Le classement de sortie de l'École nationale d'administration et de l'Institut national du service public, organisé par l'École nationale d'administration, devenue Institut national du service public, est un classement organisé sur la base d'épreuves écrites, orales et de stages, et qui détermine l'ordre de préséance des fonctionnaires-stagiaires de cette école dans le choix de leur premier poste.
Visant à allouer les postes sur une base méritocratique, ce classement institué lors de la création de l'ENA en 1945 a fait l'objet de critiques récurrentes jusqu'à sa suppression en 2023 au profit d'une procédure d'appariement.
Fonctionnement Les élèves de l'ENA/INSP intègrent à leur sortie de l'école différents corps de la fonction publique d'État. La répartition des postes est déterminée, de 1945 à 2023, par un classement de sortie, qui est établi sur la base de notes accordées aux élèves tout au long de la scolarité des élèves. Les notes s'échelonnent de 1 à 5 et sont attribuées lors des phases de scolarité à l'école et lors des phases de stages. La scolarité s'achève sur des épreuves finales de classement, écrites et orales. Les épreuves écrites ont souvent trait à la rédaction de notes au ministre. La préparation des épreuves exige des élèves un suivi assidu des cours et une préparation intense, souvent en groupe.
La moyenne des résultats permet d'aboutir à un classement final. Les élèves ont pu, selon les époques, avoir accès ou non à leur classement provisoire à différents moments de la scolarité. Peu après la fixation du classement final, un amphi de garnison est organisé. Les élèves sont appelés par ordre de classement à choisir leur poste. Ceux qui ne répondent pas à l'appel ou ne choisissent aucun poste, ou refusent de signer l'engagement de servir décennal qui s'applique aux élèves en contrepartie de leur rémunération pendant la scolarité, sont alors réputés démissionnaires et doivent rembourser la rémunération perçue pendant la scolarité.
Les postes que les élèves peuvent choisir sont ouverts par la haute administration pour les élèves de l'ENA/INSP. De 1945 à 2021, ils peuvent intégrer les grands corps administratifs (Conseil d'État, Inspection générale des finances, Cour des comptes), qui sont généralement choisis par les élèves les mieux classés, c'est-à-dire ceux faisant partie de la . Les corps d'inspection générale (Inspection générale des affaires sociales et Inspection générale de l'administration) suivent généralement dans l'ordre de préférence. Plus de la moitié de la promotion intègre le corps interministériel des administrateurs de l’État et rejoint les ministères, dont le ministère de l'Intérieur au sein du corps préfectoral, comme sous-préfets. Les autres élèves rejoignent le corps des conseillers de tribunal administratif et de cour administrative d'appel et celui des conseillers de chambres régionales des comptes. Quelques élèves rejoignent la Mairie de Paris en tant qu'administrateurs de la Ville de Paris.
Histoire
Création (1945) Le principe du classement est décidé dès la création de l'ENA. L'idée d'un classement de sortie visant à répartir les postes de manière sur la seule base de la performance au cours de la scolarité, afin de la rendre inattaquable, était déjà présente dans les précédents projets d'école d'administration. Le classement devait également (Debré) de la promotion, en ne permettant plus la distinction entre les élèves issus du concours externe et ceux issus du concours interne. C'était, enfin, un moyen d'éviter le retour de la cooptation, du népotisme ou du favoritisme ; ainsi, selon Debré, .
Le principe du classement est initialement rejeté par les grand corps de l'État, qui préfèrent sélectionner par eux-mêmes leurs membres, parfois sur des critères discrétionnaires, mais aussi par les ministères les moins courus, qui craignaient qu'un classement rend objectif et formalise leur faible attractivité.
Debré rejette les critiques des grands corps et fait adopter la mise en place du classement dès la création de l'ENA, qui permet à l'école de fonctionner sur un modèle similaire à celui de l'École polytechnique, où l'affectation dépend de la performance en cours de scolarité, stages compris, et est donc difficilement attaquable.
Mise en œuvre et premières contestations (1947 à Mai 68) Les élèves sont affectés à une section parmi les quatre proposées par l'école, chacune recouvrant un champ de politiques publiques, comme la section ou ; ils sont classés au sein de leur section, et hors de leur section dans un classement général. Le classement général était justifié par le fait que certains postes en sortie d’École exigeaient une polyvalence particulière ou pouvaient être occupés par des personnes issues de sections différentes.
Les élèves des premières promotions n'accordent pas une grande importance au classement.
Si à l'origine, une part prépondérante des notes est attribuée à l'occasion des épreuves de sortie, le système de classement est réformé afin de lisser la notation dans le temps : un contrôle continu est instauré en plus des épreuves finales.
La pression qui s'applique aux élèves cherchant à obtenir le meilleur classement provoque un rejet du classement lors des évènements de Mai 68. Cette contestation continue dans les années qui suivent ; ainsi, en 1972, la promotion Charles de Gaulle refuse la logique du classement, et les élèves les mieux classés ne choisissent pas d'intégrer les grands corps de l’État.
Légitimation du classement (années 1970 aux années 2000) Malgré la contestation de la fin des années 1960 et du début des années 1970, le classement de sortie ne fait plus l'objet de rejet à partir du milieu des années 1970. Michel Schifres écrit dans son livre L'Enaklatura (1987) que , qui permet une allocation des élèves sur la base de leur performance en scolarité.
Réformes (années 2000 aux années 2020) Dans les années 2000 et 2010, les élèves choisissant le corps des administrateurs civils réalisent des entretiens avec les administrations proposant des postes en sortie. Si l'administration peut émettre des préférences, l'élève demeurait dernier décideur. Le classement de sortie est ainsi le fondement du recrutement au sein des grands corps et dans les ministères qui l'utilisaient comme base, à savoir notamment le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l'Intérieur.
En , Nicolas Sarkozy a remis en cause le principe du classement de sortieMichel Delberghe, « Nicolas Sarkozy veut ouvrir la fonction publique à la diversité », Le Monde, .. Le président de la République a estimé anormal que les mieux classés bénéficient d'une présomption de supériorité tout au long de leur carrière et se voient très souvent offrir les postes les plus importants, alors qu'à l'inverse les moins bien classés ne voient pas toujours leurs mérites professionnels reconnus à leur juste valeur. À ce stade, cependant, ni le calendrier ni les modalités d'une éventuelle suppression du classement n'étaient précisés. La difficulté de cette suppression tient en partie au risque de népotisme en cas de recrutement libre des jeunes énarques par les différents corps de l'État.
En , François Sauvadet, ministre de la Fonction publique, a mis en place « une commission de réflexion sur le classement de sortie de l'ENA chargée de rechercher toutes les voies de la convergence possibles sur cette question ». Ce groupe de travail s'est réuni à deux reprises et n'a pas réussi à trouver un terrain d'accord sur la réforme. Le , François Sauvadet a annoncé qu'il renonçait à déposer un amendement au vote de l'Assemblée nationale visant à permettre la suppression du classementLe Monde.fr 6 février 2012.
En 2021, le rapport Thiriez recommande la suppression du classement de sortie de l'école. Le gouvernement supprime dans un premier temps l'accès direct aux grand corps de l'État en sortie d'école.
Suppression (2023) Le classement est supprimé au profit d'une procédure d'appariement, mise en œuvre pour la première fois en 2025 (promotion Paul-Emile Victor). Les constatés requièrent une réforme l'année suivante.
Dans la culture populaire Le roman Meurtres à l'ENA (1987), écrit par l'ancien élève Bernard Spitz, met en scène des meurtres en série au sein de l'ENA parmi les élèves les mieux classés.
Notes et références
Catégorie:École nationale d'administration (France)