L'alopécie de traction est une forme de perte de cheveux non cicatricielle causée par une tension mécanique prolongée ou répétée exercée sur les follicules pileux. Elle résulte le plus souvent de coiffures exerçant une traction importante sur le cuir chevelu (tresses serrées, nattes africaines, chignons très tendus, extensions capillaires). Si la traction est répétée sur plusieurs années, des lésions folliculaires permanentes peuvent conduire à une alopécie cicatricielle irréversible..
Épidémiologie
L'alopécie de traction touche préférentiellement les femmes. Elle est particulièrement fréquente dans les populations d'Afrique subsaharienne et chez les femmes d'origine africaine-américaine, en raison de pratiques capillaires traditionnelles impliquant des coiffures très serrées. Une étude menée en Afrique du Sud a estimé la prévalence à 17,4 % chez les femmes adultes utilisant régulièrement des tresses serrées. Elle est également décrite chez les danseurs classiques (chignon) et les sportifs (queues de cheval).
Physiopathologie
La traction répétée sur les follicules pileux entraîne une inflammation périfolliculaire initiale. À un stade précoce, les cheveux peuvent repousser si la cause est supprimée. En cas de traction chronique, l'inflammation conduit à une fibrose progressive du derme périfolliculaire, aboutissant à une destruction irréversible du follicule et à une alopécie cicatricielle.
Les régions capillaires les plus exposées sont les zones de traction maximale : la ligne frontale (« hairline » frontal), les tempes et la région rétro-auriculaire.
Présentation clinique
L'alopécie de traction débute typiquement par une raréfaction des cheveux au niveau de la ligne frontale et des tempes, dessinant un aspect caractéristique en « frange clairsemée ». On observe fréquemment :
des pustules ou papules périfolliculaires en phase inflammatoire active ; une douleur ou une tension du cuir chevelu au port de la coiffure ; une rupture des tiges capillaires avec des cheveux courts dans les zones affectées ; à un stade avancé, une perte de follicules avec surface du cuir chevelu lisse et brillante.
Le signe clinique pathognomonique est la distribution de la chute en lien direct avec les zones de tension exercées par la coiffure en cause.
Diagnostic
Le diagnostic est clinique et repose sur :
l'anamnèse des pratiques capillaires ; l'examen clinique du cuir chevelu et de la distribution de la perte de cheveux ; la dermoscopie (trichoscopie), qui peut révéler des points blancs périfolliculaires, une perte des ostia folliculaires et des tubules kératineux blancs aux stades cicatriciels.
Une biopsie cutanée est rarement nécessaire mais peut être indiquée pour distinguer une alopécie de traction évoluée d'une lichen plan pilaire ou d'une alopécie frontale fibrosante.
Diagnostic différentiel
Alopécie frontale fibrosante (AFF) : limite frontale nette, atteinte des sourcils et des cils, aspect histologique différent Lichen plan pilaire : distribution diffuse, prurit, écailles périfolliculaires Pelade : plaques rondes, cheveux en point d'exclamation, évolution par poussées Trichotillomanie : contexte psychiatrique, bords irréguliers, tiges cassées de longueurs variées
Traitement
Le traitement de première intention est étiologique : suppression ou modification de la coiffure causale. À un stade précoce, cette seule mesure permet une repousse complète dans la majorité des cas.
En phase inflammatoire, des corticostéroïdes topiques peuvent être prescrits pour réduire l'inflammation périfolliculaire. Des injections intralésionnelles de triamcinolone sont proposées pour les formes actives étendues.
Aux stades avancés avec fibrose irréversible, la greffe de cheveux (transplantation capillaire par technique FUE ou FUT) peut être envisagée, bien que les résultats soient moins prévisibles que dans les alopécies non cicatricielles en raison de la fibrose dermique.
Prévention
La prévention repose sur :
l'éducation aux pratiques capillaires à moindre tension ; l'alternance régulière des coiffures ; l'évitement des extensions et des tresses dès l'apparition de symptômes (douleur, prurit, chute accrue).
Pronostic
Détecté précocement (stade non cicatriciel), le pronostic est favorable avec une repousse complète après suppression de la cause. Après plusieurs années de traction, la destruction folliculaire est irréversible et la perte de cheveux permanente.
Notes et références
Liens externes
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