L’usine sidérurgique d'Homécourt est un ancien complexe sidérurgique dans la vallée de l'Orne, en Meurthe-et-Moselle. Créé vers 1885 par la société belge Vezin-Aulnoye, contrôlée par la famille Sépulchre, il est racheté dès 1903 par la Compagnie des forges et aciéries de la Marine et d'Homécourt. Celle-ci achève l'ambitieux plan d'investissement initial. En 1914, le complexe sidérurgique est l'un des ensembles industriels les plus modernes et puissants de France.
Détruite par les Allemands pendant la Première Guerre mondiale, l'usine est reconstruite à l'identique. Jusqu'en 1965, l'usine se modernise au gré des innovations technologiques. Mais, cantonnée aux demi-produits et aux produits longs, elle est condamnée lorsque les investissements massifs deviennent incontournables. À partir de 1971, elle ferme progressivement, ses activités étant transférées à l'usine sidérurgique de Gandrange-Rombas.
La dernière unité ferme en 1983. Le démantèlement, qui a déjà commencé, fait disparaitre l'usine en 1990. Après cette date, seuls quelques bâtiments subsistent.
Fondation (1885 - 1914) Vezin-Aulnoye
L'usine d'Homécourt nait, comme beaucoup d'usines sidérurgiques de Meurthe-et-Moselle de la conjonction de deux événements : l'invention en 1877 du procédé Thomas qui permet l'exploitation de la minette lorraine, et de la découverte du gisement de Briey, laissé à la France en 1870 par le traité de Francfort.
En 1881 et 1882, quelques sondages effectués à l'emplacement actuel de l'usine, ainsi que dans la vallée du Fond de la Noue, montrent l'intérêt et l'importance du gisement de minerai de fer. Le , la société belge Vezin-Aulnoye, contrôlée par la famille Sépulchre, présente une demande de concession sous les communes d'Homécourt, Briey et Moutiers. Elle lui est accordée le . En 1885, le fonçage du puits 1 du Fond de la Noue commence. Il est rapidement interrompu à cause d'importantes venues d'eau.
+ Population de la commune d'Homécourt18552901879285188550519011912192119751990
En 1894, les travaux commencés en 1883 sont repris avec des moyens de pompage plus puissants. Fin 1895, la couche brune () est atteinte et l’exploitation de la mine commence. Avec un diamètre utile de et une profondeur de , il couvre largement les besoins en minerai de l'usine (de avec les deux hauts fourneaux de 1903), et dégageant un excédent , vendu à l'extérieur. Cette mine est connectée par un chemin de fer aux trémies à minerai des hauts fourneaux.
Le montage des hauts fourneaux commence en 1895, sur un terrain de . Mais l'activité économique avait frémi avant le chantier : le village d'Homécourt, qui ne comptait que à la fin du , a presque doublé en 1885. Au moment du démarrage de l'usine, l'agglomération compte plus de .
L'usine est déjà en construction lorsque sont foncés à l'intérieur même de l'usine les puits n°2 et 3 du Haut-des-Tappes: leur fonçage commence en 1897 et s'achève en 1901. Au vu de l'efficacité du puit du Fond de la Noue, ces deux puits ne sont pas mis en exploitation, bien qu'un chevalement est achevé.
L'usine construite est un ensemble intégré et homogène, mais de dimension assez modeste. Elle est construite selon le principe de l'usine « à étages », où le minerai arrive par le haut et les demi-produits sortent par le bas, les différents ateliers se succédant à une altitude de plus en plus basse. En 1903, elle consiste en : deux hauts fourneaux de mis à feu en 1901 et deux gros cubilots ; quatre soufflantes à vapeur de , et ; deux mélangeurs de et trois convertisseurs Thomas (un 4 étant en construction) de ; un train blooming Delattre et à vapeur de , un train duo réversible à vapeur () de à 3 cages pour le laminage des poutrelles de 150 à 508, rails, traverses de chemins de fer, gros ronds, complété d’une cage pour le laminage des billettes.
Cette usine tire son minerai de la concession d'Homécourt, de . En 1899, l'entreprise la complète avec la concession d'Anderny, de .
centre|upright=2|vignette|Vue en coupe de l'usine, illustrant le principe d'une disposition « à étages ».|alt=Ccoupe schématique de principe
Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et d'Homécourt
+ Productions annuelles Fonte Acier Thomas Employés18995001901191219131914
Mais en 1901, Vezin-Aulnoye est financièrement exsangue. Cette société familiale ne peut pas suivre le rythme des investissements. L'usine projetée, conçue pour six hauts fourneaux, est trop ambitieuse. Il a aussi fallu attendre 1894 pour que brevet du procédé Thomas, acheté par les de Wendel, arrive dans le domaine public et que les essais commencent. Pour survivre, il faut s'associer.
En 1903, la famille Sépulchre négocie le rachat de Vezin-Aulnoye par la Compagnie des hauts-fourneaux, forges et aciéries de la Marine et des Chemins de fer, originaire de la Loire et qui cherchait un accès au gisement lorrain. La raison sociale de l'ensemble est changée en Compagnie des forges et aciéries de la Marine et d'Homécourt. Félix Sépulchre reste aux commandes, cohabitant intelligemment avec les nouveaux actionnaires, dont leur représentant est Théodore Laurent, qui va avoir un rôle significatif dans l'usine et l'entreprise dans les décennies suivantes.
L'expansion reprend : dans les années qui suivent, un deuxième puit, le n°4, est foncé au Fond de la Noue, le nombre de hauts fourneaux passe de 2 à 7, alimentés par 5 soufflantes supplémentaires de . Les laminoirs, encore dépourvus de un train finisseur, sont immédiatement complétés par un trio de . En 1908, on ajoute un blooming de , un train à tôles (comportant une cage trio ) et un train universel pour le laminage de larges-plats de 160 à 800. La compagnie apporte aussi de nouveaux débouchés : l’usine Saint-Marcel, à Hautmont, dotée de 3 trains de laminoirs, s'organise afin de transformer en aciers marchands et profilés plus de demi-produits qu’elle reçoit d’Homécourt.
centre|upright=2|vignette|Plan de l'usine d'Homécourt vers 1910.Le HF7 et l'aciérie Martin n'ont pas encore été construits.|alt=carte
En dépit des succès extraordinaires enregistrés par l'acier Thomas, le nouveau propriétaire est conscient que certaines qualités restent réservées au procédé Martin-Siemens. Ainsi, entre 1910 et 1912, une aciérie Martin moderne est ajoutée à l'usine, avec deux fours de .
vignette|upright=1.2|Vue en coupe d'un haut fourneau.|alt=dessin technique
À la veille de la première Guerre mondiale, l'usine est un ensemble de premier plan : 7 hauts fourneaux alimentés par skips. Au-delà de ça, l'impressionnant alignement de 29 Cowpers est une caractéristique unique. L'ensemble est alimenté par 7 soufflantes ( à vapeur et à gaz) ; 2 aciéries Thomas (convertisseurs et cubilots aux tuyères) et Martin (convertisseurs ), alimentées par 2 mélangeurs de et alimentant 5 gros trains de laminoirs dont 3 sont à motorisation électrique. Des centrales à vapeur, à gaz et électriques complètent l'installation ; la centrale énergie avec 2 turboalternateurs à vapeur de et 10 moteurs à gaz de , et ; 3 trains réversibles : 2 bloomings à vapeur ( chacun) de de ; 1 duo de 850 à vapeur (2 machines de ) à 4 cages (3 pour gros profilés et rails et une pour les billettes) ; 3 trains finisseurs : 1 trio électrique de 635 à 3 cages pour profilés moyens ; 1 trio électrique universel de 800 pour larges plats ; 1 trio Lauth électrique pour tôles lisses avec un duo pour les tôles striées.
Elle est alimentée directement par 4 puits de mine : deux puits du Fond de la Noue qui produisent en 1913, et deux puits du Haut-des-Tappes ( extraits en 1913). Elle est aussi alimentée par les 2 puits de la concession d'Anderny-Chevillon ( en 1913), créée par la fusion, en 1907, des concessions d'Anderny (), de Chevillon () et de Trieux (), et exploitée en amodiation.
Durée de vie des d'Homécourt.Seuls les arrêts identifiés et de plus de 1 an ont été représentés.
L'usine anéantie par la Grande Guerre (1914-1923) Destruction
L'administration allemande suit immédiatement les troupes d'invasion. La a deux subdivisions : une à Hayange pour la Moselle (sa germanité ne convainquant personne… ce qui se vérifiera en 1918) et l'autre à Homécourt pour la Meurthe-et-Moselle. D'emblée, l'occupant renonce à exploiter l'usine, trop proche du front et exposée sur son plateau. Après avoir méticuleusement vidé tous les stocks, il commence les démontages. En 1917, la est remplacée par la qui exploite les mines françaises, et la qui coordonne la démolition méthodique des usines. À Homécourt, l'aciérie Martin est entièrement rasée, l'aciérie Thomas démontée et transportée en Allemagne, ainsi que les laminoirs nouvellement installés. En 1918, il ne reste guère que la superstructure des hauts fourneaux, la valeur des ferrailles récupérables ne payant pas leur démolition.
Par contre, les mines restent exploitées : la mine du Haut-des-Tappes est réactivée le , celle du Fond de la Noue le . La population qui reste à Homécourt est contrainte travailler dans les mines et subit les difficiles conditions matérielles du moment. Des prisonniers russes sont amenés en renfort : en 1917, près de 800 d'entre eux sont employés dans des conditions misérables aux mines et dans l'usine. Sur toute la durée de la guerre, l'occupant extrait environ 3,1 millions de tonnes de minerai à Homécourt alors qu'avant guerre, ces mines produisaient 2 millions de tonnes par an. À cause des méthodes anarchiques d'extraction, l'occupant gâche autant de tonnes du gisement qu'il en extrait.
Le complexe sidérurgique est dévasté. Homécourt est l'une des usines les plus touchées par la guerre. Il n'y a guère que le raccordement ferroviaire à travers l'ancienne frontière, pour l'expédition du minerai vers Allemagne, à être une évolution utile. De fait, la destruction de l’usine s'incrit dans une réflexion annexionniste : une fois la paix revenue, celle-ci aurait concurrencé les usines allemandes tandis que la mine les aurait aidées à compenser le manque chronique de minerai. En effet, l'Allemagne ne produit que de minerai en temps de paix alors que les besoins de son industrie s'élèvent à .
Reconstruction
À l'Armistice, l'enthousiasme pousse les ouvriers à commencer les réparations, avant même de se soucier de leur salaire. Le , le premier fourneau redémarre sur une production de fonte de moulage. Mais les destructions sont considérables : il faudra huit années pour rendre à Homécourt sa pleine capacité de production. Cette reconstruction sera toutefois une opportunité pour corriger et rationaliser l'ensemble. Quant aux mines, elles redémarrent immédiatement mais, très dégradées, elles ne livrent que en 1920, un apport appréciable mais loin de leurs capacités réelles.
Pour la reconstruction, la direction de l'usine comprend la nécessité de ne pas se disperser. En 1919, Homécourt s'associe avec les usines de Micheville et de Pont-à-Mousson. L'ensemble, baptisé la « Marmiche » ou « Marmchipont », centralise les commandes et les répartis entre les deux usines : Micheville se spécialise dans les fabrications de profilés (poutrelles, rails, traverses de chemins de fer, etc.) tandis que l'usine d'Homécourt s'oriente vers des demi-produits et des produits plats (tôles et larges-plats).
La reconstruction aspire toutefois des moyens qui auraient pu être employés à la modernisation. Si les volumes et la qualités sont très satisfaisants, le bilan combustible de l'usine est médiocre : les cowpers s'abiment continuellement à cause de l'épuration insuffisante du gaz de haut fourneau et la consommation de charbon est supérieure aux standards du métier.
La routine, avec ses hauts et ses bas (1923 - 1953)
+ Productions annuelles Fonte Acier Thomas Employés1929 1932 1933 1934 1935 1936 193819411949 19521955195619631966 1970
Investissements pour parfaire l'usine vignette|gauche|upright=1.2|Extinction à sec du coke à la cokerie d'Homécourt par le procédé Sulzer.|alt=photo d'une installation industrielle