Baradine Berdei Targuio, également désigné sous le nom de Baradine Berdeï Targuio Chegué, est un militant tchadien des droits humains, établi à N'Djaména. Il dirige l'Organisation Tchadienne des Droits Humains (OTDH) depuis sa fondation en 2006. Figure de la société civile tchadienne, il est connu pour ses prises de position publiques sur les violations des libertés fondamentales dans son pays, notamment dans des zones de tension comme le Tibesti. Son engagement lui vaut plusieurs vagues de répression judiciaire de la part des autorités successives.
Biographie
Engagement au sein de la société civile tchadienne Baradine Berdei Targuio construit sa notoriété au sein de l'OTDH, organisation créée en 2006 et dédiée à la documentation des violations des droits fondamentaux au Tchad et dont il est le président.
Selon les rapports d'Amnesty International, il est notamment connu pour avoir adressé, en novembre 2018, une lettre ouverte au président Idriss Déby Itno, dans laquelle il fait part de ses préoccupations concernant la situation des droits humains dans la région du Tibesti, dans le nord du Tchad, alors soumise à un régime d'état d'urgence.
Baradine Berdei Targuio est aussi connu pour ses publications régulières sur les réseaux sociaux à l'égard du pouvoir en place et est décrit par les médias comme un opposant de longue date à la famille Déby.
Première arrestation et détention (2020–2021) Le 22 janvier 2020, Baradine Berdei Targuio publie sur sa page Facebook un message en langue zaghawa selon lequel le président du Tchad Idriss Déby Itno serait gravement malade et hospitalisé en France pour des soins.
Les autorités gouvernementales réagissent immédiatement en qualifiant le message de « cybercriminalité » et d'activité subversive.
Le 24 janvier 2020, deux jours seulement après la publication du message, des hommes armés et masqués se présentent au domicile du militant à N'Djaména et l'emmènent de force, sous les yeux de son épouse et de ses enfants.
Il est ensuite conduit à la Direction de l'Agence nationale de sécurité (ANS). Selon Djimet Arabi, le ministre tchadien de la Justice de l'époque, l'arrestation est supervisée par le procureur de la République, mais le Code de procédure pénale tchadien prévoit qu'un suspect ne peut être maintenu en garde à vue que quarante-huit heures, renouvelables une seule fois. Ce délai légal de quatre jours est largement dépassé dans le cas de Baradine Berdei Targuio.
Après son interpellation, le militant passe près de sept mois en détention secrète dans les locaux de l'ANS, sans accès à sa famille ni à ses avocats.
La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dénoncent cette pratique comme contraire aux normes internationales relatives à l'interdiction de la torture et des traitements inhumains, en application de l'article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Amnesty International, de son côté, alerte sur le risque de mauvais traitements, plusieurs personnes ayant subi des actes de torture lors d'une détention dans ces mêmes locaux par le passé.
Le 21 août 2020, après 211 jours de détention au secret, Baradine Berdei Targuio est présenté à un procureur, puis à un juge d'instruction le 24 août suivant.
Il est alors inculpé d'« atteinte à la sûreté de l'État », de « détention illégale d'arme de guerre » et de « coups et blessures volontaires »; des accusations qualifiées de fallacieuses par ses avocats et par les organisations de défense des droits humains, et incarcéré à la Maison d'arrêt d'Amsinene, à N'Djaména.
Une demande de mise en liberté provisoire introduite par ses avocats est rejetée le 31 août 2020.
Le 18 février 2021, la Cour criminelle du Tchad prononce à l'encontre de Baradine Berdei Targuio une peine de trois ans d'emprisonnement ferme et une amende de 250 000 francs CFA pour « atteinte à l'ordre constitutionnel », après avoir requalifié les charges initiales.
Cette condamnation est annoncée publiquement par Saleh Kebzabo, chef de l'opposition tchadienne, qui la qualifie de « sanction politique injustifiée et anachronique » et réclame sa libération immédiate.
Le 10 juin 2021, à la suite d'une pression internationale soutenue, les autorités de la transition tchadienne, désormais dirigées par le général Mahamat Idriss Déby, fils du président décédé, libèrent provisoirement Baradine Berdei Targuio, après près de dix-huit mois d'incarcération.
Le 30 décembre 2021, Baradine Berdei Targuio bénéficie d'une amnistie présidentielle, qui lui confère une liberté pleine et sans condition.
Seconde arrestation et grâce présidentielle (2022–2023) En décembre 2022, les autorités tchadiennes annoncent avoir déjoué une tentative de déstabilisation des institutions. Le gouvernement présente Baradine Berdei Targuio comme la tête d'un groupe de onze personnes dont dix officiers de l'armée accusées d'avoir fomenté une tentative de coup d'État.
Il est arrêté à partir du 8 décembre 2022 et incarcéré à la prison de haute sécurité de Koro Toro, située à environ 600 kilomètres au nord de la capitale.
Lors d'une audience foraine tenue du 8 au 10 mai 2023, la chambre criminelle du tribunal de N'Djaména reconnaît les onze prévenus coupables d'« atteinte à l'ordre constitutionnel, détention illégale d'armes de guerre et association de malfaiteurs » et les condamne à vingt ans de prison ferme, assortis d'une amende de deux cents millions de francs CFA .
Baradine Berdei Targuio et ses avocats renoncent à faire appel, faisant confiance à la promesse de grâce présidentielle formulée par le chef de la transition le 21 avril 2023, à l'occasion de la fête de l'Aïd el-Fitr.
Peu après, le président Mahamat Idriss Déby Itno accorde une grâce à l'ensemble des condamnés.
Références
Catégorie:Militant tchadien du XXIe siècle Catégorie:Personnalité tchadienne liée à la défense des droits de l'homme