Le phénomène des newsfluenceurs en Belgique désigne la transformation structurelle et progressive des modes de production, de diffusion et de consommation de l'information d'actualité en Belgique, particulièrement marquée à partir du moment des élections européennes et fédérales de juin 2024 .
Bien que le terme « newsfluenceurs » soit largement utilisé par les médias et le public pour désigner ces acteurs, plusieurs personnes ainsi qualifiées ont exprimé leur désaccord avec cette appellation. C’est notamment le cas de Jérémie Nzita Mambu, fondateur de Yurbise, et de Noah Heine, fondateur de L’Explik .
Ce mouvement se caractérise par l'émergence de créateurs de contenu indépendants et de micro-médias nés directement sur des réseaux sociaux tels qu'Instagram et TikTok, dont ils adoptent les codes esthétiques et algorithmiques pour vulgariser l'actualité politique, économique et sociétale auprès d'un public majoritairement jeune .
Contexte et émergence
Évolution des modes de consommation L'essor de ces formats en Belgique francophone s'explique par un changement radical des modes de consommation de l'information chez les moins de 30 ans .
Selon plusieurs études, les jeunes s'informent de plus en plus via les réseaux sociaux. Une enquête de 2022 menée par Ipsos et Sopra Steria montre que 94 % des 16-30 ans utilisent ces plateformes pour s'informer, dont 73 % de manière quotidienne .
D'après une autre étude menée par le bureau de consultance Deloitte, publiée dans son rapport « Digital Consumer Trends », le phénomène reste très actuel en 2026 : près d’un jeune sur deux consulte les réseaux sociaux pour s’informer sur l’actualité, au point de les considérer comme sa principale source d’information .
Cette évolution s’accompagne aussi, parfois, d’une baisse de la confiance envers les médias traditionnels. En Belgique francophone, seules 35 % des personnes interrogées disent leur faire confiance (Reuters Institute) .
Si les modes de consommation traditionnels demeurent toutefois globalement dominants, les réseaux sociaux prennent néanmoins une place de plus en plus importante, y compris en Belgique.
En effet, une partie de ce public délaisse progressivement la télévision et la presse écrite au profit d'Instagram et de TikTok, qui offrent l'accès à une information jugée plus immédiate et rapide. La preuve en est avec l’installation remarquable de HugoDécrypte dans le paysage médiatique français depuis une petite dizaine d'années .
Le tournant électoral de 2024 D’autres analyses montrent également que ce phénomène, de manière plus spécifique, s’inscrit dans la continuité d’un événement politique majeur en Belgique en juin 2024 : le vote aux élections européennes a été rendu obligatoire dès 16 ans, et non plus à partir de 18 ans, une première historique.
Une base plutôt commune pourrait donc s’expliquer par cette volonté de rendre plus accessible la complexité du paysage politique belge .
Leur rapport à la déontologie La question de la déontologie et des règles concrètes applicables à ces nouveaux acteurs fait l’objet de nombreux débats en Belgique francophone.
Dans ce contexte, certains « newsfluenceurs » ont été auditionnés par la commission des Médias du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) au début de l’année 2026, afin de mieux comprendre leur émergence et leur fonctionnement.
Des représentants du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), du Conseil de déontologie journalistique (CDJ), de l’Association des journalistes professionnels (AJP) et du Conseil supérieur de l’éducation aux médias (CSEM), ainsi que des représentants du monde académique de l’IHECS et de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et les rédacteurs en chef de La Libre, Dorian de Meeûs, et du Soir, Xavier Counasse, ont également été conviés à cette audition .
L’initiative avait été soutenue par l’opposition socialiste (PS) ainsi que par le gouvernement composé du MR et des Engagés .
Débats autour de la régulation À la fin de l’année 2025, à la suite d’une question parlementaire, la ministre Jacqueline Galant (MR) évoque la possibilité d’une « régulation » spécifique pour ces créateurs de contenu sur les réseaux sociaux.. Cette déclaration suscite de vifs débats autour de l’émergence de nouvelles initiatives, de la liberté d’expression et de la liberté d’informer .
La principale interrogation à l’origine des tensions autour de ce phénomène porte sur le respect des codes du journalisme par ces créateurs, ainsi que sur la question du plagiat de contenus produits par les médias dits « traditionnels » .
De son côté, le Conseil de déontologie journalistique a rappelé qu’il était compétent pour traiter d’éventuelles plaintes concernant les newfluenceurs, bien que ceux-ci ne soient pas considérés comme des journalistes professionnels au sens légal du terme .
Typologie des acteurs
Approche institutionnelle et vulgarisation neutre Ces médias se concentrent sur le décryptage de l’actualité et le fonctionnement des institutions belges, en revendiquant une neutralité politique ou en privilégiant une approche purement factuelle, sans affiliation partisane :
L'Explik (le plus suivi) Fondé initialement sous le nom de Politiquensemble par Noah Heine, étudiant en droit et ancien président du Conseil provincial de la jeunesse de la province de Luxembourg, ce média s’est spécialisé dans la vulgarisation de l’actualité belge au sens large .
Il est considéré comme le plus « généraliste » et a changé de direction éditoriale en avril 2026 . En 2026, Noah Heine dirige une équipe d’une dizaine de personnes et s’impose comme l’un des comptes les plus suivis de sa catégorie .
Il a bénéficié d’un soutien de la Faculté de droit de l’Université libre de Bruxelles et de l’ASBL Génération engagée (Bourse Hessel) en 2026 .
QuelCharabia Créé par Camille Terlinden (journaliste et chroniqueuse chez LN24), également axé sur la pédagogie et l'explication de l'actualité.
Il s’agit de l’une des seules femmes en Belgique à participer activement et publiquement à cette nouvelle vague de « newfluenceurs » .
MathPolitics Compte plus récent consacré à l’actualité belge, il est porté par Matthieu Van Gansberge, qui a été brièvement engagé en politique locale en 2024 sur les listes du parti l’Unie .
Belgica Compte fondé par Denis Gousset. Il est né de l’envie de rendre la politique, l’actualité et l’histoire de la Belgique accessibles . Le projet a initialement vu le jour à l’UCLouvain, via l’Yncubator .
J24 Politique Belge Considéré comme un « micro-compte » de vulgarisation politique sur Instagram par l’agence Nonante Cinq .
Approche de terrain et lignes éditoriales engagées Ces acteurs privilégient l’investigation sociale ou adoptent une ligne éditoriale plus militante :
Yurbise (le plus suivi) Mené par Jérémie Nzita Mambu, ce canal se focalise sur le reportage vidéo de terrain et le traitement de sujets sociétaux et interculturels. Il met notamment l’accent sur les questions de racisme et propose une approche de l’actualité plus inclusive, dans l’idée que le journalisme ne doit pas nécessairement être totalement neutre ou non engagé . C’est sans doute le média qui fait le plus parler de lui en Belgique francophone pour son approche combative .
En 2025, il est mis en demeure par le président du parti libéral belge, le Mouvement Réformateur, Georges-Louis Bouchez, à la suite d’un article qu’il a publié à son sujet . Cette situation a provoqué un tollé dans la classe médiatique belge et a été signalée au Conseil de l’Europe par la Fédération européenne des journalistes (FEJ) pour des faits de harcèlement et d’intimidation d’un journaliste.
Askip Porté par Noah Bundula, étudiant à l’IHECS, ce compte adopte un ton de proximité, face caméra, avec un registre humoristique. Il publie également parfois du contenu militant afin de résumer l’actualité. Il affirme que son envie d’informer vient de sa passion pour les médias et souhaite devenir journaliste .
Il est l’un des premiers en Belgique francophone à avoir développé ce format de vidéos courtes consacré à l’actualité, avec une présence fréquente face caméra . Il a remporté les NRJ Creators Night dans la catégorie « Créateur de contenu culture et éducation » en 2026 .
Il est chroniqueur sur Vivacité (RTBF), après avoir également reçu une proposition de NRJ . Il est régulièrement cité aux côtés de Yurbise.
Bruxelles Dévie Média progressiste axé sur l’actualité bruxelloise et les luttes sociales, il couvre régulièrement les mouvements sociaux et les dynamiques locales. Il s’oppose notamment et dénonce de manière récurrente les violences policières en Belgique .
Il fonctionne de manière collaborative avec plusieurs rédacteurs et dispose d’un site internet .
En Bref Média analysant l’actualité avec « un regard à gauche » et ouvertement revendiqué. Fondé par Adrien Goffin (étudiant à l'IHECS), il aborde les violences systémiques, les inégalités et les mécanismes d’oppression, et est souvent présent en manifestation pour couvrir le terrain .
Belektrabel Positionnement plus engagé, il se distingue par une analyse critique des discours politiques, principalement d’extrême droite .
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes
L'Explik
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