Kolonokus est un groupe, autrefois considéré comme un genre ou un sous-genre de mammifères carnivores de la famille de Mustélidés. Ce groupe contient des espèces du genre Mustela originaire d'Asie, d’une taille intermédiaire entre les belettes et les putois, et dont les habitudes semi-aquatiques les ont désignées dans le groupe des visons.
Étymologies vignette|Caractère chinois 鼬, constitué de la clé de la souris et du champ. |gauche|125x125px Le nom Kolonokus se rapproche du nom vernaculaire de l’espèce Mustela sibirica « Kolonock », qui est étymologiquement proche du terme solongo, utilisé pour désigner la belette de montagnes (Mustela altaica) ; il provient des langues toungouso-mandchoues (, ou ), où ce terme signifie originellement « belette » ou « putois ». Le terme a été intégré à la langue russe sous la forme , d'où il tire sa diffusion internationale.
Dans les langues asiatiques comme le chinois et en japonais, le caractère fait en premier lieu référence aux espèces de ce groupe Mustela sibirica en chinois et Mustela itatsi en japonais.
Taxonomie En 1911, le zoologiste Alexei Satunin a proposé une distinction plus fine du genre Mustela en créant le sous-genre Kolonokus, afin de regrouper les mustélidés asiatiques présentant cette morphologie intermédiaire entre le vison et l'hermine, comme l’Itatsi (Mustela itatsi) indigène du Japon. Cette velléité d'indépendance taxonomique a été poussée plus loin par d'autres auteurs, comme Janusz Domaniewski en 1926, qui a élevé ce groupe au rang de genre à part entière sous la graphie Kolonocus. Auparavant, ces petits mustélidés de conformation intermédiaires étaient rangés dans la même groupe que le vison d’Europe et portaient le nom de « vison », étaient rangées dans le groupe Lutreola.
Une étude moléculaire publiée en 2008 par Kurose et al., fondée sur les ADN mitochondriaux 12S rRNA et cytochrome b, a montré que la position du vison d'Europe doit être décalée au sein du groupe des putois (clade incluant Mustela putorius et Mustela eversmanii), invalidant la pertinence phylogénétique du sous-genre Lutreola tel qu'il était défini. Il a été révélé que le Kolonock et l'Itatsi forment effectivement un clade frère distinct, séparé du vison d’Europe et des putois.
Les deux espèces du groupe Kolonokus auraient divergé au début du Pléistocène, il y a environ 1,6 à 1,7 million d'années, suite à l'isolement géographique des populations sur l'archipel japonais.
Liste des espèces +Liste des espèces du groupe Kolonokus selon :EspècesRépartition et habitatStatut UICN Mustela sibiricaPallas, 1773Kolonock180px 220px|centre Mustela itatsiTemminck, 1844Itatsi180px 220px|centre
Phylogénie Cladogramme des espèces actuelles du genre Mustela d'après Totikov et al. (2025) :
Description physique Le groupe ou clade Kolonokus rassemble des mustélidés asiatiques de taille moyenne qui occupent une position morphologique intermédiaire, présentant une silhouette svelte et agile proche des belettes et des hermines tout en étant partageant des dimensions et une anatomie apparenté aux putois et aux visons sur le plan crânien. Leur corps est particulièrement allongé, svelte et flexible, porté par des membres courts et vigoureux, une constitution morphologique générale offrant une grande agilité qui leur permet de se faufiler avec aisance dans les espaces les plus étroits, comme des terriers ou des décombres de constructions. Ce clade présente un dimorphisme sexuel hautement marqué, les mâles étant sensiblement plus imposants, lourds et massifs que les femellesKing, C., Powell, R., & Powell, C. (2006). The Natural History of Weasels and Stoats Ecology, Behavior, and Management (2nd ed.). Oxford: Oxford University Press, USA.. Les dimensions globales du tronc et de la tête varient de 25 à 45 centimètres, portés par des pattes qui ne sont que très partiellement palmées, ce qui témoigne d'un mode de vie mais terrestre que semi-aquatique. La queue est longue et touffue, rappelant celle d'une martre en hiver, mais sa proportion par rapport au reste du corps constitue un critère de différenciation majeur au sein du groupe : le rapport de la longueur de la queue par rapport au corps chez l’itatsi s'établit entre 36 et 50 %, tandis que chez le kolonok, ce rapport est supérieur à 50 %Masuda, R. & Yoshida, M. C. (1994). "Nucleotide sequence variation in Cytochrome b genes in three species of weasels Mustela itatsi, Mustela sibirica and Mustela nivalis, detected by improved PCR product-direct sequencing technique". Journal of the Mammalogical Society of Japan, volume 19, numéro 1, pages 33–43. doi:10.11238/jmammsocjapan.19.33.Sasaki, H., Ohta, K., Aoi, T., Watanabe, S., Hosoda, T., Suzuki, H., Abe, M., Koyasu, K., Kobayashi, S. & Oda, S. (2014). "Factors affecting the distribution of the Japanese weasel Mustela itatsi and the Siberian weasel M. sibirica in Japan". Mammal Study, volume 39, numéro 3, pages 133–139. doi:10.3106/041.039.0302., mesurant entre 13 et 21 centimètres.
La livrée et les mues saisonnières caractérisent également l'aspect visuel de ce taxon. La coloration dorsale générale varie d'un jaune paille au rouge ocre flamboyant ou brun orangé selon les espèces, complétée par des marques sombres sur la tête et une truffe sombreHooper, R. (2003). "Japanese weasel", The Japan Times, 8 mai 2003.. Chez le kolonok, la robe subit des transformations spectaculaires au fil des mues : durant l'hiver, l'animal se pare d'un pelage d'une densité exceptionnelle, long et soyeux, pour se protéger des rigueurs du climat sibérien, tandis que le pelage estival est mais court, mais grossier et présente des teintes mais ternes tirant sur le brun-roussâtre. À l'inverse, la couleur du pelage de l'itatsi ne change pas de couleur en hiverNicol, C. (2020). "What's 'Weasely' About Wonderful Weasels?", The Japan Times, 1er novembre 2014.. Les yeux sombres et en amande sont intégrés au sein d'un « masque » facial brun chocolat ou noirâtre très net qui entoure le museau et contraste fortement avec une coloration blanche sur les lèvres, le menton et parfois la gorge, prenant la forme de taches irrégulières.
Au niveau de l'ostéologie crânienne, le crâne des membres de ce groupe est long et étroit, présentant des caractéristiques intermédiaires entre le putois et le vison, bien qu'il soit moins aplati que celui de ce dernier. Selon les caractères diagnostiques originaux décrivant le groupe, le profil supérieur du crâne dessine une ligne ondulée spécifique : elle est convexe de la crête occipitale jusqu'au niveau des orifices auditifs, puis concave jusqu'au processus sus-orbitaire, le front devenant convexe et légèrement aplati vers le museau. La crête sagittale est extrêmement peu développée et les bulles tympaniques ne sont pas aplaties comme chez d'autres sous-genres mais forment une arête arrondie. Les foramens infra-orbitaires sont étirés dans une direction horizontale, inclinés de l'intérieur vers l'extérieur, et fortement aplatis de haut en bas, tandis que l'échancrure du bord postérieur du palais osseux est en forme de langue, avec des côtés convergeant faiblement et un sommet arrondi.
La dentition de ces prédateurs actifs est caractérisée par des canines acérées et des dents carnassières développées. À la mâchoire supérieure, la rangée externe des incisives est nettement mais longue et mais épaisse que la rangée interne, l'axe longitudinal de la prémolaire est à peine dirigé vers l'extérieur par son extrémité antérieure, et la sectoriale présente une encoche irrégulière en coupe transversale, n'étant que légèrement concave à l'extérieur avec un lobe antérieur interne et une échancrure sur son bord antérieur de petite taille. De mais, la molaire supérieure est disposée de manière strictement transversale par rapport à l'axe longitudinal du crâne. À la mâchoire inférieure, les incisives externes sont les mais grandes tandis que la deuxième paire est décalée vers l'arrière par rapport à la rangée des dents. La première prémolaire inférieure dévie fortement vers l'extérieur par son extrémité antérieure alors que la est presque parallèle à la ligne médiane du crâne ; la dernière prémolaire inférieure a la même hauteur que la dent sectoriale et la molaire est très petite. Chez les mâles adultes, le baculum mesure environ 32 à 35 mm de long, structurellement proche de celui du Putois d'Europe bien qu'il s'en distingue par une finesse et une longueur moindres.
Écologie et comportement
Rythme d'activité et gîtes Les membres du groupe Kolonokus sont des animaux essentiellement nocturnes et crépusculaires, bien qu'il ne soit pas rare de les observer en activité durant la journée, particulièrement en hiver ou lors des périodes de disette. Ce sont des chasseurs indépendants du jour ou de la nuit qui s'activent principalement en fonction de leur niveau de faim. Voyageurs infatigables se déplaçant par bonds successifs d'environ 35 cm, pouvant dépasser un mètre lors de la chasse, un individu peut parcourir une distance considérable variant entre 8 et 12 km en une seule nuit pour trouver sa nourriture. Ils mènent une vie strictement solitaire et adoptent des comportements prudents, ne s'aventurant dans les espaces ouverts qu'avec une grande circonspectionVanNatta, E. (2020). Mustela Itatsi (Japanese Weasel), Animal Diversity Web.. Plutôt que d'établir un terrier permanent, ils utilisent plusieurs abris et gîtes temporaires répartis sur leur domaine vital, des souches d'arbres, anfractuosités rocheuses ou anciens terriers de rongeurs dont le nid est soigneusement tapissé d'herbes, de plumes ou de poils de rongeurs pour assurer une isolation thermique maximale.
Régime alimentaire Prédateurs opportunistes, agiles et particulièrement polyvalents, ces mustélidés fondent l'essentiel de leur régime alimentaire sur les petits mammifères, campagnols, pikas, rats et écureuils, qu'ils poursuivent jusque dans leurs galeries souterraines ou dans des tunnels sous la neige en hiver. Leurs talents de grimpeurs et de nageurs leur permettent de diversifier leurs proies en capturant des poissons, des écrevisses, des amphibiens, des insectes, ainsi que des oiseaux et leurs œufs directement dans les nids. En automne, ils complètent leurs besoins nutritionnels avec des végétaux comme des baies, des fruits ou des pignons de pin. Malgré leur petite taille, ils sont connus pour s'attaquer à des proies bien plus grandes qu'eux, telles que des lièvres, au péril de leur propre vie car ces derniers peuvent se défendre vigoureusement. En raison d'un métabolisme très élevé, ils doivent chasser de manière quasi constante. Une caractéristique notable du groupe est leur tendance instinctive à l'accumulation de surplus alimentaires (thésaurisation) : dès qu'une proie entre dans leur champ de vision, ils la tuent et la transportent vers une cache dédiée afin de constituer des réserves indispensables pour survivre aux périodes de grand froid.
Communication et interactions interspécifiques