vignette|Tag allemand du "tank man", symbole de la résistance à la répression de Tiananmen Les manifestations et le massacre de la place Tiananmen en 1989 ont marqué un tournant pour de nombreux responsables du Parti communiste chinois (PCC), qui ont été soumis à une purge débutée après le 4 juin 1989. Cette purge a touché les plus hautes sphères du gouvernement jusqu'aux fonctionnaires locaux, et a notamment visé le secrétaire général du PCC, Zhao Ziyang, et ses proches collaborateurs. Elle a pris la forme d'une vaste campagne idéologique qui a duré 18 mois. Au moins 4 millions de membres du Parti communiste (un dixième du total) ont fait l'objet d'enquêtes diverses. Le gouvernement a déclaré que cette purge avait été entreprise dans le but d'« éliminer résolument les éléments hostiles, les éléments antiparti et les éléments corrompus », ainsi que de « lutter fermement contre ceux qui, au sein du Parti, manifestent de sérieuses tendances à la libéralisation bourgeoise ».

Les membres du Parti qui avaient participé aux manifestations avant la proclamation de la loi martiale devaient justifier leurs positions et se soumettre à de longues enquêtes. Seuls les membres dont la loyauté avait été prouvée pouvaient réenregistrer leur adhésion au parti.

Une purge nationale La première phase de la purge ne visait qu'environ 250 cadres dirigeants libéraux ayant joué un rôle actif dans le soutien au mouvement étudiant. Cependant, lorsque les conservateurs du parti tentèrent d'étendre la purge au sein même du parti, ils eurent du mal à isoler une poignée de responsables. Bien qu'une enquête ait été ouverte contre tous les échelons du personnel à travers le pays après les événements, le résultat ne fut pas à la hauteur des attentes du PCC.

Plus de 800 000 membres et cadres du PCC avaient soutenu le mouvement étudiant, mais selon le XIVe Congrès du Parti, en octobre 1992, seuls 1 179 cadres furent sanctionnés et 13 254 furent soumis à une procédure disciplinaire. Les principales raisons de l'échec de la campagne de réinscription étaient les suivantes : premièrement, les responsables locaux cherchèrent à se protéger et à se couvrir mutuellement ; deuxièmement, de nombreux membres du parti, indignés par la répression militaire, considéraient cette campagne comme un moyen de tester leur loyauté. Troisièmement, de nombreux membres estimaient avoir été lésés et que le PCC avait trahi ses principes.

Néanmoins, bien que la campagne n'ait pas atteint l'objectif du PCC, de nombreux membres ont été purgés. Au nom d'une campagne anticorruption lancée au printemps 1990, 79 000 membres du parti ont été exclus en 1990, et en octobre 1992, le total cumulé s'élevait à 154 289. Bien qu'il soit difficile de déterminer le nombre exact de membres exclus pour des raisons purement politiques, le parti n'ayant jamais communiqué publiquement ce chiffre, il est difficile de nier le lien entre cette purge et la protestation.

Purge au sommet du parti vignette|Zhao Ziyang, principale cible de la campagne En 1989, Zhao Ziyang était secrétaire général du Parti communiste chinois et, à cette époque, la figure politique la plus influente. Il fut l'un des premiers responsables du parti à perdre son pouvoir politique lors des purges. Le 17 mai 1989, lors de la réunion du Bureau politique du PCC, Zhao Ziyang et Hu Qili, membre du Comité permanent du Bureau politique, votèrent contre l'instauration de la loi martiale en réponse aux manifestations. Le Premier ministre Li Peng et le vice-Premier ministre Yao Yilin votèrent pour, tandis que Qiao Shi, également membre du Comité permanent, resta neutre. Le vote ne permit pas d'obtenir une majorité claire jusqu'à l'intervention soudaine du chef des armées, Deng Xiaoping, et de son vice-président, Yang Shangkun, qui se rangèrent tous deux du côté de Li Peng.

Après cette réunion, Zhao Ziyang refusa de participer à la mise en œuvre de la loi martiale, sous quelque forme que ce soit. Le 20 mai, lors d'une réunion informelle au domicile de Deng Xiaoping, il fut qualifié de contre-révolutionnaire en raison de son soutien aux étudiants manifestants et de son opposition aux décisions du parti. Lors de cette même réunion, Deng annonça la destitution de Zhao de son poste de secrétaire général.

Zhao tenta de contester la légitimité de la décision de Deng en affirmant qu'« il est illégal de prendre une telle décision sans même avoir informé deux membres du Comité permanent du Parti communiste chinois ». Zhao ne put accepter la décision de Deng, mais cela n'en changea rien. Le 24 juin, Zhao fut officiellement condamné pour avoir soutenu les troubles (动乱) et la scission (分裂) du Parti. Du point de vue du Parti, Zhao fut jugé responsable de sa contribution présumée aux troubles et, par conséquent, perdit tous ses postes. De plus, sa liberté de mouvement lui fut retirée à compter de cette date. Zhao devint la première victime de la purge politique.

Hu Qili, membre du Comité permanent du Bureau politique du PCC, vota contre la proclamation de la loi martiale avec Zhao Ziyang le 17 mai. Outre son vote du 17 mai, Hu Qili a également déclaré publiquement la nécessité de réformes. Du 11 au 13 mai, il a invité des journalistes à Pékin et leur a fait part de son point de vue sur le mouvement étudiant. Il a insisté devant la presse sur l'importance de réformes démocratiques fondées sur le droit. Plus important encore, il a affirmé que la presse avait le devoir d'accroître la transparence du PCC et du gouvernement. Cependant, le 24 juin, Hu Qili a été démis de ses fonctions au sein du Comité permanent du Bureau politique (政治局常委) et du Secrétariat (书记处书记).

Bao Tong a également été victime de cette purge. Secrétaire du Bureau politique et bras droit de Zhao, il a joué un rôle central dans les réformes politiques de la fin des années 1980 et pendant le mouvement étudiant de 1989. Il était également une figure importante du gouvernement de Zhao. Lorsque Zhao décida de soutenir le mouvement étudiant et refusa de le qualifier de trouble à l'ordre public, Bao rédigea ses discours lors de réunions. Après la défaite de Zhao dans la lutte politique du 17 mai, Bao Tong fut rapidement arrêté. Bien qu'avant son arrestation, Bao ait tenté d'invoquer ses droits de citoyen et ses devoirs de membre du Parti pour se défendre, il comprit rapidement que « ces moyens [ne [seraient] probablement pas suffisants pour [le] protéger ».

Le 28 mai 1989, Bao fut incarcéré à la prison de Qincheng, qui détient les criminels politiques les plus importants du pays, sans procédure régulière. Il fut condamné le 21 juillet 1992 à sept ans de prison et à deux ans de privation de ses droits civiques. Il était accusé d'avoir divulgué des informations classifiées du gouvernement en avertissant les manifestants de la place Tiananmen de l'imminence de l'instauration de la loi martiale. Il fut également reconnu coupable de propagande contre-révolutionnaire. En tant que proche collaborateur de Zhao, Bao fut également démis de ses fonctions politiques.

Yan Mingfu et Rui Xingwen étaient tous deux secrétaires du Politburo durant le mouvement étudiant. Le 13 mai, ils participèrent à une conférence de presse à Pékin. Hu Qili, cadre dirigeant de cette réunion, y exprima également des opinions favorables sur le mouvement étudiant et la nécessité d'une réforme gouvernementale. Le 15 mai, lors d'une discussion avec plus de 50 leaders étudiants, Yan Mingfu affirma le patriotisme des étudiants et leur enthousiasme pour la promotion de la démocratie. Avec Li Tieying, il déclara publiquement que le mouvement étudiant était globalement positif. Ils affirmèrent également que le Parti et le gouvernement devaient se réformer en matière de prise de décision, de démocratisation, de lutte contre la corruption et face à d'autres problèmes sociaux. Pour ces activités, le Treizième Comité central du PCC, réuni en séance plénière, destitua Yan Mingfu et Rui Xingwen de leurs fonctions le 24 juin.

Notes (en) Cet article est en partie issu de l'article anglophone "Political purges during and after the 1989 Tiananmen Square protests and massacre" (voir les contributeurs)

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