Les Black Dragons sont une bande antiraciste fondée en 1986 à Nanterre (Île-de-France) par Yves « le Vent » en réaction aux agressions racistes des skinheads en région parisienne. Organisée en patrouilles et structurée autour d'une discipline martiale stricte, sa philosophie puise dans l'héritage des Black Panthers, la pensée de la Zulu Nation et la mythologie chinoise. Après avoir chassé les skinheads de plusieurs quartiers parisiens, la bande décline à partir des années 1990 sous l'effet de conflits avec plusieurs bandes rivales et des affaires judiciaires.
Histoire Dès le milieu des années 1970, des groupuscules skinheads sont présents en région parisienne et s'en prennent régulièrement aux immigrés africains. Leur implantation dans différents quartiers de la capitale et de sa banlieue rend certains espaces publics hostiles aux personnes qu'ils considèrent comme étrangères. Face à ces violences, plusieurs bandes de jeunes telles que les Ducky Boys, les Red Warriors, ou encore les Asnays, se constituent en « chasseurs de skins » et mettent en place des manœuvres de repérage et d'affrontement systématique avec ces groupuscules.
À la fin des années 1980, Jérémie Maradas-Nado, qui deviendra connu sous le nom de Jo Dalton, se rapproche des Asnays. Par l'intermédiaire des Asnays, il rencontre Yves « le Vent », militant d'origine haïtienne affilié aux Black Panthers de Miami, qui dirigeait déjà une organisation appelée Black Dragons aux États-Unis, créée par son beau-père et avec laquelle il luttait contre le Ku Klux Klan. Yves « le Vent » arrive en France en 1983 et exerce la profession de plombier. Ses proches le décrivent adepte de Confucius et des rites vaudou, engagé contre la délinquance. Il effectue deux séjours en prison, l'un pour avoir blessé un homme qu'il accuse d'agression, l'autre pour avoir frappé des policiers qui s'en prenaient à un ami. Il est témoin à Paris de plusieurs agressions racistes de skinheads contre des immigrés africains et crée en conséquence la section française des Black Dragons en 1986 à Nanterre. Au départ, aucun membre blanc n'y est admis, avant que le recrutement ne s'ouvre progressivement à toutes les origines. Le mouvement bénéficie du soutien de SOS Racisme. Jo Dalton en prend la tête en 1988.
À partir de 1988, l'expansion rapide du phénomène des bandes de jeunes en banlieue parisienne rend difficile le contrôle du mouvement par ses fondateurs. Des jeunes se réclament du nom des Black Dragons sans en faire officiellement partie, ce qui contribue à brouiller l'image du groupe. De plus, l'emprisonnement d'Yves « le Vent » prive le mouvement de son fondateur et les Black Dragons délaissent progressivement leur engagement initial pour se consacrer aux affrontements avec les bandes rivales.
Un conflit avec la bande des Requins juniors éclate au printemps 1989 à la suite du viol d'une membre des Black Dragons par des membres de cette bande, qui entraîne une série de règlements de compte aux couteaux et à l'arme à feu, ayant principalement lieu aux Halles. Ces règlements de compte font plusieurs blessés graves. Les rivalités entre les Black Dragons et les Requins juniors structurent l'espace des bandes parisiennes à la fin des années 1980, chaque camp fédérant autour de lui des bandes alliées. Du côté des Black Dragons se trouvent notamment les Fight Boys, les Bourreurs Boys, les Cobras et le Criminal Syndicate ; du côté des Requins juniors, les Mendy, les Black Fist et les Crime Killers Crew.
En juillet 1990, une bataille rangée oppose près de 200 jeunes — des Mendy, des Requins juniors, des Black Unis, des Black Dragons et divers autres groupes — sur l'esplanade de la Défense. Un membre des Mendy's décède des suites de ses blessures. 17 membres des Black Dragons sont interpellés par la police. Cinq ans plus tard, un membre des Black Dragons comparaît pour ce meurtre et est acquitté.
En 1996, une affaire de viol collectif implique des membres des Black Dragons Juniors, une organisation succédant aux Black Dragons. Neuf des auteurs sont jugés devant la cour d'assises des mineurs en juin 2003 et condamnés à des peines pouvant aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement. Trois autres comparaissent en octobre 2003 pour non-assistance à personne en danger et sont condamnés à six mois de prison ferme.
Les conflits entre bandes et les affaires judiciaires qui s'ensuivent conduisent au déclin puis à la dissolution des Black Dragons.
Organisation En 1990, les Black Dragons comptent, selon le journaliste Philippe Broussard une cinquantaine de membres actifs et une centaine de sympathisants. Les journalistes Patrick Louis et Laurent Prinaz estiment quant à eux leur nombre à plus de 600 membres à travers la France et jusqu'aux Antilles, dont 300 en région parisienne. Ils sont répartis en patrouilles couvrant différents secteurs de la région parisienne — les Mantes religieuses, les Kamikazes, les Lions, les Tigres. Le mouvement est alors décrit par Broussard comme la bande . Selon le chercheur Mike Gadras, ils sont le seul mouvement de ce type en Europe, uniquement présent en France.
Pour adhérer aux Black Dragons, il est requis de disposer de bonnes aptitudes physiques, d'avoir une pratique quotidienne des arts martiaux, de faire preuve d'une loyauté absolue envers les autres membres, ainsi que de s'abstenir de la consommation d'alcool et de tabac. L'intégration passe également par plusieurs rites initiatiques : la connaissance et le respect du code du groupe, le respect de l'ordre hiérarchique, ainsi que par ce que les membres désignent comme un « pacte de sang », acquis par la participation aux affrontements avec les skinheads. Selon Anne Giudicelli, ce corpus de règles apparaît cependant tardivement, en réponse à la multiplication des débordements, et plusieurs membres affirment ne l'avoir jamais vu. L'autorité du fondateur est par ailleurs décrite comme peu respectée par certains membres.
vignette|L'esplanade de la Défense
Les entraînements se tiennent au parc André-Malraux et sont encadrés par des instructeurs membres du mouvement. L'esplanade de la Défense constitue pendant de longues années leur territoire principal. Les Black Dragons occupent également d'autres points névralgiques de Paris, notamment la gare de Châtelet et la gare d'Austerlitz. Après avoir investi la Défense, les Black Dragons se replient sur Montreuil et Vitry-sur-Seine.
S'ils s'inspirent du style vestimentaire hip-hop de la Zulu Nation, les Black Dragons sont également reconnaissables à leurs bombers, leurs patches et leurs chaussures Doc Martens, une tenue qu'ils revendiquent avoir empruntée à leurs adversaires skinheads après les avoir vaincus lors d'affrontements.
Philosophie vignette|Un dragon noir chinois Dans leurs aspects les plus visibles, les Black Dragons s'inspirent d'une part des Black Panthers pour leur organisation et leurs modes d'action dans l'espace public, et d'autre part de la pensée de la Zulu Nation. Le terme « black » puise sa signification dans le contexte d'émancipation des Afro-Américains par l'émergence du hip-hop et dans l'évocation de racines africaines, à travers notamment la figure des guerriers Mandija, Bantous ou Zoulous. Jo Dalton explique à cet égard que la couleur noire dans le monde occidental ne renvoie qu'à des représentations négatives, et que les membres du mouvement avaient . Le « dragon » renvoie quant à lui à la mythologie chinoise, où le dragon noir est considéré comme un symbole prestigieux. Les Black Dragons y puisent une représentation symbolique fondée sur la maîtrise des éléments et le maintien de l'équilibre cosmique. La pratique des arts martiaux, elle, est autant une manière d'appréhender l'esprit du dragon qu'une façon de rester en lien avec autrui et le monde. Les membres pratiquent également régulièrement la méditation, cherchant à ne pas commettre d'injustice et à défendre les plus faibles.
Références
Voir aussi
Bibliographie
Vidéographie
La Vraie Histoire des Black Dragons (ou The Black Dragons Gang), Cinq sens production, 2007 Black Dragon, réalisé par Nicolas Dumond, produit par Mathias Hillion, diffusé sur BrutX, 2021
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