Les combats de Saint-Romain-en-Viennois désignent une opération de répression menée par l'armée allemande contre un camp de maquisards FTP installé dans le quartier de Sainte-Croix, sur la commune de Saint-Romain-en-Viennois, dans le département de Vaucluse, le 25 mars 1944, durant la Seconde Guerre mondiale.
L’attaque vise le « maquis de Sainte-Croix-Mirabel », également appelé « camp des Cailles », constitué de résistants des Francs-tireurs et partisans (FTP) actifs entre les Baronnies drômoises et le nord du Vaucluse. Cette opération s’inscrit dans la série des actions de contre-guérilla conduites par les Allemands au printemps 1944 contre les maquis du Nyonsais et du Haut-Vaucluse.
Trois maquisards sont tués lors des combats ou exécutés après leur capture et deux autres sont arrêtés puis déportés. Les troupes allemandes incendient plusieurs fermes du secteur avant de prendre la route de Vaison-la-Romaine. Quatre autres résistants sont tués lors d’accrochages autour de la gare de Vaison-la-Romaine et les sept corps sont ensuite exposés publiquement avant leur inhumation.
Contexte À partir de la fin de l’année 1943, les secteurs montagneux situés entre les Baronnies drômoises, le Nyonsais et le nord du Vaucluse deviennent des zones d’implantation privilégiées pour les groupes de résistants. L’invasion allemande de la zone sud lors de l'opération Anton — consécutive à l’armistice de Cassibile de septembre 1943 et au retrait des forces italiennes — et l’instauration du Service du travail obligatoire (STO), entraîne une intensification de la clandestinité et l’augmentation des effectifs des maquis.
Dans cette région, les FTP organisent des camps temporaires servant à la fois de refuge, de centre de formation et de base d’opérations pour les attaques. En réaction, les autorités d’occupation allemandes lancent début 1944 une série d’opérations de ratissage, notamment avec des unités spécialisées de la division Brandenburg. Les représailles allemandes se multiplient alors dans la région : raids à Condorcet le 19 mars 1944, opérations à Sainte-Jalle les 20 et 21 mars, traque du « maquis du Poët-Sigillat » le 22 mars.
gauche|vignette|Arrestation par la Milice des maquisards d'Izon-la-Bruisse le 22 février 1944. Après la tragédie d’Izon-la-Bruisse en février 1944, au cours de laquelle trente-cinq résistants sont capturés puis exécutés, les groupes de maquisards reçoivent pour consigne de se disperser en unités plus réduites. Menacé dans la Drôme, le groupe du « maquis de Mirabel-aux-Baronnies » replie alors son camp sur les hauteurs de Saint-Romain-en-Viennois, dans le quartier de Sainte-Croix, à proximité de la ferme Valentin et du « Bois du Roi ».
Parfois désigné sous le nom de « camp des Cailles », le « maquis de Sainte-Croix » rassemble des résistants FTP originaires du Vaucluse et de la Drôme. Les hommes vivent dans des conditions précaires au milieu des bois et des taillis qui couvrent alors les collines dominant Vaison-la-Romaine, permettant une certaine discrétion au groupe. Plusieurs habitants du voisinage participent au ravitaillement du groupe.
Déroulement Malgré les précautions prises par les résistants FTP, les forces allemandes parviennent à localiser le « camp des Cailles » du « maquis de Sainte-Croix », probablement à la suite de renseignements ou de dénonciations. À l’aube du 25 mars 1944, les soldats allemands attaquent le camp installé dans les collines dominant Vaison-la-Romaine. Surpris et insuffisamment armés pour soutenir le combat, les FTP se replient tandis que trois maquisards assurent la couverture de la retraite de leurs camarades: deux d’entre eux sont tués dans les échanges de tirs tandis qu’un troisième est capturé vivant avant d’être garrotté avec du fil de fer puis exécuté à bout portant. Au cours de l’opération, deux autres résistants du groupe sont arrêtés puis déportés en juin 1944 depuis Compiègne pour le camps de concentration de Neuengamme: l'un d'eux meurt en captivité en 1945 et l'autre est porté disparu.
Après les combats, les troupes allemandes procèdent à des représailles contre les fermes voisines. Quatre exploitations agricoles sont incendiées, dont deux après avoir été pillées. Plusieurs fermiers des environs, soupçonnés de ravitailler les maquisards, sont arrêtés temporairement. Une fois l'opération terminée, les soldats allemands chargent leur butin avant de reprendre la route de Vaison-la-Romaine. vignette|L'ancien château d'eau de la gare de Vaison-la-Romaine, fermée en 1952. Alors qu’ils retournent vers la ville pour continuer leur opération de ratissage, les Allemands repèrent vers 18h dans les vignes quartier Bayle un autre groupe de résistants se dirigeant vers Tulette pour effectuer une « récupération » de tabac. Un échange de tirs éclate aux abords de la gare de Vaison-la-Romaine au cours duquel trois résistants sont tués. Un quatrième, Antoine Patiri, fut blessé, mais put s'échapper et identifiera les corps de ses camarades le lendemain.
Le soir même, alors que Vaison-la-Romaine est occupée par les troupes allemandes, un autre résistant est arrêté en possession d’un revolver: il est sommairement exécuté. Son corps est exposé près de la gare avec ceux des six autres résistants tués dans la journée à Saint-Romain-en-Viennois et à Vaison-la-Romaine. Cette exposition publique des corps constitue une mesure de terreur destinée à impressionner la population locale et à décourager le soutien à la Résistance.
Les cadavres demeurent un temps à la vue de tous avant que les autorités allemandes autorisent leur enlèvement le lendemain 26 mars. Les résistants morts ont été dépouillés de leurs papiers, de leur argent et parfois de leurs chaussures, compliquant leur identification. Antoine Patiri, blessé lors de l'escarmouche à la gare, aidera à identifier ses trois camarades de l'AS. Les corps sont ensuite transportés en soirée à l’hôpital de Vaison-la-Romaine par la Gendarmerie avant leur inhumation. La mère supérieure de l'établissement fait ouvrir en grand les portes de l'hôpital pour les habitants qui viennent nombreux leur rendre hommage. Des souscriptions sont organisées pour financer des couronnes mortuaires et les funérailles des sept résistants donnent lieu à un important rassemblement populaire à Vaison-la-Romaine le 27 mars 1944, malgré la présence allemande dans le département et les interdictions des autorités de Vichy.
Victimes Trois résistants tués à Saint-Romain-en-Viennois:
Gabriel Caillet, dit « Toto », âgé de 22 ans: originaire de Taulignan, agriculteur et résistant FTP du « maquis Sainte-Croix », il est tué au combat; Émile Jayet, dit « Gaby », âgé de 37 ans: originaire de Visan, journalier et résistant FTP du « maquis Sainte-Croix », il est tué au combat; 30x30px Jacques Gondrand, dit « Michel », âgé de 18 ans: originaire de Nogent-sur-Vernisson, résistant FTP du « maquis Sainte-Croix », capturé, torturé puis exécuté.
Deux résistants capturés à Saint-Romain-en-Viennois et déportés en camps de concentration:
Georges Defuide, âgé de 20 ans: originaire de Valence, résistant FTP du « maquis Sainte-Croix », capturé puis déporté depuis Compiègne le 4 juin 1944 par le convoi I.223 à destination du NK de Neuengamme avec le matricule « 34504 ». Il est ensuite transféré au kommando de Watenstedt où les déportés sont employés dans les aciéries Stahlwerke Braunschweig affectées à la production de munitions. Il disparaît en déportation; Eugène (Joseph, Louis) Reynaud, âgé de 40 ans: originaire de Vaison-la-Romaine, résistant FTP du « maquis Sainte-Croix », également capturé puis déporté par le même convoi I.223 à destination de Neuengamme avec le matricule « 33868 » sous le prénom Louis. Il est ensuite affecté à un kommando dépendant du camp à Hambourg puis transféré au camp de Sandbostel, ancien « Stalag X-B » transformé à partir d’avril 1945 en camp de regroupement pour les déportés évacués face à l'avancée alliée. Il y est déclaré mort le 19 avril 1945.
Quatre résistants tués à Vaison-la-Romaine:
Pierre Long, âgé de 21 ans: originaire de Courthézon, résistant AS du « maquis Morvan », arrêté en possession d'un revolver, fusillé sommairement sur place; Henri Boyer, dit « Carlin », âgé de 29 ans: originaire de Jonquières, résistant AS du « maquis Ventoux », tué au combat lors des affrontements survenus autour de la gare de Vaison-la-Romaine;
Oscar Schmidtke, dit « Oscar Sarran », âgé de 21 ans: réfugié lorrain originaire de Nilvange, réfractaire au STO et résistant AS du « maquis Ventoux », tué au combat lors des affrontements survenus autour de la gare; Louis Zévaco, âgé de 34 ans: originaire de Lyon, navigateur et résistant AS du « maquis Ventoux », tué au combat lors des affrontements survenus autour de la gare.
Libération Au cours des mois suivants, les actions de guérilla se poursuivent et s'intensifient dans le nord du Vaucluse. Après le débarquement de Normandie du 6 juin 1944, les groupes résistants du secteur passent à des actions plus offensives dans le Haut-Vaucluse. Les 9 et 10 juin 1944, le « maquis Vasio » et plusieurs groupes FFI se soulèvent et affrontent les troupes allemandes de la 9e Panzerdivision lors des combats de Vaison-la-Romaine. Malgré une occupation temporaire de la ville par les résistants, la contre-attaque allemande contraint les maquisards au repli après de violents affrontements qui font 17 morts.
À partir du débarquement de Provence du 15 août 1944, les forces allemandes amorcent un repli général depuis le sud-est de la France vers la vallée du Rhône. Dans le secteur de Vaison-la-Romaine et du Ventoux, les groupes FFI des maquis locaux multiplient alors les actions de harcèlement contre les colonnes allemandes en retraite, notamment sur les axes secondaires reliant Nyons, Vaison, le Barroux et Orange. Les résistants contrôlent progressivement plusieurs points de passage et villages, tandis que les unités allemandes cherchent à rejoindre Montélimar afin d’échapper à l’encerclement allié. vignette|Une ambulance américaine progresse au milieu de carcasses de véhicules allemands détruits pendant leur retraite sur Montélimar, août 1944.
Le 25 août 1944, des éléments de la 3e division d’infanterie américaine progressent dans le nord du Vaucluse après avoir traversé la région de Sault. Des détachements du 30e régiment d’infanterie sont envoyés en direction de Vaison-la-Romaine et y prennent position avant la tombée de la nuit. Le lendemain matin, 26 août 1944, le gros des forces américaines du 30e régiment entre dans Vaison et les villages environnants sans rencontrer de résistance, les Allemands ayant déjà évacué le secteur. Vaison et Saint-Romain célèbrent leur liberté retrouvée tandis que le reste de l'armée américaine poursuit sa progression vers Valréas.
Mémoire Après la guerre, une stèle commémorative est érigée à proximité de la ferme Valentin et de la chapelle Sainte-Croix, sur la commune de Saint-Romain-en-Viennois. Le monument est financé conjointement par six communes : Mirabel-aux-Baronnies, Piégon, Puyméras, Villedieu, Saint-Romain-en-Viennois et Vaison-la-Romaine. La stèle prend la forme d’une colonne brisée, symbole du sacrifice et des vies interrompues par la guerre. Une plaque de marbre blanc porte l’inscription : « À la mémoire des patriotes tombés pour que vive la France le 25 mars 1944 ». Y figurent les noms de Jacques Gondrand, Gabriel Caillet, Émile Jayet ainsi que ceux des déportés disparus Georges Defuide et Eugène ReynaudJean Pierre Borezee, La mémoire gravée: Monuments, stèles et plaques commémoratifs de la seconde guerre mondiale dans le département de Vaucluse, Conseil général de Vaucluse, 2002, 101 p..