Zsigmond Justh, de son nom complet Justh Zsigmond de Neczpál, né le à Pusztaszenttornya et mort le à Cannes, est un écrivain, dramaturge et directeur de théâtre hongrois, frère du politicien . Figure importante des relations littéraires franco-hongroises de la fin du , il est le mentor de la poétesse Czóbel Minka, dont il encourage et fait connaître l'œuvre, et entretient à Paris des liens étroits avec plusieurs écrivains et artistes, dont Melchior de Polignac.

Biographie

Origines et formation Issu de la famille noble Justh de Neczpál, originaire du comitat de Turóc, Zsigmond Justh est le fils du propriétaire terrien Justh István (1821-1904) et de Pákozdy Matild (1831-1898). Il commence ses études à Budapest, puis les poursuit à Kiel, à Zurich et enfin à Paris, où il étudie auprès d'Hippolyte Taine à partir de 1885. D'abord destiné aux sciences économiques, c'est sur les conseils de Taine qu'il se consacre aux lettres.

Séjours parisiens et vie mondaine Lors d'un séjour parisien de janvier à mai 1888, il tient un journal intime quotidien, en hongrois, dans lequel il consigne ses rencontres dans les salons, les bals et les théâtres. Ce document, conservé à la Bibliothèque nationale Széchényi de Budapest, témoigne de ses liens avec plusieurs écrivains et artistes, notamment les peintres Rupert Bunny et Alastair Cary-Elwes, le poète français Jean Berge, et le traducteur Melchior de Polignac, rencontré au bal de la duchesse de Maillé..

Dans les dernières années de sa vie (1893-1894), Justh et Polignac entretiennent une relation intime et une correspondance suivie ; dans une lettre de février 1894, Polignac écrit à Justh qu'il a été « le rayon de soleil au milieu de [son] ciel ordinairement si sombre ».

C'est par l'intermédiaire de Justh que Polignac met en vers français des poésies hongroises qu'il réunit, avec une préface de François Coppée, dans l'anthologie Poètes hongrois. Poésies magyares de Petőfi, Arany, Tompa, Gyulai, József Kiss, Gyula Reviczky (Paris, Ollendorff, 1896), puis dans La migration de l'âme de Czóbel Minka (1897) illustré par Hélène Büttner.

Vie privée Justh ne s'est jamais marié. Son journal de 1888 documente ses fréquentations dans les milieux homosexuels parisiens de la fin du , qu'il désigne par le terme de « Tantales », en référence aux « amours d'Alcibiade ».

Il se lie d'une amitié proche avec le peintre australien Rupert Bunny et l'Écossais Alastair Cary-Elwes, qui vivent en couple et dont il admire la relation ; selon les chercheurs Alain Servantie et Michael Rosenfeld, il entretient également une liaison avec le poète français Jean Berge, avec lequel il correspond plusieurs années et voyage à Tanger en 1891..

Dans les deux dernières années de sa vie, sa relation la plus intime est celle qu'il noue avec Melchior de Polignac. Son roman Fuimus (1894) reflète, sous une forme romancée, ces fréquentations parisiennes : le personnage du meilleur ami du protagoniste y est inspiré du peintre László Mednyánszky, et le roman met en scène des amours platoniques masculines en quête d'un idéal absolu.

Œuvre littéraire Ses premières œuvres — Ádám (1885), Káprázatok (1887), Művész-szerelem (1888) et Páris elemei (1889) — portent la marque de l'influence occidentale, en particulier naturaliste. Justh se tourne ensuite vers la peinture de la vie paysanne de la Grande Plaine, dont il dépeint avec affection les figures typiques.

A puszta könyve (1892), Gányó Julcsa (1893) et Delelő (1895) sont considérés comme ses œuvres les plus accomplies : des tableaux littéraires aux thèmes populaires, traités selon une approche moderne et analytique, qui s'attache aux questions morales profondes de la société paysanne.

Il projette un cycle de quatorze romans, A kiválás genezise (« La Genèse de la distinction »), destiné à exposer sa philosophie. Seules trois parties en seront écrites : A pénz legendája (« La Légende de l'argent », 1893), peinture de l'aristocratie hongroise, Gányó Julcsa (1893), et son dernier roman, Fuimus (1894) — dans lequel le personnage du meilleur ami du protagoniste est inspiré du peintre László Mednyánszky, beau-frère de Czóbel Minka.

Le théâtre paysan de Szenttornya Sur son domaine, Justh fonde un théâtre paysan où sont jouées, par les habitants du village, des pièces populaires hongroises ainsi que des classiques — Shakespeare, Molière, Plaute —, dont il dirige lui-même les répétitions. La première représentation a lieu en 1892, la dernière le 25 août 1894 (Les Bavards de Plaute).

Maladie et mort Atteint de tuberculose, Justh cherche en vain un climat favorable en Italie, en Inde et sur la Riviera française. Il meurt à Cannes le 9 octobre 1894, à l'âge de trente et un ans, et est inhumé à Szenttornya. Cent ans après sa mort, ses cendres sont transférées au cimetière voisin de Gádoros.

Œuvre

Romans et récits

Ádám (1885) Káprázatok (1887) Művész-szerelem (« Amour d'artiste », 1888) Páris elemei (« Éléments de Paris », 1889) A puszta könyve (1892) — traduit en français par Guillaume Vautier sous le titre , Paris, Ollendorff, 1892

A pénz legendája (« La Légende de l'argent », 1893) Gányó Julcsa (1893) Delelő (1895, posthume) Fuimus (1894)

Journal et correspondance

Justh Zsigmond naplója (Journal intime), publié en 1941 puis intégralement en 1977

Traductions et collaborations Melchior de Polignac (trad.), Poètes hongrois. Poésies magyares de Petőfi, Arany, Tompa, Gyulai, József Kiss, Gyula Reviczky, préface de François Coppée, choix de Zsigmond Justh, Paris, Ollendorff, 1896.

Postérité vignette|Tombe au cimetière de Gádoros Une halte ferroviaire de la ligne Kiskunfélegyháza–Orosháza, entre Gádoros et Szentetornya, porte le nom de Justhmajor. Une rue de Szentetornya porte son nom, ainsi qu'une rue de Nagyszénás. À Gádoros, la maison de la culture et la bibliothèque Justh Zsigmond conservent une exposition commémorative et un buste de l'écrivain ; la bibliothèque municipale d'Orosháza porte également son nom.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes

Czóbel Minka László Mednyánszky Littérature hongroise

Liens externes

Le Livre de la pousta sur Wikisource

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