Le café de la veuve Laurent, ou café Laurent, est un café littéraire parisien fondé vers 1690, situé rue Dauphine, près du Pont Neuf. Il est surtout connu pour son rôle dans « l'affaire des couplets » qui valut en 1712 le bannissement du poète Jean-Baptiste Rousseau.

Histoire

Un haut lieu de la vie littéraire parisienne Fondé en 1690 par François Laurent, l'établissement passe à la mort de celui-ci en 1694 sous la direction de sa veuve, dite « la dame Laurent », d'où le nom de « café de la veuve Laurent ».

Au début du , le café de la veuve Laurent est l'un des lieux de rassemblement des gens de lettres, philosophes, musiciens et peintres parisiens. Certains jours y réunissaient, selon une source, jusqu'à dix ou douze académiciens. À l'époque de Voltaire et de Mme du Châtelet, le café Laurent compte, avec le Procope et le café Gradot, parmi les établissements les plus renommés de Paris. Il accueille notamment Fontenelle, Antoine Houdar de la Motte, Bernard-Joseph Saurin, Antoine Danchet, Jean-Baptiste Rousseau, Crébillon et Nicolas Boindin. Le dramaturge Jacques Autreau, qui fréquente le même cercle que La Motte, en est également un habitué et fait l'objet d'un sonnet satirique de la part d'autres clients de l'établissement.

L'affaire des couplets (1700-1712) La tenancière de l'établissement, la dame Laurent, n'est elle-même pas épargnée par les couplets satiriques qui y circulent.

L'affaire trouve son origine en décembre 1700 : alors que la comédie Le Capricieux de Rousseau est mal reçue au Théâtre-Français, l'opéra Hésione, dont les auteurs (habitués du café Laurent) connaissent un succès, suscite chez Rousseau un dépit qu'il exprime dans un couplet satirique visant ces derniers. Le couplet, surpris par un certain Maunoir, est diffusé et déclenche une avalanche de répliques ; on en aurait dénombré jusqu'à soixante-douze.

Selon l'Encyclopaedia de Chambers, les principales cibles des pamphlets de Rousseau étaient La Motte et Saurin, tous deux habitués du café Laurent. La rivalité s'aggrave après la défaite de Rousseau face à La Motte en 1710 pour le fauteuil de Thomas Corneille à l'Académie française.

Accusé d'avoir adressé au café de la veuve Laurent des vers diffamatoires visant Joseph Saurin, membre de l'Académie des sciences, Rousseau est, par arrêt du Parlement de Paris du 7 avril 1712, déclaré coupable et banni à perpétuité du royaume. Cet épisode est également mentionné dans une histoire de la corporation des cordonniers, qui évoque un « garçon savetier » chargé de porter les couplets au café Laurent. L'affaire reste considérée par certains commentateurs du comme une « énigme » jamais pleinement résolue.

Selon certains auteurs, le café Procope aurait pris la suite du café Laurent comme lieu de rassemblement des mêmes habitués.

Selon d'autres sources, Jean-Jacques Rousseau aurait également composé au café Laurent sa première comédie, Le Caffé (1694), jugée sévèrement par Voltaire.

Le café aujourd'hui Le site, au 33 rue Dauphine, abrite aujourd'hui un café-bar également nommé « Café Laurent », intégré à l'hôtel d'Aubusson. L'établissement fut, sous le nom de « Tabou », un lieu fréquenté par le milieu existentialiste et le jazz parisiens de l'après-guerre.

Voir aussi Café Procope Jean-Baptiste Rousseau (poète) Jacques Autreau Le tabou Café (établissement)

Références

Laurent Catégorie:Assemblée littéraire Catégorie:Histoire de Paris