmosphériques. Dans La Grande Sœur la lumière est douce, latérale, enveloppante. La lumière devient un vecteur d’émotion. Delobbe passe de la lumière descriptive à la lumière expressive.La Tricoteuse se ressent encore beaucoup de l'influence de Bouguereau (dessin pur, peau lisse). Une œuvre encore « d’école ». La Grande Sœur présente un style personnel affirmé. Maîtrise totale du dessin, de la lumière, de la narration. C'est une œuvre de maturité, parfaitement aboutie. La Tricoteuse est un point de départ, La Grande Sœur est un aboutissement.
Le thème du travail féminin : continuité et transformation Delobbe s’intéresse très tôt au travail des femmes : filage, tricot, garde des enfants, tâches domestiques. La découverte de Concarneau correspond à la naissance d'un naturalisme poétique. Delobbe séjourne à Concarneau avec Alfred Guillou. Il découvre les modèles bretons, les intérieurs, la lumière. Il abandonne le pittoresque pour la vérité observée. La lumière devient douce, latérale, enveloppante. Les gestes deviennent justes, non posés. Les scènes deviennent intimes, non théâtrales. Les expressions deviennent retenues, jamais appuyées. Les enfants deviennent un thème central. Les intérieurs bretons sont rendus avec une exactitude ethnographique. Le style gagne en sobriété et en humanité.La Tricoteuse bretonne (1967) est une jeune femme seule, absorbée dans son tricot. Son travail est un geste technique. Jeune Fille de Concarneau (Finistère) (1870), une jeune fileuse au travail, mais dans une scène plus intime. Pour elle, le travail est un moment de vie. La Grande Sœur'' (1879) une jeune fille responsable, veillant un nourrisson. Le travail devient relation, responsabilité, amour. Delobbe est passé d’un portrait à une scène, puis à un univers complet.
Références
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