vignette|Ange musicien jouant de la flûte - détail du tombeau de Rançon de Montclar.|225px

L'abbaye de La Chaise-Dieu, en Auvergne (La Chasa-Dieu en occitan.), est une ancienne abbaye bénédictine, chef de l'ordre casadéen, située sur la commune de La Chaise-Dieu dans le département de la Haute-Loire.

L'origine du nom est celui en latin Casa Dei (La maison de Dieu)Encyclopedia Universalis, Dictionnaire de l'Histoire du christianisme, p. 4 - 8, 2015 d'où l'adjectif casadéen. L'abbaye bénédictine est réputée pour son architecture gothique, sa riche bibliothèque, son atelier des livres liturgiques, sa danse macabre, sa curieuse Salle de l'écho, sa tenture de chœur composée de douze tapisseries flamandes et son festival de musique fondé en 1966 par Georges Cziffra.

Histoire de l'abbaye : Fondation thumb|Chœur de l'église abbatiale, avec le jubé et le tombeau du pape Clément VI.

L'abbaye bénédictine, qui a donné son nom, dérivé par assonance analogique du latin médiéval Casadei, maison de Dieu à une portion du plateau auvergnat, est fondée en 1043 par Robert de Turlande, un ermite Étienne de Chaliers, et un certain Delmas.p. 62, note n° 1. Avec ses disciples, venus sans tarder, Robert de Turlande obtient, en 1052, tant la protection du Saint-Siège qu'un diplôme du roi des Francs, Henri , daté du 1052, qui confirme sa promotion en abbaye.

Saint Robert de Turlande, le fondateur, est le fils d'un riche chevalier auvergnat, et, avant son installation, il est chanoine-comte de Brioude. Il adopte, pour son propre établissement, la règle de saint Benoît. Et c'est sur le manuscrit de cette règle, copiée de sa main par saint Robert, que ses successeurs prêtent sermentp. 65 et sa note n° 1 et 2Bibliothèque nationale de France sur le manuscrit latin 5247, exemple du .

En 1067, à la mort de son fondateur, Robert de Turlande, qui sera canonisé, l'abbaye compte trois cents moines.

Un siècle plus tard, la Congrégation de la Chaise-Dieu comprend dix abbayes et trois cent quarante prieurés. Elle est sur le point de devenir, en Auvergne, l'égale de Cluny. Son second abbé est Durand de Bredon.

Elle bénéficie de donations importantes de grandes familles : les Mercœur de La Voûte-Chilhac, les comtes d'Auvergne de Vodable et les Polignac près du Puy.

Le , le pape Urbain II visite l'abbaye, et procède à la dédicace de l'abbatiale en l'honneur de saint Vital de Bologne et de son maître, saint Agricola, ce que confirme une bulle datée du 1095 à Saint-Gilles.

En 1097, Raymond de Saint-Gilles avant de se croiser, vient en pèlerinage à l'abbaye de la Chaise Dieu, et fait don à Pons, abbé de l'abbaye, de ses prieurés et églises dans la ville de Beaucaire. Ce don est confirmé par l'archevêque d'Arles, suffragant et suzerain de Beaucaire. Plusieurs papes passent à La Chaise-Dieu : Calixte II et Innocent II, en 1132, qui doit quitter Rome à la suite d'un schisme.

L'abbaye s'illustre par un atelier de copie pour les livres de liturgie, sans doute inauguré par le fondateur Robert de Turlande. D'abord modeste, copiant la règle de saint Benoît jusqu'à la fin du , cet atelier croit .

Établissements hospitaliers L'origine de la maison d'accueil, près de l'abbaye, reste floue. Le document le plus ancien présente qu'en 1271, existe une hôtellerie sous la direction de frère Geoffroy. Mais on ne sait s'il s'agit d'un accueil pour les pauvres ou d'une maison d'hôtes. Ce qui est certain est la fondation d'un hôpital pour les pauvres, le , par un certain Astorg Olieu, selon le manuscrit de 1399 conservé à la Bibliothèque du patrimoine de Clermont Auvergne Métropole, abbé du monastère de Montauban et du prieuré de Trizac. Un autre hospice est fondé avant 1570 dans le bourg. En 1670, un hôpital fonctionne près de l'abbaye, dirigé par un bourgeois. Le monastère a donné naissance à ces établissements.

: reconstruction par le pape Clément VII La véritable croissance commence au . En , Pierre Rogier, un des moines de la Chaise-Dieu, devient pape à Avignon sous le nom de Clément VI. C'est lui qui finance la démolition de l'ancienne église romane et la construction de la nouvelle abbatiale dans laquelle il se fera inhumerp. 64, note n° 1. Il fait appel aux trois plus grands architectes de l'époque : Hugues Morel, Pierre de Cébazat et Pierre Falciat. L'abbatiale est achevée en 1378, sous le pontificat de son neveu Grégoire XI.

Alors qu'elle ne compte que jusqu'au , l’abbaye augmente le nombre de ses filiales jusqu'à une centaine au .

Une fois élu, l'abbé a besoin de la bénédiction de l'évêque diocésain, puis de la confirmation du pape. Il lui faut prêter serment de fidélité à Rome dans un délai de quelques mois. Les privilèges pontificaux s'accompagnent d'obligations, dont une redevance annuelle importante.

L'abbaye de la Chaise-Dieu est la deuxième, après celle de Cluny, dans l'ordre des Bénédictins.

Neuf monastères lui sont directement reliés : l'abbaye Saint-Michel de Gaillac, Saint-Théodard de Montauban, Saint-Pierre de Brantôme, Notre-Dame de Faverney, Notre-Dame de la Vallée de DieuMinistère de la culture , Saint-Pierre de Frassinoro, Saint-Marin de Pavie, Saint-Sixte de Plaisance et Saint-André de Borzonasca.

Quatre monastères féminins s'y rattachent dont l'abbaye Saint-André de Lavaudieu, à Saint-Genès-les-Monges, fondée à la fin du .

De plus, 340 prieurés y sont intégrés. Sous la juridiction immédiate du prieuré de Port-Dieu (Corrèze), l’abbaye a sous sa dépendance les prieurés de : Saint-Julien-la-Geneste, près de Saint-Gervais-d'Auvergne; Saint-Blaise de Talverat, près d'Issoire ; Saint-Robert d'Issac, près de Montluçon (Allier); Sainte-Magdeleine de Lieu-Dieu, Saint-Saturnin (Puy-de-Dôme) ; Pontgibaud (Puy-de-Dôme)Notice Bnf , et à Saint-Julien-la-Geneste et à Saint-Rémi de Rocca en Montferrat.

Le déplacement de l'abbé s'illustre d'une escorte distinguée et importante car il n'est autre que le seigneur de la région casadéenneSite officiel de l'abbaye .

: abbés commendataires et guerres de religion À la suite du concordat de Bologne conclu le , la Chaise-Dieu perd, comme les autres monastères de France, le droit à l'élection de son propre abbé. Dorénavant, l'abbé commendataire est choisi par le roi de France. On compte parmi eux des personnages illustres, mais sans fonction réelle : le cardinal Adrien Gouffier de Boissy, un Angoulême, deux Valois, les cardinaux Richelieu et Mazarin, un Mancini, un La Rochefoucauld, deux Rohan-Soubise et un Rohan-Guéméné.

thumb|Autel tridentin de La Chaise-Dieu.|alt=

Les troupes calvinistes, qui pillent et rançonnent les abbayes d'Auvergne et du Rouergue, s'emparent de la Chaise-Dieu le , avant de s'attaquer à celles de Vabres en 1568 et d'Aurillac en 1569.

: congrégation de Saint-Maur Le cardinal de Richelieu, devenu abbé commendataire de la Chaise-Dieu en 1629, décide en 1640 de rattacher les monastères de la Chaise-Dieu à la congrégation de Saint-Maur, qu'il a nouvellement créée en 1618 avec la réforme liturgique et le bréviaire de Saint-Maur, approuvés par le pape Paul V, et le missel romain tridentin de Pie V. Mais les Mauristes ne sont pas capables de remplacer la variété de la liturgie casadéenne, riche de cinq siècles . En 1765, est finalement imprimé un nouvel office de saint Robert de Turlande.

Chaque , le chapitre général de la Saint-Robert de Turlande réunit les moines de l'abbaye-mère, les abbés et les prieurs des maisons filiales, pour administrer l'ensemble.

: reconstruction Un incendie, en 1695, détruit la plupart des bâtiments conventuels, qui sont reconstruits aux .

Condamné par le concile d'Embrun, l'évêque janséniste de Senez, Jean Soanen, est exilé à l'abbaye de la Chaise-Dieu de 1727 à sa mort en 1740.

En 1786, Louis René Édouard de Rohan (1734-1803), |cardinal de Rohan, mêlé à l'affaire du collier de la reine Marie-Antoinette, y est exilé trois mois et demi.

Révolution française : 1790 fin de l'abbaye La Révolution française, par le décret du de l'Assemblée nationale constituante, dissoud les ordres réguliers. L'abbaye de La Chaise-Dieu, qui compte encore une quarantaine de moines et sa bibliothèque riche de , sans compter les manuscrits, se retrouve vide.

Époque contemporaine L'abbaye, qui se trouve au cœur du Livradois et de l'archiprêtré du même nom, fait partie du diocèse de Clermont jusqu'au rétablissement du diocèse du Puy-en-Velay en 1823Rétablissement en 1823 : Site France Archives, Série V - Cultes (1800 - 1940) .

Depuis 1975, une vie religieuse, non monacale, a repris à La Chaise-Dieu grâce à la Communauté Saint Jean dans un apostolat de proximité.

Depuis 2001, le Réseau Européen des Sites Casadéens, association loi de 1901, renoue les liens entre les anciennes dépendances de l'abbaye de La Chaise-Dieu. Elle fait la promotion des sites casadéens et encourage les échanges éducatifs, scientifiques et artistiques entre euxRéseau Européen des Sites Casadéens / Qui sommes-nous ?.

L'abbaye est multiplement protégée comme monument historique par les arrêtés des (inscription), et (classement).

Architecture vignette|upright=1.6|L’abbaye au , planche gravée du Monasticon Gallicanum.

Église abbatiale

L'église abbatiale Saint-Robert a été construite de 1344 à 1352 dans le style gothique, par la volonté du pape Clément VI pour y abriter son tombeau.

L'abbatiale remplace l'ancien édifice roman au pied duquel avait été enseveli saint Robert de Turlande, fondateur de l'abbaye.

Plus grande, plus vaste, la nouvelle abbatiale appartient à la période du gothique rayonnant, dont elle incarne une version marquée par une grande austérité. Elle est souvent considérée comme une œuvre du gothique méridional, même si son importance dépasse en réalité largement ce cadre régional.

Elle est décorée d'une des rares danses macabres subsistant en France, fresque datant de 1470.

En 1562, elle subit d'importants dégâts lors du passage de huguenots révoltés. Au , l'abbé Hyacinthe Serroni y fit construire un orgue, qui fut amélioré au début du .

L'ensemble a été restauré par Michel Garnier de 1990 à 1995. L'édifice est classé au titre des monuments historiques en 1840.

Elle est une des rares églises françaises de la région à abriter un jubé.

Cloître Le cloître gothique (de type languedocien) fut édifié à la fin du . Il ne reste que deux galeries; l'une est surmontée d'un étage qui servait de bibliothèque.

Abbés

Moines et hôtes illustres thumb|alt=Gisant du pape Clément VI dans l'abbatiale de la Chaise-Dieu|Gisant du pape Clément VI.|225px Le pape Clément VI, ancien moine profès, qui y a son tombeaup. 63, note n° 2. Saint Aleaume de Burgos († 1097). Raymond d'Apremont de Roquecorne, moine en 1318 lorsqu'il est nommé comme premier évêque du nouveau diocèse de Sarlat, puis il sera transféré au siège épiscopal du diocèse de Saint-Pons-de-Thomières le . Il eut à arbitrer différents conflits dans les communautés religieuses de son ressort. Il est mort le . Jean Soanen, évêque de Senez († 1740), prisonnier à La Chaise-Dieu. Le cardinal de Rohan en 1786, à la suite de l'affaire du collier de la reine.

Héraldique

Coutumes De vastes coutumes du monastère de la Chaise-Dieu fut d'abord éditées entre 1377 et 1420, sous le nom de rotulus. Puis en 1502, à la base de celui-ci, le Liber consuetudinum, dit Domino, fut copié. Ce document, important pour l'étude de la tradition bénédictine, était en 1824 possédé par Dominique Branche, inspecteur des Monuments historiques de la Haute-Loire et ami de Prosper Mérimée. Or, depuis cela, celui-ci reste non accessible aux chercheursp. 92-94.

Terriers, propriétés, revenus, dépendances

Voir aussi

Bibliographie et sources Dom Michel Germain, Matérieux du Monasticon Gallicanum, « Regalis abbatiæ Sancti Roberti Casædei topographia »