L’Ours brun de Sitka (Ursus arctos sitkensis), également connu sous le nom d’Ours brun des îles ABC, est une sous-espèce de l’Ours brun, un mammifère carnivore de la famille des Ursidés. Endémique du Sud-Est de l'Alaska, il peuple principalement les îles de l'Amirauté, de Baranof et de Chichagof (formant les îles ABC) au sein de la forêt nationale de Tongass.

Décrit par le zoologiste américain Clinton Hart Merriam en 1896, ce grand ours côtier se distingue morphologiquement de ses congénères voisins, tels que l'Ours kodiak et l'Ours de Dall, par une corpulence plus modeste, des griffes particulièrement développées et des particularités crâniennes et dentaires uniques, notamment au niveau de la première molaire inférieure. Solitaire et opportuniste, il évolue au cœur des forêts pluviales tempérées dominées par l'épinette de Sitka et la pruche de l'Ouest.

Cette population insulaire est mondialement reconnue pour son histoire évolutive et génomique singulière. Bien qu'elle arbore l'ensemble des traits physiques et comportementaux de l'ours brun, son ADN mitochondrial est de type ours polaire. Les analyses génomiques modernes ont démontré que les ours des îles ABC descendent d'une population résiduelle d'ours polaires piégée lors du retrait glaciaire à la fin du Pléistocène, laquelle a été progressivement assimilée par des flux continus d'ours bruns mâles venus du continent à la nage. Ce phénomène de « conversion de population insulaire » a dilué l'ADN nucléaire polaire (conservé à seulement 6,5 % sur le chromosome X et moins de 1 % sur les autosomes) tout en maintenant intacte la lignée matrilinéaire d'origine.

Aujourd'hui, l'Ours brun de Sitka fait face à diverses menaces anthropiques liées à la gestion des habitats insulaires, aux conflits de cohabitation en milieu périurbain ainsi qu'aux impacts à long terme du changement climatique sur les écosystèmes côtiers. Dénominations Nom scientifique valide : Ursus arctos sitkensis (Merriam, 1896) selon ; Synonymes :

Nom normalisé anglais : ABC Islands bear ; Nom vulgaire recommandé en français : Ours brun de Sitka ; Autres noms vulgaires : Ours brun des îles ABC, Ours des îles ABC ; Noms vernaculaires : Grizzly (ou Grizzli), Ours brun, Ours.

Taxonomie Première description L'Ours brun de Sitka a été décrit scientifiquement pour la première fois en 1896 par le zoologiste américain Clinton Hart Merriam sous le nom binominal d'. La localité type est la côte aux environs de Sitka en Alaska, d'où provient le spécimen type (no 6543, collection Merriam), collecté par un chasseur autochtone et offert à Merriam par J. Stanley-Brown.

L'épithète spécifique fait référence à la ville et région de Sitka où l'animal a été découvert.

Dans sa diagnose, Merriam rapproche ce taxon de l'Ours brun de l’île Dall (Ursus dalli), dont il partage le profil frontal aplati, tout en le distinguant par une stature plus modeste, un crâne moins massif et des particularités dentaires notables au niveau des molaires et prémolaires.

Hybridation avec l'Ours polaire Cet ours possède tous les attributs morphologiques et comportementaux de l'ours brun ; cependant, son ADN mitochondrial présente une proximité étroite avec celui de l'ours blanc, plus encore qu'avec les autres populations d'ours bruns.

Études réalisées Une étude phylogéographique menée par Sandra Talbot et Gerald Shields en 1996 s'intéresse à la différenciation génétique des ours bruns d'Alaska et de l'archipel Alexandre. Le suivi télémétrique par colliers émetteurs montre que les ours marqués ne quittent pas l'île de l'Amirauté, suggérant que les forts courants marins empêchent les échanges récents avec le continent. L'analyse de l'ADN mitochondrial révèle que la lignée maternelle des ours des îles ABC (désignée sous le nom de clade 2a) a divergé des autres lignées d'ours bruns il y a environ 550 000 à 700 000 ans, tout en étant paraphylétique et très proche de celle de l'ours polaire (divergence estimée à 200 000-250 000 ans). Les auteurs formulent ainsi l'hypothèse de la persistance d'un refuge glaciaire côtier durant le dernier maximum glaciaire, alors que l'inlandsis de la Cordillère recouvrait la région côtière.

En 2011, une étude sur les origines matrilinéaires des ours blancs propose que l'ADN mitochondrial des ours polaires actuels proviendrait d'une hybridation passée avec des ours bruns d'Irlande du Pléistocène tardif, suggérant un ancêtre mitochondrial commun entre ours irlandais, ours polaires et ours des îles ABC. Les analyses isotopiques osseuses indiquent toutefois que ces ours irlandais avaient un régime terrestre, comparable à celui des ours bruns d'Alaska de l'époque, et non marin.

En 2012, le séquençage génomique complet mené par des chercheurs des universités d'État de Pennsylvanie et de Buffalo recule l'âge de divergence nucléaire entre l'ours brun et l'ours polaire à environ 4 à 5 millions d'années, tout en constatant des hybridations épisodiques secondaires favorisées par les cycles climatiques glaciaires et interglaciaires.

En 2013, les travaux dirigés par Beth Shapiro (Université de Californie à Santa Cruz) apportent l'explication du phénomène grâce à l'analyse génomique globale. Le génome des ours des îles ABC conserve environ 6,5 % d'allèles d'ours polaire sur le chromosome X, mais moins de 1 % sur l'ensemble de leurs chromosomes autosomes, tandis que leur ADN mitochondrial reste entièrement de type polaire. Ce fort biais sexuel s'explique par un modèle de « conversion de population insulaire » : lors du recul des glaces à la fin de la dernière glaciation, une population résiduelle de femelles ours polaires s'est retrouvée isolée sur les îles ABC. Des ours bruns mâles venus du continent à la nage s'y sont reproduits de manière répétée au fil des générations, diluant progressivement l'ADN nucléaire polaire au profit de l'ours brun, tout en conservant la signature mitochondriale maternelle polaire d'origine. Les données paléontologiques locales confirment qu'au pic glaciaire, l'archipel était dépourvu d'habitats favorables aux ours bruns, mais riche en fossiles marins (notamment de phoques annelés), milieu propice aux ours polaires.

Phylogénie Phylogénie des clades mitochondriaux et des sous-espèces d'Ours brun (Ursus arctos) basée sur les études phylogéographiques et mitogénomiques mondiales (notamment Matsuhashi et al., 2001, Calvignac et al., 2008, Hirata et al., 2013 et Lan et al., 2017) :

Description Morphologie générale et dimensions L'ours brun des îles ABC a une apparence semblable à l'ours brun d'Alaska : pelage brun clair, bosse entre les épaules et grande taille.

Bien qu'il appartienne au groupe des grands ours côtiers nord-américains, il présente une stature globale plus faible que l'Ours brun de Dall (Ursus arctos dalli) et l'Ours kodiak (Ursus arctos middendorffi). Ses griffes sont particulièrement longues.

Caractéristiques crâniennes et dentaires Sur le plan ostéologique, le crâne du spécimen type mâle présente une longueur maximale de du prémaxillaire à la crête occipitale, une largeur zygomatique de et une longueur occipito-nasale de . Le crâne est long, lourd et moins massif que celui de l’île Dall, tout en partageant avec ce dernier une région frontale sensiblement aplatie au-dessus des orbites. Les processus postorbitaires sont bien développés mais plus courts et moins recourbés vers le bas que chez la forme de Yakutat, tandis que les processus paroccipitaux sont plus allongés et effilés.

La denture présente plusieurs particularités diagnostiques notables. Les incisives, les canines et les dernières prémolaires sont volumineuses, alors que les molaires sont proportionnellement petites. La quatrième prémolaire supérieure (pm4) présente des proportions habituelles chez les ursidés : elle est trituberculée et nettement plus longue que large, sans le développement excessif caractéristique d'. En outre, la quatrième prémolaire inférieure (pm4) porte de manière constante une cuspide distincte et assez développée sur le cingulum, située à l'avant et légèrement sur le côté interne de la cuspide principale.

La première molaire inférieure (m1) se distingue nettement de celle de tous les autres grands ours d'Amérique : elle est dépourvue des tubercules ou cuspidules intermédiaires situés habituellement sur la face interne entre les cuspides antérieure et postérieure, laissant un intervalle libre bien marqué qui rappelle la morphologie observée chez les différentes sous-espèces de l’Ours noir d’Amérique. La deuxième molaire supérieure (m2) est sensiblement plus petite que celle de l’Ours brun de l’île Dall.

Écologie et comportement droite|vignette|300x300px|Une ourse et son ourson sur l'île de l'Amirauté Répartition et Habitat L'ours brun de Sitka est dépendant de l'écosystème de la forêt nationale de Tongass où il vit. Parmi les espèces d'arbres répandues dans cette forêt, on trouve l'épinette de Sitka et la pruche de l'Ouest.

Comportement L'ours brun de Sitka est généralement solitaire, sauf dans les zones riches en nourriture.

Il atteint la maturité sexuelle en moyenne entre quatre et sept ans, et s'accouple entre les mois de mai et juillet. Leur période d'hibernation a lieu d'octobre à avril, au plus tard jusqu'à juin. Les femelles en gestation mettent bas dans la tanière en janvier ou février, chaque portée comptant en moyenne deux à trois oursons. Ces derniers restent avec leur mère jusqu'à l'âge de trois ans et la mère ne peut pas retomber enceinte durant cette période.

Relations avec l’Homme Menaces Le conflit avec les humains constitue une cause majeure de perturbation des populations d'ours. Ces conflits peuvent se traduire par la présence d'ours dans les zones urbaines ou au contraire par la pression des chasseurs sur les îles.

Parmi les autres menaces auxquelles fait face l'ours figure le changement climatique. Comme le met en évidence l'histoire évolutive de cette population d’ours bruns, les variations climatiques et le recul des glaces peuvent modifier en profondeur la dynamique des populations et l'intégrité génomique des espèces par le biais d'isolements et d'hybridations successifs.

Notes et références Notes

Références

Bibliographie Document original

Voir aussi

Articles connexes Ours brun Grizzly Sitka Sitka National Historical Park Liens externes

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