Tskhinvali, connue aussi comme Tskhinval (en , en , en ou ), est la capitale de l'Ossétie du Sud, territoire du Caucase au statut contesté (pour la communauté internationale, elle appartient à la région de Kartlie intérieure, en Géorgie, la quasi-totalité des pays ne reconnaissant pas l'indépendance de l'Ossétie du Sud, proclamée en coordination avec la Russie en 1992 et reconnue par la Russie en 2008). Peuplée majoritairement par des Ossètes depuis les années 1950, la ville se situe sur la rivière Liakhvi, environ au nord-ouest de Tbilissi, capitale de la Géorgie, et à vingt-cinq kilomètres de la frontière avec la Russie (République d'Ossétie du Nord).

Géographie Situation La ville de Tskhinvali est située, d'après les autorités géorgiennes, au centre-nord du district de Gori, dans la région de Kartlie intérieure. Toutefois, le gouvernement d'Ossétie du Sud la situe politiquement au sud du raïon (district) homonyme, à seulement de la frontière de facto séparant la Géorgie à sa province indépendantiste. Localisée à 100 kilomètres au nord-ouest de Tbilissi et à 25 kilomètres de la frontière avec la Russie, la ville est bordée par le flanc ouest du Liakhvi.

Tskhinvali se trouve à une altitude de . On trouve au nord de la ville, sur les ruines de l'ancien village géorgien de Tamaracheni, détruit par les forces sud-ossètes pendant la Deuxième Guerre d'Ossétie du Sud, un quartier résidentiel enclavé à Tskhinvali, dénommé « Moskovski » et construit par la mairie de Moscou . À l'est, la ville est bordée par les hauteurs de Prissi et le village de Zemo Prissi et au sud, par Ergneti, Goudjabaouri, Kvemo Nikozi et Zemo Nikozi. À l'ouest, la commune la plus proche est Kousreti.

Climat À cause de son position se situe dans le Caucase à 860 m sur le niveau de la mar, Tskhinvali possède un climat continental humide (Köppen: Cfa, Trewartha: Dcbo) avec des étés doux et des hivers froids avec des chutes de neige.

Toponymie thumb|L'étymologie de Tskhinvali vient du nom géorgien pour le charme. Le nom de Tskhinvali dérive de l'ancien géorgien რცხილა (rtskhila) ou ქრცხილა (krtskhila), qui désignent tous deux l'arbre charme, ce qui pourrait indiquer qu'à une certaine période, les forêts de la région étaient principalement recouvertes de cette espèce. Au Moyen Âge, la ville était connue sous le nom de Krtskhinvali (ქრცხინვალი), mais son nom s'est progressivement changé en Tskhinvali vers la fin du et le début du .

Le nom de la ville est rebaptisé en Staliniri (ou Stalinir en ossète, littéralement l'« Ossétie de Staline ») en 1934, en référence au dirigeant soviétique Joseph Staline (qui était né non loin de là, à Gori) dont le père était Géorgien et la mère, Ossète. Ce changement de nom est l'un des nombreux exemples de la sorte de l'époque stalinienne. Il était fréquent de renommer certains lieux d'Union soviétique par un nom ayant « Staline » pour racine. Ce n'est que le Historical monuments and toponyms on the territory of Shida Kartli, pendant la déstalinisation de Nikita Khrouchtchev, que Tskhinvali retrouve son nom d'origine .

Depuis le début du conflit osséto-géorgien en 1990, le nom de la ville est sujet à débat. Ainsi, les Ossètes (qui constituent la majorité de la population locale) et les autorités de l'Ossétie du Sud nomment officiellement leur capitale Tskhinval (Цхинвал), enlevant au nom le i final, marque du nominatif géorgien. Ce dernier est le nom de facto formel de la ville depuis l'introduction de l'ossète comme langue officielle de l'Ossétie du Sud. Enfin, certains Ossètes utilisent le nom de « Tchreba » pour désigner Tskhinvali officieusement.

Le , les autorités sud-ossètes annoncent que pendant les jours fériés liés à la guerre germano-soviétique de 1941-1945 la ville se nommera de nouveau Stalinir..

Occupation des sols Sur les quelque 740 hectares de Tskhinvali, la majorité est utilisée pour des immeubles d'appartements datant de la période soviétique et pour des édifices culturels. Le sud de la ville, près de la frontière de facto avec la Géorgie, contient plusieurs bases militaires des anciennes forces de maintien de la Paix de la Communauté des États indépendants, aussi bien que des postes de défense sud-ossètes. La ville elle-même est entourée par plusieurs hectares de champs.

Le nord de la commune, dont le statut est discuté (la communauté internationale le considère comme le village géorgien de Tamaracheni, tandis que la Russie et l'Ossétie du Sud reconnaissent la région comme sud-ossète), est principalement occupé par les ruines d'anciennes maisons géorgiennes et quelques forêts. La mairie de Moscou a investi des fonds pour construire en 2009 à la place de l'ancienne Tamaracheni un quartier résidentiel administrativement considéré comme un « microdistrict » de la capitale sud-ossète.

Voies de communication Plusieurs axes routiers passent par Tskhinvali. Parmi celles-ci se trouvent la route transcaucasienne, les routes Goupta-Tskhinvali, Tskhinvali-Tirdznissi, et Tskhinvali-Tbeti. Il y a également une ligne de chemin de fer qui commence à Tskhinvali et continue jusqu'au centre de la Géorgie vers Gori, construite en 1940. Toutefois, ces axes sont généralement coupés entre l'entrée de l'Ossétie du Sud et les territoires contrôlés par Tbilissi.

Une grande partie des rues et des ruelles de la capitale sud-ossète se trouvent en mauvais état en raison des nombreux conflits dont la ville a été le théâtre. Toutefois, une partie du budget de reconstruction accordé par la Russie aux autorités sud-ossètes entre 2008 et 2009 est utilisé dans le but de reconstruire ces voies à neuf. Cependant, la corruption serait présente dans les haut cercles du gouvernement local, ce qui empêcherait à d'importants chantiers de se réaliser.

Tskhinvali ne dispose pas d'aéroport civil.

Histoire Des premiers temps au thumb|Le roi Héraclius II de Géorgie participa au développement de Tskhinvali. Les découvertes archéologiques faites dans la région laissent à penser que Tskhinvali est l'un des plus anciens établissements de Géorgie. La tradition fait remonter la fondation de la ville au règne d'Aspagour d'Ibérie (265-284). Chalva Meskhia a laissé supposer qu'à partir de cette période, Tskhinvali est un point important dans la culture géorgienne, surtout après la conversion de l'Ibérie au christianisme dans les années 320 Chalva Meskhia, Recherche historique. Volume II, Tbilissi, 1983, 229.

Au cours des siècles, la région se développe en tant que domaines royaux, sans entrer dans les seigneuries semi-indépendantes géorgiennes au début de la période médiévale. Incorporée avec le reste de l'Ibérie dans les empires perses, arabes et byzantins, son destin reste attaché avec le reste de la Géorgie, et particulièrement après la fondation du royaume unifié géorgien au . En raison des nombreuses invasions que la Transcaucasie connaît à travers le haut Moyen Âge, Tskhinvali disparaît temporairement de l'histoire géorgienne. Toutefois, au début du (durant l'« Âge d'Or » de la Géorgie), la commune reprend le titre de petite ville et est dotée d'une forteresse.

Krtskhinvali est progressivement peuplé par des marchands et commerçants établis par les souverains géorgiens pour faire revivre le nord de la région. C'est ainsi que la ville est dite principalement habitée par des marchands dans une charte de 1344 T. Jordania, Chroniques et autres matériels pour l'histoire de la Géorgie. Volume II, Tbilissi, 1892-1897, 197. Dans une charte similaire de Mtskheta datant de 1392, Krtskhinvali est pour la première fois considérée comme une ville.

Après la division de la Géorgie au , la culture géorgienne tombe en décadence et il faudra attendre la fin du pour voir Krtskhinvali renaître. Durant la même période, plusieurs familles nobles, tels que les Davitichvili, Matchabeli, Taktakichvili et Dapkiachvili, s'établissent dans la région . À plusieurs reprises, la ville devient un centre de résistance chrétien contre les empires musulmans de Perse et de Turquie. Dans les années 1600, Georges Saakadzé est nommé « moouravi » (préfet) de Krtskhinvali et de la Dvaleti après avoir vaincu des rebelles ossètes venant du Nord-Caucase.

Peu de temps plus tard, la ville est donnée par les rois de Karthli à la famille des Amilakhvarichvili en tant que fief héréditaire. Mais malgré cela, il arrivait que la ville fût dépourvue de seigneurs et était donc dirigée par un fonctionnaire nommé par le roi. Au début du , Tskhinvali est cité comme faisant partie des domaines de villégiature du roi Vakhtang VI de Karthli Gourdjizade, Le livre de la conquête de Tbilissi, Tbilissi, 1975, 26-28. L'ultime phase de développement de Krtskhinvali durant l'ancienne période date du règne d'Héraclius II de Kartl-Kakhétie, qui, dans le cadre de sa politique de renaissance économique, fait prospérer la régionKalistrat Salia, Histoire de la nation géorgienne, Éditions Nino Salia, Paris, 1983, 364.

Empire russe et débuts du conflit ossèto-géorgien En 1801, en violation du Traité de GueorguievskTraité conclu en 1783 entre Catherine II, impératrice de Russie et Iracly II, roi de Géorgie. Recueil des lois russes, vol. XXI, No. 15835, Genève 1909., la Russie impériale annexe la Géorgie orientale, dont Tskhinvali fait alors partie. Incorporé tour-à-tour à l'oblast de Géorgie puis au gouvernement de Géorgie-Iméréthie, la ville entre dans le gouvernement de Tiflis en 1848. Tskhinvali est alors une petite ville de l'empire russe majoritairement habitée par les descendants (juifs et arméniens) des anciens commerçants introduits par le roi Héraclius II et des Géorgiens. En 1848, une section de la police du district de Gori est placée dans la commune et une politique de colonisation ossète dans le nord de la Géorgie est alors entamée par les autorités russes du Caucase, alors que les mêmes Ossètes avaient été bannis de la ville par le général Alexandre Tormassov (1809-1811) en raison de la criminalité causée par eux Actes de la Commission archéographique du Caucase. Volume VI, Tiflis, 1874, 460. Il est par ailleurs intéressant de noter que d'aucune famille ossète vivant à Tskhinvali en 1886 Codes des données statistiques de la population de la région transcaucasienne, Tiflis, 1893, le chiffre a augmenté jusqu'à former jusqu'à 11 % de la population locale dans les années 1910.

thumb|left|Tskhinvali en 1886 (par D. Roudnev). Tskhinvali bénéficie comme le reste du Caucase d'un renouveau économique durant la période de la domination russe. C'est ainsi que des routes se construisent, les marchés locaux se développent et une société citadine se forme. En 1864, comme dans le reste du gouvernement de Tiflis, le servage y est aboli mais les mauvaises conditions de vie de la nouvelle classe paysanne provoquent des controverses dans les cercles influents géorgiens. La population de Tskhinvali croît considérablement durant la période impériale et atteint les en 1886 puis les en 1910.