Les dermatoses de la grossesse sont l'ensemble des affections cutanées inflammatoires spécifiques à la femme enceinte. Elles sont distinctes des maladies de peau préexistantes pouvant s'aggraver ou s'améliorer pendant la grossesse. La classification de référence, établie par Ambros-Rudolph en 2006 à partir d'une étude portant sur 505 patientes, distingue quatre entités principales : la pemphigoïde gravidique, l'éruption polymorphe de grossesse, l'éruption atopique de grossesse et la cholestase intrahépatique de grossesse.

Classification La classification de 2006 regroupe les dermatoses spécifiques de la grossesse selon leur épidémiologie, physiopathologie et pronostic materno-fœtal :

Entité Fréquence Trimestre de début Risque fœtal Éruption atopique de grossesse (AEP) 49,7 % 1 et 2 trimestres Faible Éruption polymorphe de grossesse (PEP) 21,6 % 3 trimestre, Nul Pemphigoïde gravidique 4,2 % 2 et 3 trimestres Modéré (prématurité) Cholestase intrahépatique de grossesse ~3 % 3 trimestre Élevé (mort fœtale ) 0,8 % 1 au 3 trimestre Nul

Éruption atopique de grossesse L'éruption atopique de grossesse (AEP, de l'anglais atopic eruption of pregnancy) est la plus fréquente des dermatoses spécifiques, représentant environ 50 % des cas. Elle regroupe trois tableaux cliniques : l'eczéma de grossesse, le prurigo gestationis et la folliculite prurigineuse de grossesse. Elle survient préférentiellement chez des femmes ayant des antécédents personnels ou familiaux d'atopie, souvent au cours des deux premiers trimestres. L'atteinte prédomine sur le visage, le cou, les plis de flexion et le tronc. Le traitement repose sur les corticostéroïdes topiques et les antihistaminiques. Le pronostic fœtal est favorable.

Éruption polymorphe de grossesse L'éruption polymorphe de grossesse (PEP, de l'anglais polymorphic eruption of pregnancy), anciennement dénommée PUPPP (pruritic urticarial papules and plaques of pregnancy), est la deuxième entité en fréquence. Elle débute typiquement au troisième trimestre, souvent dans les vergetures abdominales, chez les primipares en cas de prise de poids excessive ou de grossesse multiple. Les lésions sont des papules et plaques urticariennes très prurigineuses, respectant habituellement la région péri-ombilicale. L'évolution est spontanément résolutive dans les semaines suivant l'accouchement. Il n'existe pas de risque fœtal associé.

Pemphigoïde gravidique

La pemphigoïde gravidique (anciennement « herpès gestationis ») est une dermatose auto-immune bulleuse rare, avec une incidence estimée entre 1/10 000 et 1/50 000 grossesses. Elle est liée à des auto-anticorps anti-BP180 (collagène de type ) qui induisent un clivage sous-épidermique. L'atteinte débute typiquement en région péri-ombilicale avant de s'étendre. L'aspect clinique évolue de papules urticariennes vers des vésicules et des bulles tendues. Le diagnostic repose sur l'immunofluorescence directe, montrant des dépôts linéaires d'IgG et de C3 à la jonction dermo-épidermique. La pemphigoïde gravidique peut être associée à une prématurité et un retard de croissance intra-utérin. Le traitement fait appel aux corticostéroïdes systémiques.

Cholestase intrahépatique de grossesse

La cholestase intrahépatique de grossesse (CIG) se manifeste par un prurit généralisé intense, prédominant aux paumes et aux plantes, sans lésion cutanée primaire, accompagné d'une élévation des acides biliaires sériques. Elle survient principalement au troisième trimestre et régresse spontanément dans les semaines suivant l'accouchement. La CIG est associée à un risque significatif de complications fœtales graves, notamment la mort fœtale in utero, la prématurité et la détresse respiratoire néonatale, justifiant une surveillance obstétricale rapprochée. Le traitement de référence est l'acide ursodésoxycholique.

Diagnostic différentiel Le diagnostic différentiel des dermatoses de la grossesse comprend notamment : la gale (prurit nocturne à recrudescence vespérale, sillons scabieux, contage familial) ; la varicelle (vésicules en « gouttes de rosée », syndrome fébrile) ; les toxidermies médicamenteuses (relation temporelle avec l'introduction d'un médicament) ; les urticaires communes ; le pemphigus vulgaire (érosions muqueuses, signe de Nikolsky positif).

Notes et références

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