En juin 2002, lors de la Conférence annuelle de la Banque mondiale sur l'économie du développement à Oslo, en Norvège, d'importantes manifestations contre la mondialisation ont eu lieu. Une coalition de nombreuses organisations a organisé une conférence alternative et une manifestation qui a rassemblé plus de 10 000 participants, constituant ainsi la plus grande mobilisation de masse en Norvège ces dernières années. Avant les manifestations, on craignait beaucoup de violences et d'émeutes, mais le déroulement de la manifestation s'est avéré presque entièrement pacifique, à l'exception de quelques incidents mineurs.
La conférence Depuis 1988, la Banque mondiale organise sa Conférence annuelle sur l'économie du développement (ABCDE). La conférence qui s'est tenue du 24 au 26 juin 2002 était axée sur la pauvreté et la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre du Consensus de Monterrey de mars 2002. La conférence a eu lieu dans les collines surplombant à Oslo, dans un hôtel à Holmenkollen. Initialement prévue à Stockholm, en Suède mais elle a été déplacée à Oslo pour ne pas interférer avec les élections législatives suédoises de 2002.
Objectif et organisation des manifestations Les manifestations ont été organisées par Oslo 2002 qui est une organisation fédératrice regroupant une cinquantaine d'organisations participantes, dont des syndicats, des partis politiques, des organisations environnementales, des organisations religieuses et de ATTAC, originaires de Norvège, de Suède et du Danemark. Alors que chaque participant avait ses propres motivations, les devises du réseau Oslo 2002 étaient :
« Notre monde n'est pas à vendre – mettez fin aux politiques de marché antidémocratiques de la Banque mondiale ! » « Annulez la dette du tiers monde – relâchez l'étau ! » « Le libre-échange pollue ! » « Oui aux femmes et aux droits des femmes – non à la Banque mondiale ! » « Halte à l’attaque de la Banque mondiale contre les droits des travailleurs ! »
Ainsi, le réseau a affirmait que la Banque mondiale est une institution antidémocratique qui est utilisée par les pays riches pour contrôler les pays pauvres. Einar Braathen et Reidun Heiene, d'ATTAC Norvège et du réseau Oslo 2002, ont également critiqué la Banque mondiale pour sa trop grande confiance dans les solutions fondées sur le marché.
Prélude Dans les semaines précédant la conférence et les manifestations, il y avait une crainte de possibilité de violences. Les manifestations lors du sommet de l'UE à Göteborg en 2001 avaient été marquées par des actes de vandalisme et de violents affrontements entre la police et des manifestants masqués. En 2000, la conférence de la Banque mondiale à Barcelone avait dû être annulée et se tenir en ligne.
De nombreux manifestants provenant de d'autres pays étaient attendus, notamment de la Suède et du Danemark, qui sont des pays voisins, mais aussi de d'autres régions d'Europe. Des patrouilles frontalières supplémentaires ont été déployées entre la Suède et la Norvège alors qu'elle est habituellement une frontière non contrôlée. Ainsi, des listes d'au moins 500 personnes qui fut interdites d'entrée sur le territoire ont été établies. Un Suédois de 18 ans a été arrêté à Oslo puis expulsé vers la Suède. Neuf autres personnes ont été interpellées au poste frontière de Svinesund, avant d'être relâchées. Un bus transportant 27 citoyens danois a été intercepté et ont eu leurs passeports photocopiés par la police. Les représentants des organisateurs de la manifestation ont déclaré que la police ne devrait pas arrêter des personnes n'ayant commis aucun crime en utilisant les lois antiterroristes, car cela reviendrait à criminaliser tous les manifestants.
Certains commerçants du centre-ville d'Oslo craignaient qu'il y ait des actes de vandalisme. Durant cinq jours, aucun véhicule n'a été autorisé à s'arrêter dans le centre d'Oslo. Les bus et les trains ont été immobilisés pendant la marche et les poubelles ont été retirées des rues.
Avant la conférence de 2002, 900 policiers norvégiens ont eu un entrainement sur un terrain temporairement aménagé à l'aéroport de Fornebu, qui était alors fermé. Ainsi, vingt salles d'audience, avec des juges, ont été mobilisées pour traiter les cas d'urgences. Un centre de détention provisoire a également été construit. La police craignait surtout que les manifestations non officielles qui suivraient la grande marche ne dégénèrent en violences, notamment celles du mouvement anarchiste Blitz. Elle s'inquiétait également des provocations de la part de contre-manifestations organisées par des groupes néonazis et d'extrême droite.
Les organisateurs, Oslo 2002, ont déclaré ne pas s'attendre à des violences et d'avoir reçu l'assurance de la police qu'il n'y aurait aucune provocation. Le port du masque était interdit lors de la manifestation.
Marche de protestation vignette|Les marcheurs se sont mis en route vignette|Le défilé se déroule le long de la rue Karl Johans, avec le Palais Royal en arrière-plan. La marche de protestation du 24 juin a débuté à 18h30 à la gare centrale d'Oslo et a traversé le centre-ville. Plus de 10 000 personnes y ont participé. Les journalistes ont décrit la marche comme étant pacifique, colorée et festive. À 19h45, les premiers manifestants sont revenus à Jernbanetorget, en empruntant la rue Karl Johans. Sur la place, des discours ont été prononcés sur le thème « Vår verden er ikke til salgs - stopp Verdensbanken » (en français : Notre monde n'est pas à vendre – Halte à la Banque mondiale !).
La police a restée discrète mais attendait à proximité. Après la fin de la manifestation, au moins dix pierres ont été jetées en direction d'un restaurant McDonald's, mais aucun incident n'a eu lieu. Les lanceurs ont pourtant rapidement été arrêtés par des participants plus âgés.
Ainsi, plus tard dans la soirée, une fête informelle a eu lieu dans un parc du centre-ville. Elle s'est déroulée dans le calme, à l'exception d'une querelle entre jeunes, qui fut apparemment engendré par un conflit personnel plutôt qu'à des raisons politiques.
Conférence alternative Une conférence alternative, baptisée Åpent Forum (en français : Forum Ouvert), s'est tenue le dimanche 23 juin. Elle portait sur les effets néfastes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. La conférence a été inaugurée par Kenneth Kaunda, ancien président de la Zambie. Il a déclaré que le désengagement de la Banque mondiale des programmes d'ajustement structurel au profit de la réduction de la pauvreté n'était qu'un leurre et a appelé à « une seconde libération de l'étranglement financier mondial de l'humanité, menée par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l'Organisation mondiale du commerce ».
Le Forum Ouvert visait à partager les expériences de diverses organisations sociales, d'ONG nationales et internationales, de Jubilee South, de la Coalition norvégienne pour l'annulation de la dette (SLUG), d'ATTAC, d'organisations de défense de la paix et des droits humains, d'initiatives altermondialistes et de critiques de la Banque mondiale comme SAPRIN . Ils ont critiqué la Banque mondiale, la jugeant antidémocratique et trop puissante, au détriment des Nations Unies. Selon les organisateurs, ce développement fondamentalement antidémocratique a nui aux populations les plus pauvres du monde. Ils ont réfuté les affirmations de réforme de la Banque, affirmant qu'elle n'avait tiré aucune leçon de ses erreurs.
Attac a également organisé une soirée de débat à l'Université d'Oslo où des représentants et des critiques de la Banque mondiale se sont rencontrés et ont discuté.
Conséquences Un représentant de la police s'est félicité du calme de la manifestation, permettant à chacun de profiter de cette belle journée d'été à Oslo tout en manifestant. Gustav Fridolin, du parti vert suédois, qui participait à la manifestation, a fait remarquer que la police norvégienne avait tiré les leçons des erreurs commises par la police suédoise à Göteborg l'année précédente. Dans son discours de clôture de la conférence ABCDE, David Hulme, de l'université de Manchester, a appelé (sur un ton mi-sérieux, mi-plaisantin) à une « stratégie pour une arrogance réduite ». Plusieurs intervenants ont plaidé pour une réforme de la Banque mondiale afin que la lutte contre la pauvreté dans le monde soit prise au sérieux.
Voir aussi
Émeutes d'Oslo de 2008-2009
Références
Liens externes
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