Czóbel Minka, de son nom complet Wilhelmina Czóbel de Balogfalva (Anarcs, 8 juin 1855 - Anarcs, 17 janvier 1947), est une poétesse hongroise considérée comme la première représentante du symbolisme dans la littérature hongroise et l'une des précurseures du mouvement Nyugat.
Biographie
Origines et formation
Czóbel Minka naît à Anarcs, dans le comté de Szabolcs, au sein d'une famille de grands propriétaires terriens. Ses parents sont Imre Czóbel de Balogfalva et la comtesse Evelina Vay; elle a deux frères et sœurs, István et Emma. Son frère, István Czóbel, devient un historien de la culture reconnuLászló Márton, « Czóbel Minka – Életrajz », Digitális Irodalmi Akadémie, dia.hu..
Son ascendance compte plusieurs personnalités marquantes : le maréchal de Rákóczi Ádám Vay, son arrière-grand-père le baron Lőrinc Orczy — poète du mouvement des Lumières hongrois proche des frères Bessenyei —, et sa grand-mère maternelle Zsófia Kazinczy, cousine de l'écrivain Ferenc Kazinczy. Par sa mère, elle est également apparentée aux Báthory d'Ecsed, dont la comtesse Élisabeth Báthory, à qui elle consacrera plus tard un ouvrage.
Elle voyage à travers l'Europe et suit des cours à la Sorbonne, à Paris. Au tournant du , sa famille s'appauvrit, et à partir des années 1910 elle quitte rarement son village natal ce qui contribue à ce qu'elle tombe dans un relatif oubli de son vivant, malgré son rôle de précurseure de la poésie moderne hongroise et de Ady Endre.
Débuts littéraires
C'est son beau-frère, le peintre László Mednyánszky, qui l'encourage à écrire, avant de faire lire ses textes à Mór Jókai et à Zsigmond Justh. Encouragée par des critiques favorables, elle publie en 1890 son premier recueil de poèmes, Nyírfa lombok (« Feuillages de bouleau »).
L'écrivain Zsigmond Justh (1863-1894) exerce une influence déterminante sur sa vie et son développement littéraire : c'est lui qui la pousse à publier ses poèmes et avec qui elle échange plusieurs centaines de lettres sur les questions poétiques et philosophiques qui la préoccupent. Sa mort précoce, en 1894, l'affecte profondément et l'isole progressivement de la vie littéraire; pourtant, c'est dans les vingt années qui suivent, entre 1894 et 1914, que se situe la période la plus féconde de son œuvre. vignette|Portrait de Zsigmond Justh Parmi les premières poétesses hongroises à écrire en vers libres et à adopter le style des décadents français, elle est considérée comme l'une des précurseuses de la revue Nyugat. Selon le critique Géza Hegedüs, ce sont précisément ses vers libres qui comptent parmi les plus colorés et les plus musicaux de son œuvre.
Lorsqu'elle a dépassé la cinquantaine, Ady Endre lit certains de ses textes mais déclare ne pas vraiment les comprendre ; le cercle de Nyugat, bien qu'il la considère souvent comme une précurseuse, ne reconnaît la valeur de sa poésie qu'avec réticence.
Parlant le français, l'anglais et l'allemand à un niveau quasi natif, elle réalise de nombreuses traductions : elle est la première en Hongrie à traduire des poèmes de Verlaine, traduit en allemand La Tragédie de l'homme de Imre Madách, et plusieurs poèmes de Sándor Petőfi en anglais.
Séjours en France et relations parisiennes vignette|Hélène Büttner et Czóbel Minka - 1920 À partir des années 1890, Czóbel Minka effectue plusieurs séjours, parfois longs, à Paris, en compagnie de la peintre animalière Hélène Büttner (1861-1943), qu'elle a rencontrée en Hongrie en 1889 et qui devient sa compagneNémeth Ványi Klári, « Czóbel Minka, a tündérboszorkány », Nők Lapja, vol. LXXIII, n° 29, 20 juillet 2022, p. 52-53..
Elle fréquente à Paris, Melchior de Polignac, qu'elle a rencontré chez Zsigmond Justh en 1894, et qui traduit plusieurs de ses poèmes en français et les fait publier dans des revues françaises« Czóbel Minka napjai a Polignac családnál », Spanyolnátha, 2015/4, spanyolnatha.hu..
En 1897, Polignac traduit et publie à Paris, chez Ollendorff, son recueil La migration de l'âme (adaptation de Lélekvándorlás), illustré par Hélène BüttnerMinka de Czóbel, La migration de l'âme, traduction de Melchior de Polignac, illustrations de H. Büttner, Paris, Paul Ollendorff, 1897..
En janvier 1909, elle effectue son dernier voyage en France, séjournant au château de La Voulte-sur-Rhône, propriété familiale des Polignac.
Vie privée
Minka ne s'est jamais mariée.
Elle entretient une correspondance intime avec l'écrivain Zsigmond Justh, puis vit pendant plus d'un demi-siècle avec la peintre d'origine berlinoise Hélène Büttner, rencontrée en 1889, qui partage sa vie à Anarcs aux côtés de sa sœur Emma.
Les deux femmes, Minka et Hélène, reposent dans une tombe commune à Anarcs dans le parc du manoir Czóbel, propriété de Czobel.
Œuvre
Poésie Nyírfa lombok (1890) Újabb költemények (1892) Maya (1893) Fehér dalok (1894) A virradat dalai (1896) Kakukfüvek (1901) Opálok (1904) Az erdő hangja (1914) Boszorkány-dalok (posthume, 1974)
Prose Hafia (1891) A két aranyhajszál (1891) La migration de l'âme (1897, édition française) Pókhálók (1906) A fekete lovas (1914) Báthory Erzsébet (1941)
Théâtre Donna Juanna (1900)
Postérité
Tombée dans l'oubli de son vivant, Czóbel Minka connaît un regain d'intérêt au début des années 1970, lorsque Pór Péter lui consacre une monographie, suivie en 1974 de la publication d'un recueil choisi, Boszorkány-dalok. Le poète Sándor Weöres contribue à sa redécouverte en lui réservant une place de choix dans son anthologie Három veréb hat szemmel, où il la met en parallèle avec les poètes Gyula Reviczky et Jenő Komjáthy.
Son poème Száz szál gyertyát ! (« Cent cierges ! »), mis en musique par Loránd Fráter, est devenu l'une des chansons populaires hongroises les plus appréciées. Une école d'arts à Szatmárcseke porte d'ailleurs son nom, ainsi que l'école du village d'Anarcs, où un buste et un mémorial lui sont également dédiés.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Hélène Büttner Symbolisme Nyugat Femme artiste
Liens externes
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