Jeunes Dentellières de Beuzec-Conq, également connue sous le nom de La Petite Guittie ; souvenir de Concarneau, est une peinture à l'huile sur toile de François-Alfred Delobbe présentée au Salon de 1905, au palais des Champs-Élysées puis à la Exposition d'Art Moderne à la Walker Art Gallery de Liverpool la même année. On en connait deux versions différentes, qui présentent des variations dans le décors et les costumes des deux jeunes dentellières. Une troisième toile, La Petite Guittie, se concentre sur le portrait de la jeune bretonne. La version la plus connue du tableau est conservée au Musée départemental breton de Quimper.

Le tableau du Salon de 1905 : La petite Guittie ; souvenir de Concarneau Présenté au Salon de 1905, le tableau montre deux jeunes dentellières bretonnes, assises dans un sous‑bois, l’une travaillant à la dentelle, l’autre observant, plus détendue, costumes noirs et blancs typiques de Beuzec‑Con, lumière douce, atmosphère silencieuse. C’est l’un des derniers grands tableaux bretons de Delobbe. C'est la version la plus connue du tableau, conservée au Musée départemental breton de Quimper..

Cette version est la plus sombre dans la gamme des verts et des bruns, la seule où les deux costumes sont intégralement noirs, celle où le fond boisé est presque opaque, celle où la lumière est la plus resserrée, concentrée sur les visages et les mains. Cette densité chromatique est typique des œuvres que Delobbe destine au Salon : il privilégie une gravité visuelle, une lisibilité forte, un contraste dramatique.

Dans la version de Quimper, un jeune arbre se dresse derrière les dentellières, légèrement décentré, et perturbe la composition. Ce n’est pas une maladresse. C’est un choix de mise en scène : il crée une verticale qui contrebalance la diagonale des deux figures, il ferme la profondeur, rendant la scène plus intime, il introduit une tension visuelle dans une scène autrement très calme, il rappelle les sous‑bois de Beuzec‑Conq, où les jeunes filles travaillaient souvent à l’ombre.

Une pratique attestée : Delobbe réalise des “versions d’exportation” vignette|Variante du tableau réapparue aux États-Unis. Il existe deux versions du tableau à deux figures. Elles diffèrent par la position des dentellières, la densité du feuillage, la couleur des coiffes, certains détails du costume noir, la posture de la seconde jeune fille. Ces variations indiquent une révision post‑Salon.

C'est une pratique courante chez Delobbe de réaliser plusieurs versions d'une même toile. On connaît plusieurs cas parfaitement documentés : La Grande Sœur.: version Salon + version pour l’étranger. Le Retour des champs, à Saint-Briac (Ille-et-Vilaine) : version Salon + version d’atelier envoyée en province puis à l’étranger.. Le Goûter après le bain : version Salon + version réduite + version export (Chicago 1893, Anvers 1894). Dans tous ces cas, la logique est la même : la version Salon est plus sombre, plus dense, plus construite, la version internationale est plus claire, plus aimable, plus décorative. Delobbe adapte l’œuvre au goût du public étranger, souvent plus sensible à la lisibilité et à la couleur. C’est exactement ce qu'on observe pour La Petite Guittie.

Historique La toile est présentée au Salon de 1905., au palais des Champs-Élysées. puis à la Exposition d'Art Moderne à la Walker Art Gallery de Liverpool la même année..

Exposition à Liverpool en 1905 vignette|La Petite Guittie, peinture réapparue à Rio de Janeiro en 2021. Le tableau est sélectionné pour la exposition d’art moderne de la Walker Art Gallery de Liverpool. Ce choix n’est pas anodin : Liverpool est alors l’un des plus grands musées britanniques, très friand de peinture française naturaliste, déjà collectionneur de Delobbe (Le Repos des faneuses, 1901.). La présence de La Petite Guittie à Liverpool confirme son statut d’œuvre majeure. Les expositions britanniques préfèrent les couleurs plus claires, les compositions plus ouvertes, les scènes plus lisibles. La version Quimper, très sombre, avec son jeune arbre vertical, est typiquement « Salon français ». La seconde version est plus claire, plus ouverte. Elle correspond mieux au goût anglais de 1905. Elle réapparaît lors d'une vente aux enchères aux États‑Unis..

La photoglyptie Braun, Clément & Cie (1905) Braun & Cie publie une photoglyptie du tableau dès 1905.. La photoglyptie fixe la version Salon, ce qui permet aujourd’hui de distinguer les variantes..

Une troisième toile : le portrait isolé de La Petite Guittie Il existe une troisième œuvre, centrée uniquement sur la jeune dentellière au premier plan. Cette version est un portrait autonome, reprend le même modèle, mais supprime la seconde figure, accentuant la dimension intime et psychologique. Elle montre que Delobbe travaillait parfois par extraction : il isolait un motif fort pour en faire une œuvre indépendante. Le fait que La Petite Guittie réapparaisse en Amérique du Sud, dans une collection privée de Rio, en 2021, avec un format , est typique des œuvres françaises envoyées dans les circuits internationaux du début du ..

L’achat par le Musée breton en 1995 vignette|Affiche de l'exposition Costumes traditionnels du Finistère 1996. Le fait que le musée départemental breton de Quimper ait acquis la version sombre auprès de la Galerie Gloux (Concarneau) en 1995. indique que le tableau circulait localement, dans le réseau concarnois. La Galerie Gloux est l’une des rares galeries bretonnes à conserver des œuvres de l’École de Concarneau, à racheter des tableaux restés dans les familles locales., à remettre sur le marché des œuvres de Delobbe, Guillou, Deyrolle, Legout‑Gérard. Le fait que la version Salon soit passée par Gloux signifie qu’elle est restée dans la région, probablement dans une famille concarnoise, sans jamais entrer dans les circuits internationaux.

Dès son entrée dans les collections publiques, le tableau devient un ambassadeur visuel de la Bretagne : expositions sur les costumes traditionnels, expositions sur la dentelle, expositions sur la Bretagne rurale, expositions sur Concarneau et son école de peinture. Il apparaît régulièrement dans les salles du musée, mais aussi dans les expositions itinérantes. Le prêt à Varsovie en 2005 est un signe fort : le tableau entre dans le circuit des expositions internationales.

Le tableau est devenu un favori du public breton, et cela se voit très clairement : groupes Facebook sur la Bretagne, pages dédiées aux costumes traditionnels, comptes Instagram sur la culture bretonne, forums d’histoire locale. Les partages sont nombreux, enthousiastes, souvent accompagnés de commentaires affectifs : « On dirait ma grand‑mère » « Toute mon enfance en une image » « La Bretagne comme je l’aime ».

Références

Voir aussi

Catégorie:Tableau de François-Alfred Delobbe Catégorie:Tableau réalisé en 1905 Catégorie:Femme dans la peinture Catégorie:Tissage dans la peinture Catégorie:Finistère dans la peinture Catégorie:Culture à Concarneau Catégorie:Œuvre exposée au Salon de 1905 Catégorie:Œuvre de François-Alfred Delobbe en France Catégorie:Œuvre conservée au musée des Beaux-Arts de Quimper