Un gevrey-chambertin est un vin rouge français d'appellation d'origine contrôlée produit sur une partie de la commune de Gevrey-Chambertin et de celle de Brochon, en Côte-d'Or. Il s'agit d'une des appellations communales du vignoble de la côte de Nuits, bordée au nord par l'aire de production de l'AOC fixin et au sud par celle du morey-saint-denis.
Le gevrey-chambertin comprend 26 climats classés en premier cru, qui produisent 18 % du volume de la production de l'appellation (en 2023). Son aire d'appellation comprend par ailleurs les climats de neuf appellations grand cru, dont le chambertin.
Histoire Traces antiques La vigne est réputée avoir été cultivée très tôt en Bourgogne ; c'est à Gevrey-Chambertin que les recherches archéologiques ont permis de découvrir les traces des plus anciennes vignes gallo-romaines de la région, qui remontent au
En 2008, lors de l'agrandissement d'une zone pavillonnaire, ont été mises au jour, alignées en rang sur , dans lesquelles on a repéré la trace de et où l'on peut voir en coupe le vide laissé par le tronc et les racines du pied de vigne. Cette découverte accrédite les préconisations de Pline l'Ancien et de Columelle. Comme aujourd'hui, les vignes étaient plantées en rang, mais le choix et l'exposition des terrains étaient différents, puisque les vignes gallo-romaines étaient situées dans les plaines, au lieu des coteaux de la majorité des Côtes de Nuits actuelles. De plus, les goûts devaient être différents, puisque les gallo-romains ajoutaient au vin des épices, notamment pour assurer leur conservationMichel Bouvier, Le vin, c'est toute une histoire, Jean-Paul Rocher Éditeur, Paris, 2009, p. 31 .Savatier F, « La plus ancienne vigne de... Bourgogne », Pour la Science, mai 2009, p. 13..
En 92, l’édit de l'empereur romain Domitien interdit la plantation de nouvelles vignes hors d’Italie. Il fit arracher partiellement les vignes en Gaule afin d’éviter la concurrence. Le vignoble résultant suffisait aux besoins locaux.. Mais Probus annula cet édit en 280Henri Cannard : AOC Mercurey, Le vignoble d'hier, 27.. En 312, un disciple d'Eumène rédigea la première description du vignoble de la côte d'OrLes plaintes des vignerons du Pagus Arebrignus dans docteur Morelot, Statistique de la vigne dans le département de la Côte-d'Or, Dijon-Paris, 1831., consulté le 25 novembre 2008..
Développement médiéval Le village est mentionné sous le nom de Gibriacus en 630 dans la chronique de l'abbaye de Bèze, à l'occasion de la donation par le duc Amalgaire de ce qui devenu le clos de Bèze.. Les moines de Bèze laissèrent une autre trace, avec le climat nommé la « Chapelle », où ils construisirent en 1155 une chapelle. Le Chambertin doit son nom à un paysan nommé Bertin, propriétaire d'un terrain voisin du clos de Bèze, cultivées par les convers de l'abbaye du même nom. Bertin pensa que ce terrain devait, lui aussi, produire un bon vin ; peu après, le vin du « champ de Bertin » fut bientôt aussi célèbre que celui du clos. À la mort de Bertin, les moines achetèrent ses vignes et la réputation de ce vin grimpa.
vignette|gauche|redresse=0.7|Philippe II le Hardi, duc de Bourgogne. La construction du château de Gevrey actuel commence en 1257 sur ordre d'Yves de Vergy abbé de Cluny, se terminant sous son neveu et successeur Yves de Chassant, mort en 1289. En l'an 1395, Philippe le Hardi décida d’améliorer la qualité des vins et interdit la culture du gamay au profit du pinot noir sur ses terres.. Cet ordre, renouvelé plusieurs fois ce qui fait douter de son efficacité, n'empêche pas le gamay et d'autres cépages d'être massivement cultivés, notamment en-dehors des meilleures parcelles du coteau, produisant des vins de consommation courante. En 1422, d'après les archives, les vendanges eurent lieu en côte de Nuits au mois d'août.. À la mort de Charles le Téméraire, le vignoble de Bourgogne fut rattaché au royaume de France, sous le règne de Louis XI.
Dans l'ombre du Chambertin À la fin du et au , la façon de faire le vin rouge évolue vers des cuvaisons plus longues, des vins plus colorés et corpulents, les élevages s'allongent, d'où des mises en vente qui se décalent de novembre jusqu'à février. En 1700, l'intendant Ferrand rédigea un Mémoire de la Bourgogne pour l'instruction du dauphin Louis (qui avait le titre de duc de Bourgogne ; c'est le petit-fils de Louis XIV et le père de Louis XV), indiquant que dans le duché les vins les meilleurs provenaient des , et . Six exemplaires sont conservés à la bibliothèque municipale de Dijon, sous les cotes ms 724, 725, 726, 792, 1051 et 1064 ; il a été réédité et analysé : .. Claude Arnoux mentionne le chambertin dans son ouvrage de 1728, mais pas les autres vins de Gevrey, ..
Dans leur ouvrage de 1777, Claude Courtépée et Edme Beguillet mentionnent, en plus de la propriété du chapitre de Langres sur le clos de Bèze, celle de bénédictins installés à « l'Aumonerie » au sud-ouest du village de Gevrey. Les deux auteurs fournissent aussi un classement des meilleurs climats de la paroisse : , ..
Napoléon Bonaparte fit du chambertin son vin préféré. La prédilection de Napoléon pour le vin de Bourgogne date probablement de l'époque où, jeune officier d'artillerie, il était caserné de 1788 à 1789 à Auxonne en Côte-d'Or. Bourienne raconte qu'avant son départ pour l'Égypte, il avait fait une bonne provision de vins de Bourgogne ; et plusieurs de ses caisses ont traversé deux fois le désert (des auteurs relate qu'une partie ramenée à Fréjus avaient le même goût qu'au départ ; d'autres qu'une grande partie s'était gâtéePierre Branda, dans .). Sous l'Empire, Napoléon se faisait servir habituellement un chambertin de cinq à six ans d'âge et en buvait une demi-bouteille à chaque repas. Il coupait systématiquement son vin d'eau, un fait confirmé par son valet de chambre., par la femme de chambre de Joséphine. et par l'historien Frédéric Masson..
En 1816, André Jullien classe les meilleurs vignobles, en mettant en tête de ceux de la Côte-d'Or la Romanée-Conti, avec en deuxième le Chambertin : , . Les autres vins de la commune ne sont présentés qu'en troisième classe (derrières ceux de Corton, Vosne, Nuits, Prémeaux, Volnay, Pomard, Beaune, Chambolle, Morey, Savigny et Meursault, classés eux en ) : .
Classements plus précis vignette|redresse=2|Les climats classés de Gevrey et de Brochon en 1861 : la en rose (Chambertin et clos de Bèze), la en jaune et la en vert. En 1831, la commune de Gevrey comprenait de gamays pour seulement 24 de noiriens, l'ensemble produisant en moyenne de vin chaque année, majoritairement du vin ordinaire, .. En 1847, la commune de Gevrey est autorisée à rajouter à son nom celui de son meilleur cru (c'est la première à le faire, imitée ensuite par d'autres), devenant Gevrey-ChambertinOrdonnance royale de Saint-Cloud du , publiée au Bulletin des lois du royaume de France du , .. En 1855, l'ouvrage de Jules Lavalle mentionne que le cadastre napoléonien indiquait de vigne : .. L'ouvrage propose un classement détaillé : en : le Chambertin (27 ha, clos de Bèze compris) ; en : Saint-Jacques, le clos Saint-Jacques (6,52 ha), Fouchère (un ha), Chapelle haute (3,89 ha), Mazy haut (4,21 ha), Ruchotte du dessus (2 ha), Charmes hauts (3 ha), Grillotte haute (2,9 ha) Véroilles vieille (4 ha), Etournelles (1,96 ha) et haut Castiers (7,98 ha) ; en : Mazy bas (4,38 ha), Chapelle petite (4,1 ha), Ruchotte basse (1,4 ha), Gemeaux (2 ha), Charmes bas (9 ha), Mazoyères (18,36 ha), Latricières (6,93 ha), Echézeaux (3,31 ha) et Lavaux haut (9,53 ha) ; en : Meixvelle (1,87 ha), Meix-des-Ouches (1,09 ha), Craipillot (2,86 ha), Champonet (3,16 ha), Fonteny (3,05 ha), Corbeaux (3,6 ha), Clos-Prieur haut (2,27 ha), Cherbaude (2,2 ha), Pallut (3,37 ha), Carrougeot (5,43 ha), Combe-du-Dessus (6,43 ha), Combe-au-Moine (2,2 ha), Ensonge (3,6 ha), Vellées (1,16 ha), Motrot (3,5 ha), Marchais (5,56 ha), Champs (9,67 ha), Champerrier haut (2,36 ha), Champeaux (6,48 ha), Charreux (5,79 ha) et Crais-du-Dessus (5 ha).
En 1861, le Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune, préparant l'Exposition universelle de 1862, classe les de de la communes de Gevrey, dont 28,2 en (15,2 ha du clos de Bèze et 12,99 du Chambertin), 52,3 en (Cazetiers Hauts, Saint-Jacques haut, Ruchottes-du-Dessus, Mazis-Hauts, Ruchottes-du-Bas, Charmes hauts, Chapelle, ½ Griottes, Mazoyères, Combottes et Latricières) et 19,39 en (Cazetiers Bas, Lavaut, Charmes-Bas, ½ Griottes, Champs Chenys hauts et Aux Echesseaux), (carte au 1/ de 26 × 278 cm : )..
vignette|Phylloxéra : le puceron tueur de vigne. Dans les décennies 1830 et 1840, la pyrale se multiplie et ses chenilles dévorent les feuilles de la vigne. Elle est suivie à partir de 1850 d'une maladie cryptogamique, l'oïdium., un champignon qui se développe sur les feuilles : les viticulteurs luttent contre lui depuis 1854 en aspergeant les vignes de soufre utilisé contre fongicide (soufrage). Le millésime 1865 a donné des vins aux teneurs naturelles en sucres très élevées et des vendanges assez précoces. Puis arrive le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui touche la Côte-d'Or à partir de 1878 (repéré à Meursault, puis la même année au jardin botanique de Dijon et à Norges-la-Ville), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle-aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer). Le mildiou provoque un désastre considérable en 1910. La cave coopérative de Gevrey-Chambertin est fondée en 1912. (regroupée avec d'autres en 1989 pour former Nuiton-Beaunois).
Création de l'appellation Les noms de chambertin et de gevrey-chambertin étant vendeurs, ils étaient revendiqués pour des vins produits avec des raisins ayant poussé ailleurs que sur le coteau de cette commune. En application de la loi du , la délimitation des aires de production est confiée à la justice, publiée au JORF du . : après la création du syndicat de défense de Gevrey-Chambertin en , le tribunal civil de Dijon fixe l'aire de l'appellation d'origine (AO) gevrey-chambertin le , comprenant situés à Brochon (plusieurs vignerons de Gevrey étant propriétaires de parcelles sur cette commune voisine) ; l'arrêt est confirmé par la Cour d'appel le ..