Les compounds, également désignés sous le nom de "labor hostels", étaient des logements appartenant aux compagnies minières et destinés aux travailleurs migrants en Afrique du Sud, à partir de la fin du XIXe siècle. Ces camps fermés et strictement contrôlés, où la possibilité pour les travailleurs de quitter les lieux avant l'expiration de leur contrat était fortement restreinte, devinrent emblématiques du phénomène dans le pays.
Compounds à Kimberley vignette|Un compound, en 1901 à Kimberley. Une forme antérieure de campement s'est développée en Afrique du Sud en lien avec l'exploitation du cuivre au Namaqualand dans les années 1850. Cependant, les systèmes de contrôle associés aux camps de travailleurs se sont structurés davantage dans le contexte de l'extraction du diamant à Kimberley, à la fin du XIXème siècle.
Apparus dans les mines de diamants de Kimberley vers 1885, ils furent ensuite reproduits dans les mines d'or. Ce système de travail, qui régulait le flux de travailleurs masculins issus des zones rurales des bantoustans (ou homelands) vers les mines et les emplois en milieu urbain, devint un rouage essentiel de l'État d'apartheid. Les foyers non mixtes, foyers de contestation à la fin de l'apartheid, constituaient une forme plus récente de camps miniers.Les compounds formaient l'institution centrale du système de travail migrant . Plus de 97 % des 500 000 travailleurs miniers vivaient encore en 1991 dans ces baraquements non mixtes et réglementés.
Les Africains parcouraient de longues distances pour travailler dans les mines, parfois jusqu'à 1 500 km, instaurant ainsi un modèle de travail migrant qui allait plus tard caractériser également les mines d'or. À partir de 1872, le travail migrant dans les champs diamantifères fut contrôlé par un système de laissez-passer. L'accès aux armes à feu pour les hommes revenant des mines fut rapidement restreint et la mise en place de camps fermés, destinés notamment à endiguer le commerce illicite de diamants, annonça des contrôles beaucoup plus stricts à partir de 1885.
Contrôle de la main-d'œuvre en milieu urbain
Le système de travail migrant était courant, notamment dans les secteurs minier, manufacturier et public. Dès le départ, tous les secteurs ont collaboré avec la législation coercitive d'un État racialement divisé. La ségrégation spatiale, le contrôle des flux migratoires, les lois sur les laissez-passer, les complexes non mixtes, la discrimination raciale, l'anti-syndicalisme et les politiques de bas salaires ont alimenté un système de contrôle et d'exploitation rigide. Ce système a engendré la pauvreté, des problèmes de santé, ainsi que la désintégration sociale, familiale et communautaire, affectant des millions d'Africains. Les conditions n'ont commencé à s'améliorer que lentement, dans les années 1980, avec la mise en place d'un puissant mouvement ouvrier. Le contrôle des flux migratoires a été aboli en 1986, l'industrie ressentant un plus grand besoin de main-d'œuvre qualifiée et permanente plutôt que de migrants non qualifiés.
Les compounds ont été notamment étudiés et dénoncés par l’anthropologue presbytérien suisse Henri Junod.
Exemple de compound Le Hostel 33, foyer non mixte de Lwandle, dans la ville de Somerset West près du Cap, aujourd'hui intégré au , a été créé en 1958 pour loger les ouvriers des conserveries et des cultures fruitière environnantes.
Le Hostel 33 est le seul compound subsistant de l'époque du travail migrant. Conçu pour les hommes célibataires, il fut imaginé par des ingénieurs locaux dans le cadre du système de complexes résidentiels destinés aux travailleurs de la région d'Helderberg. Initialement prévu pour loger ces hommes célibataires, le complexe a été transformé en un espace urbain et l'Hostel 33, en particulier, est aujourd'hui classé site patrimonial.
À l'instar de nombreux autres foyers similaires en Afrique du Sud, il faisait partie du système de main-d'œuvre migrante sous l'apartheid, avec son système de « contrôle des flux » par laissez-passer. Ce foyer illustre les conditions de vie rudimentaires imposées par ce système. L'hébergement y était très sommaire : quatre à six hommes partageaient un petit espace exigu et des sanitaires sommaires pour tout un bâtiment. Ces foyers étaient destinés aux hommes célibataires, mais des femmes y vivaient officieusement dès les années 1960, peu avant leur création. Certaines étaient employées de maison à Somerset West, une localité voisine, et rejoignaient leurs maris le week-end. Ils étaient constamment harcelés et arrêtés par la police locale, leur présence dans les foyers étant considérée comme illégale. Les enfants étaient également considérés comme illégaux dans la région. À partir des années 1980, avec l'augmentation de la pauvreté dans les zones rurales du Cap-Oriental et l'assouplissement des lois sur les laissez-passer, un grand nombre de femmes et d'enfants ont afflué à Lwandle, cherchant du travail et rejoignant leurs conjoints. On comptait parfois entre trois et cinq personnes par lit. Dans les années 1980, avec l'allègement du contrôle des flux migratoires en provenance des zones rurales, ces foyers sont devenus encore plus surpeuplés.
Notes et références
Catégorie:Apartheid Catégorie:Histoire minière