Joies d’enfants, également connue sous le nom Deux filles dans une prairie, est une peinture à l'huile sur toile de François-Alfred Delobbe, présentée au Salon de 1891. au Palais des Champs-Élysées.. Ce tableau qui marque l'apparition d'un Delobbe tardif, peu remarqué au Salon, est devenu un phénomène visuel mondial, au point d’être plus célèbre que son auteur — et parfois même détaché de lui, avant d'être oublié. Il est réapparu au Musée Nacional de San Carlos, à Mexico, dans les réserves duquel il était conservé, à l'occasion d'une exposition consacrée à l'enfance en mai 2015 : Poética de la infancia. Los niños en el arte..
Le tableau
La scène montre deux enfants assis dans une prairie : l’aînée, en blouse blanche et corsage sombre, tient un papillon qu’elle montre à la plus petite ; la cadette est vêtue d’une robe claire et tient un petit bouquet de fleurs. Derrière elles, une vache paît près d’une clôture. Le ciel est légèrement nuageux. La scène est lumineuse. Le sol est couverte d’herbe. Il y a des constantes du travail de Delobbe : figure assise, cadrage resserré, horizon bas, présence d’un animal (vache), palette assourdie (verts, bruns, blancs cassés), lumière diffuse, geste suspendu. vignette|Die Gartenlaube (1892).
Dans la culture populaire vignette|Photoglyptie Braun & Cie conservée au Musée des Beaux-Arts de Paris. Au Salon de 1891, Joies d’enfants n’a pas suscité de critiques marquantes. C’est typique des œuvres du Delobbe tardif : elles plaisent au public, mais ne déclenchent pas de débats esthétiques. Pourtant, dès sa sortie du Salon, le tableau devient un best‑seller international. La photoglyptie Braun est le premier niveau de diffusion : qualité irréprochable, tirages massifs, exportation européenne.. En 1892 la maison Boussod, Valadon & Cie (successeurs de Goupil) produit une version en couleur, chromotypogravure destinée aux marchés étrangers. En 1893 le tableau est gravé par Die Gartenlaube, le plus grand magazine illustré d’Allemagne.. Y être reproduit signifie toucher des millions de lecteurs. La gravure est reprise dans la presse illustrée européenne et russe, où elle fait la couverture de L'Éducation picturale. En 1894 La Knapp Company (New York) diffuse massivement le tableau sans mention de Delobbe, sous un titre générique. C’est typique du marché américain : on vend l’image, pas l’artiste. vignette|Carton de l'Ombrascope Joies d'enfants, Boussod & Valadon 1893
La réapparition à Mexico (2015) : un cas exemplaire de « Delobbe retrouvé » vignette|What is it, The Knapp Co. 1894. En mai 2015, le Museo Nacional de San Carlos (Mexico) organise l’exposition Poética de la infancia.. Los niños en el arte.. À cette occasion, les conservateurs explorent leurs réserves et… retrouvent Joies d’enfants, parfaitement conservé, mais jamais exposé depuis des décennies.. Ce cas illustre exactement le cas d'un grand nombre d'œuvres françaises du achetées ou reçues par des musées étrangers, entrées en réserve, jamais numérisées, parfois mal attribuées ou non attribuées, redécouvertes lors d’un récolement ou d’une exposition thématique.
Le Mexique du : un pays francophile dans ses élites Après l’indépendance (1821), les élites mexicaines voient dans la France un modèle culturel, un modèle artistique, un modèle institutionnel. Paris devient la capitale artistique où se forment peintres, architectes, sculpteurs, conservateurs. Le français est la langue de la culture. Les musées mexicains se construisent sur le modèle français. Le Museo Nacional de San Carlos, fondé en 1845, est le premier musée d’art européen du continent américain. Il constitue un pont direct entre Paris et Mexico. Ses collections se forment par achats d’État, dons privés, transferts diplomatiques. C’est ainsi que des œuvres françaises du XIXᵉ — parfois mineures, parfois majeures — arrivent au Mexique. Le Mexique est un marché actif pour les éditeurs d’art français : Goupil & Cie vend des peintures, des gravures, des albums. Boussod & Valadon exportent des chromotypogravures. Braun & Cie diffuse des photoglypties dans les cercles académiques. Ces circuits expliquent pourquoi Delobbe, Bouguereau, Breton, Lhermitte, Dagnan‑Bouveret sont présents dans les collections mexicaines.
Une diffusion mondiale… qui a fini par effacer l’auteur vignette|Живописное обозрение n°28, 1893 Картина художника А. Делоббе. Детские радости Joies d’enfants appartient à la catégorie des œuvres très diffusées, très populaires, très exportées, non commentées par la critique, non acquises par les musées français, souvent absorbées par les collections étrangères, puis oubliées dans les réserves. Un schéma récurent pour Delobbe.
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