L’art roman scaldien est un art d'influence franco-normande de la vallée de l'Escaut, en Flandre et en Picardie, couvrant la période du . La région scaldienne correspond principalement aux frontières de l'ancien diocèse de Tournai qui s'étendait dans le territoire de l'actuelle Belgique, au nord et au sud du fleuve Escaut mais également sur une partie du nord de la France et du sud des Pays-Bas.
Dénomination L'appellation d' « Art roman scaldien » fait référence au fait que ce style en partie inspiré du monde romain est présent dans la plaine de l'Escaut (Scaldis en langue latine).
Contexte Au , se conjuguent diverses conditions favorables qui rendent possible le développement et l’expansion de l'art roman dans le nord de l'Occident chrétien à une époque précoce et d'une manière fort créative. L'art roman apparaît vers l'an 1000 alors que l'Europe sort d'une période troublée par les invasions et destructions répétées d'édifices civils et religieux par les Vikings et Hongrois dans la plaine de l'Escaut. Ces guerres ont provoqué la dislocation de l'Empire carolingien et la naissance de la féodalité. La période de relative stabilité qui s'ensuit permet le développement d'édifices de grandeur ampleur intégrant une décoration sculpturale et une résurgence des modèles romains antiques adaptés à la liturgie chrétienne.
Histoire vignette|Cathédrale Notre-Dame de Tournai (partie romane).|gauche vignette|Collégiale Saint-Vincent de Soignies.
vignette|Portail nord-ouest de la cathédrale Notre-Dame de Tournai. vignette|Nef romane de la cathédrale Notre-Dame de Tournai. vignette|Portail sculpté de l'église Saint-Piat de Tournai. vignette|Adam et Ève expulsés du paradis, Église de Tous-les-Saints, East Meon, Hampshire, font baptismal tournaisien (1130-1140). L'émergence de l'art roman scaldien du au fait suite à la propagation de l'art roman venu de France. Les édifices du roman scaldien ont été construits dans le bassin de l'Escaut et de ses affluents qui constituaient des voies commerciales importantes. Ceux-ci se situent principalement dans l'ancien comté de Flandre, dont le territoire s'étendait dans le nord de la France, en Belgique picarde et en Zélande, mais aussi dans l'ancien évêché de Tournai, une partie du comté de Hainaut et du duché de Brabant. Dans ces régions, est né un art roman original où l'on remarque les influences française et anglo-normande.
La première manifestation de cet art original se situe dans le Hainaut à la collégiale Saint-Vincent de Soignies dont la construction s'étend du au dans un style roman scaldien se distanciant des préceptes de l'art mosan présent dans l’ancien Brabant, la limite avec l'art roman scaldien coïncidant quelque peu avec la frontière des diocèses de Liège et de Cambrai.
À l'époque, Tournai, ville autonome, et le comté de Flandre étaient vassaux du roi de France. En 1146, l'évêché de Tournai, dont le diocèse s'étend sur une grande partie du comté de Flandre, acquiert son indépendance par rapport à celui de Noyon par décision du pape Eugène III. Cette promotion hâte la construction d'une prestigieuse cathédrale qui servira de modèle pour les églises romanes de type scaldien. La cathédrale Notre-Dame de Tournai impressionne par ses proportions monumentales. Elle est construite du au , c'est-à-dire quand Tournai prend son indépendance par rapport à Noyon.
Concomitamment, s'élèvent à Tournai une série d'églises paroissiales qui ont conservé en partie leurs formes romanes d'origine. Il s'agit des nefs de l'église Saint-Piat, de l'église Saint-Brice et de l'église Saint-Quentin, le chœur de l'église Saint-Nicolas, la crypte et les deux premières travées, remaniées, du chœur de Saint-Brice, la base des tours de l'église Saint-Jacques et de l'église Saint-Nicolas. On retrouve l'influence scaldienne du dans les grandes abbatiales disparues de Saint-Martin de Tournai et Saint-Sauveur d'Anchin (Flandre française). À Blaton dans le Hainaut occidental, l'église de Tous-les-Saints au transept exceptionnellement couvert de coupoles romanes, appartient à ce même groupe tournaisien.
En Flandre, on remarque le modèle scaldien aux cathédrales Saint-Donatien de Bruges et Saint-Martin d'Ypres et aux abbayes Saint-Bavon de Gand, Saint-Pierre à Gand, d'Affligem. En Flandre française, on trouve une tour romane à l'abbaye de Saint-Winoc à Bergues et un portail et une nef romane à l'église Saint-Jean-Baptiste de Bourbourg.
Il subsiste cependant peu d'églises de type scaldien en raison des nombreuses transformations subies ultérieurement en particulier à l'époque gothique, des guerres (en particulier celles qui ont suivi la Révolution française) et, en Flandre française, de la destruction de nombreuses de ces églises (Thérouanne, Boulogne, Arras, Valenciennes et Cambrai). Il demeure toutefois des édifices civils et militaires imposants dont les principaux sont le beffroi de Tournai (socle), le château des comtes de Flandre à Gand et la tour Burbant à Ath. De même, quelques rares maisons romanes avec ouvertures en plein cintre, colonnettes et pignons à bâtière ou à gradin construites en pierre bleue-grise subsistent encore à Tournai (1175-1200) et Gand (fin ).
Caractéristiques La cathédrale de Tournai constitue le modèle architectural pour la construction d'églises de même type dans la région de l'Escaut. Les églises de style roman scaldien se caractérisent par une haute élévation et reproduisent un plan basilical avec une nef horizontale à niveaux superposés à laquelle s'ajoute un transept, une tour-lanterne à la croisée et des tourelles latérales à toit conique en façade. À l'intérieur, on y trouve habituellement des tribunes et des galeries de circulation ainsi qu'un plafond constitué par une charpente en bois horizontale comme dans l'architecture romane normande.
On trouve à la cathédrale de Tournai un décor sculpté d'une grande richesse avec ses portails et des centaines de chapiteaux différents qui ornent les colonnes de l'édifice. Ceux-ci sont dotés de motifs végétaux, ou d'une décoration animale voire humaine. Ils étaient, au départ, tous polychromes et taillés une pierre bleue-grise utilisée en architecture et en sculpture. Cette pierre, parfois appelée marbre de Tournai, était extraite des carrières de Tournai et d'Antoing. C'est un calcaire dur et étanche datant de l'ère primaire, assez difficile à travailler. L'architecture romane utilisait cette pierre sous forme de moellons et pierres mal équarries. En sculpture, Tournai était réputée au niveau international pour sa production de fonts baptismaux romans.
Au , le décor architectonique s'enrichit. Le fût cylindrique se multiplie et se répand de Tournai vers la Flandre. Le chapiteau à corbeille évasé, orné d'un motif végétal stylisé prépare l'évolution rapide vers le chapiteau gothique à crochets. On retrouve le triforium de la cathédrale de Tournai le long des nefs de l'église Saint-Piat de Tournai et de l'église Saint-Brice à Tournai. À Saint-Brice, les fenêtres hautes prennent en revanche la place des arcades aveugles comme en Normandie. À la collégiale Saint-Vincent de Soignies, on retrouve une tour-lanterne à la croisée du transept. Le modèle de la galerie extérieure de circulation, d'inspiration normande, devant les fenêtres hautes à la nef de la cathédrale de Tournai est reprise à l'abbaye Saint-Pierre de Gand.
Après le , certains éléments romans scaldiens tels que l'utilisation de tourelles latérales à toit conique et les clochers ou tours-lanternes à la croisée du transept seront encore présents dans l'architecture gothique scaldienne. vignette|Château des comtes de Flandre à Gand. Notes et références
Annexes
Bibliographie
L'art roman en Belgique, éd. Samsa, Bruxelles, mai 2022. Pierre-Jean Foulon et Claude Haumont, Découvrir la Belgique romane, Guide Marabout, Paris, 1975. X. Barral i Altet., Belgique romane et Grand Duché de Luxembourg, éd. Paris-Saint-Léger Vauban (La nuit des temps, 71), p. 219, 1989. T. Coomans, L’Art « scaldien » : origine, développement et validité d’une école artistique ?, éd. Nys L. & Vanwijnsberghe D., 2007. A. Courtens, 1969. Belgique romane. Architecture, art monumental, Bruxelles, p. 91, 1969. J.-R. Gaborit, La sculpture romane, Paris, p. 385, 398, 2010. A. Goldschmidt, Die belgische Monumentalplastik des 12. Jahrhunderts. éd.: Clemen P., Belgische Kunstdenkmäler, Munich, 1, p. 51-72, 1923. J.-C. Ghislain, La production funéraire en pierre de Tournai à l’époque romane. Des dalles funéraires sans décor aux œuvres magistrales du XIIe siècle. éd. Les Grands siècles de Tournai (XIIe - XVe siècles). Recueil d’études […], Tournai-Louvain-la-Neuve, p. 115-208, 1993. J. Leclercq-Marx, L’art roman en Belgique. Architecture, art monumental, Braine-l'Alleud, p. 136-137, 1997. P. Rolland, La sculpture tournaisienne, éd. Notre Passé, Bruxelles, 1944. Tournai, la grâce d'une cathédrale, éd. Place des Victoire, 2025.
Articles connexes
Art roman Sculpture romane Architecture en France Architecture romane Art anglo-normand Architecture romane normande Iconographie des modillons romans Renaissance du Gothique scaldien Cathédrale Notre-Dame de Tournai Collégiale Saint-Vincent de Soignies Château des comtes de Flandre Tour Burbant Fonts baptismaux tournaisiens Pierre de Tournai Maison romane de Gand
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