La céramique perse et la céramique persane désignent la céramique réalisée par les artisans de la Perse ancienne et médiévale. Leur histoire remonte aux débuts du néolithique ( millénaire avant J. C.). L'agriculture a donné naissance à la cuisson de l'argile et à la fabrication d'ustensiles par les peuples perses. À travers les âges, les potiers perses ont répondu à la demande et aux évolutions suscitées par les troubles politiques en adoptant et en perfectionnant des formes nouvellement introduites et en les mêlant à leur propre culture. Cette démarche d'innovation a perduré à travers le temps et influencé de nombreuses autres cultures à travers le monde. alt=Vase en céramique, IVe millénaire av. J.-C. Musée national d'Iran à Téhéran|vignette|Vase en céramique, IVe millénaire av. J.-C. Musée national d'Iran à Téhéran Deux types de poteries dominent en Perse autour de 4 000 avant J.C. : la terre cuite rouge ou noire, dont la décoration était rudimentaire. À mesure que la technique s'est développée, la poterie a intégré des décors géométriques qui ont façonné un style décoratif plus élaboré. Cette complexité croissante du style s'est accompagnée de la création d'une gamme plus large de types de poteries.
Pendant la période préhistorique, la production d'ustensiles impliquait le mélange de l'argile avec de petits morceaux de plantes et de l'eau. Une fois mélangés, ces ingrédients formaient une pâte dure qui constituait la base pour la création des poteries. Celles-ci étaient diverses dans leur forme parce qu'elles étaient faites à la main. Autour du millénaire avant J.C., la qualité des objets produits s'est accrue parce que le tour a fait son apparition. Cet outil a permis de façonner des récipients de forme symétrique et de meilleure qualité.
L'interdiction islamique d'utiliser de la vaisselle faite de métaux précieux à table a impliqué l'ouverture d'un nouveau marché pour la céramique du luxe. Cela a permis à l'élite pré-islamique des premiers empires perses de produire des céramiques raffinées comme la céramique lustrée et des décors peints de grande qualité. De manière générale, la céramique persane s'est développée, aussi bien du point de vue des outils que des styles, pour contribuer à faire progresser la production artistique.
Céramiques anciennes de Suse
Suse était intégrée à la sphère culturelle sumérienne pendant la période d'Uruk. Une copie complète de l'appareil d'État d'Uruk, sa proto-écriture, des sceaux cylindriques avec des motifs sumériens, et son architecture monumentale, sont découverts à Suse, qui pourrait avoir été une colonie d'Uruk. De ce fait, la périodisation de Suse correspond à celle d'Uruk : les périodes de Suse II (ancienne, moyenne et tardive), de 3 800 à 3 100 avant J. C., correspondent aux phases ancienne, moyenne et tardive de la période d'Uruk.
Peu après que Suse fut fondée il y a 6 000 ans, ses habitants ont édifié un temple sur une plate-forme monumentale qui domine le paysage plat environnant. La nature exceptionnelle du site est toujours reconnaissable aujourd'hui dans le savoir-faire qui caractérise les céramiques placées comme offrandes dans plus d'un millier de tombes près de la base du temple. Près de deux mille poteries ont été découvertes dans le cimetière, dont la plupart se trouvent aujourd'hui au musée du Louvre. L'une d'entre elles est le boisseau aux motifs de bouquetins. Les céramiques mises au jour sont un témoignage éloquent de la maîtrise artistique et technique de leurs auteurs, et elles nous renseignent sur l'organisation de la société qui les a commandéesAruz, Joan (1992). The Royal City of Susa: Ancient Near Eastern Treasures in the Louvre. New York: Abrams. p. 26. . Les céramiques peintes de Suse dans le style le plus ancien sont une version tardive de la tradition mésopotamienne d'Obeïd qui s'est diffusée à travers le Proche-Orient au cours du millénaire avant J. C..
Le style de Suse I était davantage un produit du passé et des influences d'industries céramiques contemporaines dans les montagnes de la Perse occidentale. La récurrence, en association étroite, de récipients de trois types - un gobelet à boire ou une coupe, un plat de service et une petite jarre - implique la consommation de trois types d'aliments, supposés apparemment aussi indispensables dans l'au-delà que dans cette vie. Les céramiques de ces formes, qui sont peintes, constituent une part importante des récipients trouvés dans le cimetière. Les autres sont des récipients à cuisson et des bols plus grossiers, décorés de simples bandes, qui constituaient probablement les offrandes des tombes de citoyens plus modestes et d'adolescents ou, peut-être, d'enfantsAruz, Joan (1992). The Royal City of Susa: Ancient Near Eastern Treasures in the Louvre. New York: Abrams. p. 29. . La poterie est soigneusement réalisée à la main. Bien qu'un tour lent ait pu être utilisé, l'asymétrie des ustensiles et l'irrégularité des lignes et bandes qui les entourent indiquent que la majeure partie du travail a été fait à la main.
Début de la période islamique alt=Bol dans le style buff ware, Nishapur, Xe siècle|vignette|Bol dans le style buff ware, Nishapur, Xe siècle La période samanide a vu la création de la poterie à décor épigraphique. Ces pièces étaient typiquement de la vaisselle de faïence décorée de lettres noires en écriture koufique sur un fond d'engobe blanc. Ces inscriptions étaient en général des bénédictions ou des adages. Samarcande et Nishapur étaient deux centres de production de ce type de céramiquesVolov, Lis (1966). "Plaited Kufic on Samanid Epigraphic Pottery". Ars Orientalis. 6 (1966): 107–33. . alt=Céramique lustrée, Suse, IXe siècle. Musée du Louvre|vignette|Céramique lustrée, Suse, IXe siècle. Musée du Louvre alt=Bol orné d'inscriptions en calligraphie koufique, Xe siècle. Musée de Brooklyn|vignette|Bol orné d'inscriptions en calligraphie koufique, Xe siècle. Musée de Brooklyn Nishapur est une ville située dans le nord-est de l'Iran, qui a été fondée par le souverain sassanide Shapur autour de 241-272 après J.C.. Elle a été conquise par les musulmans vers 651 et est devenue un centre florissant des arts et des techniques. Quelques-uns des objets produits étaient de la faïence, du verre, du métal, de la monnaie, des murs décoratifs, et du stuc sculpté et peint. La production de poterie, de faïence et d'autres formes de céramique était exportée vers les villages voisins. Cela garantissait à Nichapur un pouvoir politique parce qu'ils étaient en mesure de décider des lieux où leur art pouvait être importé. La céramique était l'un des produits importés exclusivement de Nishapur dans les villes voisines. L'un des groupes les plus communs de céramique était appelé buff ware (« polychrome » ou « kaléïdoscopique »). Ce style se caractérise par des images aux contours peints en noir et pourpre. Le style buff ware a aussi intégré le mélange de vernis jaunes et verts.
Période seljouqide
La céramique seljouqide, produite quand la Perse a été conquise par les Seljouqides, est souvent considérée comme l'apogée de la céramique persane, et était sans doute la plus innovante. Kashan était le principal, et peut-être unique, centre de production des trois principaux types de faïence fine : la céramique lustrée, la céramique peinte sous glaçure et la céramique mina'i polychrome peinte sur glaçure. Elles reposent toutes sur l'usage d'une céramique vitrifiée à base d'argile siliceuse (ou fritte) développée en Perse sous les Seljouqides. Elle absorbait très bien une nouvelle glaçure blanche, et permettait des parois plus fines, avec la translucidité des porcelaines chinoises. Celles-ci étaient déjà importées en Perse et représentaient le concurrent principal des faïences d'art locales. Cette glaçure blanche était utilisée pour divers styles de décors, tous faisant preuve d'une grande sophistication.
Cet âge d'or a trouvé un terme avec l'invasion mongole de la Perse, qui commence en 1219. Kashan elle-même ne fut ni détruite ni pillée, mais l'élite seljouqide, qui était la cliente de ces artistes, fut presque entièrement anéantie. Il fallut plusieurs décennies pour que les nouveaux maîtres mongols développent un goût pour la céramique d'art.
Céramique de type Mina’i
Les innovations dans la céramique seljouqide comportent la production de céramique de type mina'i (qui signifie « émaillée »), développée à Kashan dans les décennies qui précèdent l'invasion mongole de la Perse (1219), après quoi la production a cesséGrube cite un bol daté de 1242 au Museum Victoria et Albert, mais il n'est pas mentionné par les auteurs ultérieurs.. Elle a été décrite comme « probablement le plus luxueux de tous les types de céramique produits dans l'Orient islamique pendant la période médiévale ». La pâte de fritte blanchâtre ou pâte de pierre est entièrement décorée de peintures polychromes détaillées, qui comportent en général des personnages. alt=Bol de style mina'i représentant un couple dans un jardin, autour de 1200. Metropolitan art museum|vignette|Bol de style mina'i représentant un couple dans un jardin, autour de 1200. Metropolitan art museum Elle est significative, étant la première céramique à utiliser des émaux sur glaçure, peints sur l'émail céramique fixé par une première cuisson. Une fois peint, l'émail subissait une seconde cuisson à température plus basse. « Mina'i », un terme utilisé pour désigner ces émaux bien plus tard, signifie « émaillé » en persan. Cette technique est devenue beaucoup plus tard la méthode standard pour la décoration des porcelaines européennes et chinoises, bien que la relation entre celle-ci et l'usage persan ancien de cette technique ne soit pas clair. Comme dans d'autres régions et à d'autres périodes où les émaux sur glaçure ont été utilisés, le but de cette technique était d'étendre la palette de couleurs disponibles au-delà du groupe très limité qui pouvait supporter les températures requises pour la cuisson principale de la pâte et du vernis"Yale": Richard Ettinghausen, Oleg Grabar and Marilyn Jenkins-Madina, 2001, Islamic Art and Architecture: 650–1250, Yale University Press, p. 175 , qui dans ce cas précis avoisinait les 950 °CCaiger-Smith, Alan, Lustre Pottery: Technique, Tradition and Innovation in Islam and the Western World (Faber and Faber, 1985) p. 57 . La période a vu aussi l'apparition de décors sous glaçure dans la céramique persane, autour de 1200, et les pièces mina'i les plus récentes combinent souvent le décor sous et sur glaçure ; le premier peut être appelé décor sous couverte.
La plupart des objets sont datés sans précision, par exemple « fin du ou début du siècle », mais les quelques dates inscrites commencent dans les années 1170 et finissent en 1219. Les pièces dorées sont souvent datées d'environ 1 200 ou plus. On suppose que le style et les sujets de la peinture des émaux mina'i étaient tirés des manuscrits persans de l'époque et de fresques. On sait qu'il ont existé, mais les manuscrits enluminés et décors muraux antérieurs à l'invasion mongole n'ont pas survécu, laissant les décors sur céramique seuls témoins de ce style.