L'École viennoise d'histoire de l'art (en allemand : Wiener Schule der Kunstgeschichte) désigne un courant historiographique développé à l'Université de Vienne entre le milieu du et le . Elle est considérée comme l'une des traditions méthodologiques les plus influentes de l'histoire de l'art moderne et a contribué à faire de cette discipline une science autonome fondée sur des méthodes d'analyse rigoureuses.
Loin de constituer une école homogène, elle rassemble plusieurs générations de chercheurs dont les approches diffèrent sensiblement. Ses principales figures comprennent Rudolf Eitelberger, Moritz Thausing, Franz Wickhoff, Alois Riegl, Max Dvořák, Julius von Schlosser, Josef Strzygowski, Otto Pächt et Ernst Gombrich.
Histoire
Les origines : Rudolf Eitelberger L'origine de l'École de Vienne est généralement associée à la nomination de Rudolf Eitelberger comme premier professeur d'histoire de l'art à l'Université de Vienne en 1852.
Eitelberger cherche à rompre avec les jugements fondés sur le goût personnel en développant une approche historique et documentaire de l'art. Pour lui, l'étude scientifique des œuvres constitue une condition préalable à toute appréciation esthétique.
Moritz Thausing et l'autonomie de l'histoire de l'art Son élève Moritz Thausing approfondit cette démarche en affirmant l'autonomie de l'histoire de l'art vis-à-vis de l'esthétique et de la philosophie. Il défend l'idée que l'histoire de l'art doit reposer sur l'observation empirique et l'analyse historique plutôt que sur des jugements normatifs.
Le tournant formaliste : Wickhoff et Riegl À la fin du , Franz Wickhoff et Alois Riegl développent une méthode fondée sur l'analyse comparée des formes et des styles. Ils cherchent à comprendre les œuvres selon leur logique propre plutôt qu'à travers des critères esthétiques universels.
Leur contribution majeure réside dans la réévaluation de périodes jusqu'alors considérées comme décadentes, notamment l'Antiquité tardive. Riegl introduit également la notion de Kunstwollen (« volonté artistique »), selon laquelle chaque époque développe une manière spécifique de percevoir et de représenter le monde.
Max Dvořák et l'histoire de l'art comme histoire de l'esprit Successeur de Riegl, Max Dvořák déplace l'attention vers les contenus intellectuels et spirituels des œuvres. Son approche, qualifiée de Kunstgeschichte als Geistesgeschichte (« histoire de l'art comme histoire de l'esprit »), interprète les productions artistiques comme l'expression des conceptions du monde propres à chaque époque.
Cette orientation exerce une influence durable sur plusieurs générations d'historiens de l'art, notamment Hans Tietze et Otto Benesch.
Julius von Schlosser et la tradition humaniste Nommé en 1922, Julius von Schlosser développe une méthode inspirée de la philologie et de l'histoire culturelle. Ami du philosophe italien Benedetto Croce, il distingue l'histoire des styles de l'histoire des langages artistiques et insiste sur la diversité des formes de création. Parmi ses élèves figurent Ernst Gombrich, Fritz Saxl, Otto Kurz, Hans Sedlmayr et Otto Pächt.
Le cas Josef Strzygowski Josef Strzygowski occupe une position singulière au sein de l'École de Vienne. Opposé à l'héritage classique centré sur la Grèce et Rome, il met l'accent sur les cultures orientales et non européennes.
Ses travaux ont contribué à élargir le champ géographique de l'histoire de l'art mais sont aujourd'hui fortement critiqués pour leurs présupposés racialistes et leur proximité avec certaines idéologies nationalistes du début du .
La « seconde École de Vienne » Dans les années 1930, Otto Pächt et Hans Sedlmayr développent une approche qualifiée de « structuraliste » par plusieurs historiens. Meyer Schapiro parle à leur propos de « Nouvelle École de Vienne ».
Après la Seconde Guerre mondiale, Otto Pächt et Otto Demus contribuent au renouveau de l'histoire de l'art médiéval à Vienne, tandis qu'Ernst Gombrich diffuse plusieurs héritages méthodologiques de l'École dans le monde anglophone.
Héritage L'École viennoise a profondément transformé l'histoire de l'art en introduisant des méthodes fondées sur l'analyse des formes, des contextes historiques et des systèmes culturels. Ses concepts ont influencé l'iconologie, la sociologie de l'art, l'histoire culturelle et l'histoire visuelle du .
Bibliographie
Références
Catégorie:Enseignement à Vienne (Autriche)