Le Wrayflex est le seul appareil photographique reflex mono-objectif 35mm à avoir été fabriqué au Royaume-Uni. Son plus proche rival britannique est le Periflex qui n’a de reflex que le petit périscope utilisé pour effectuer la mise au point. Le Wrayflex a été fabriqué à partir de 1951 par la firme située à Bromley, Kent, en Angleterre, déjà renommée pour ses télescopes et ses objectifs photographiques. Cet appareil a connu trois versions. La dernière, proposée en 1959, fut la seule à être munie d’un véritable pentaprisme. Malheureusement, cet effort n’a pas suffi pour éviter la fermeture de la firme en 1961. Les trois modèles de Wrayflex, construits en petit nombre en comparaison des modèles japonais qui allaient bientôt déferler sur l’Europe, sont aujourd’hui très prisés par les collectionneurs du monde entier.

Contexte historique Déjà en 1936, le premier appareil reflex 35mm mono-objectif apparaît sur le marché. Il s’agit du Kine-Exakta de la firme allemande Ihagee. Cet appareil est équipé d’un miroir placé juste derrière l’objectif. De cette façon, la visée peut s’opérer directement à travers l’objectif contrairement aux populaires appareils télémétriques de l’époque. Toutefois, cet appareil, et les autres qui ont adopté cette approche, sont pénalisés par deux lacunes importante. Avec un seul miroir derrière l’objectif, on ne peut :

ni amener l’image à la hauteur des yeux, ni corriger complètement la double inversion de l’image lors de son passage à travers l’objectif.

En 1948, les Italiens et les Allemands se sont penchés sur ces difficultés. Ils ont proposé respectivement le Rectaflex et le Contax S qui font appel à un pentaprisme toit pour corriger ces deux problèmes. À la même époque, les Anglais avaient eux aussi la même solution. Elle leur a été apportée par le commandant Maurice Studdert, ingénieur de la Royal Navy. Après la deuxième guerre mondiale, celui-ci a été dépêché en Allemagne avec une équipe américaine afin d’y recueillir des informations techniques. C’est à son retour de cette mission en 1947 qu’il se présente à l’usine de Wray, avec deux techniciens allemands (Heinrich et Werner Göbel), pour y dévoiler les plans d’un appareil photo réflex mono-objectif équipé d’un pentaprisme toit. Toutefois, l’équipe de Wray juge la conception de cet appareil trop compliquée pour l’expertise de la firme. On demande donc aux frères Göbel d’en simplifier le design. En particulier, le prisme se voit remplacé par deux miroirs (pentamiroir). Le résultat est le premier Wrayflex.

Description générale de l’appareil Un pentaprisme simple est un élément optique qui permet de dévier un rayon à 90o grâce à la réflexion sur deux de ses faces. Puisque les angles suivis par la trajectoire lumineuse ne permettent pas la réflexion totale interne, les surfaces utilisées pour la réflexion doivent être recouvertes d’un agent réfléchissant. Avec ce système, on peut donc réorienter l’image formée sur un verre dépoli (comme celui utilisé sur les premiers reflex) afin de pouvoir l’observer à la hauteur des yeux. Bien qu’elle maintienne l’inversion latérale de l’image, cette solution constitue donc néanmoins une amélioration par rapport aux premiers reflex. Toutefois, la confection d’un pentaprisme exige une grande précision et implique des coûts de fabrication assez élevés. L’utilisation de deux miroirs pour jouer le rôle des deux faces utiles d’un pentaprisme permet donc de réduire les coûts. De plus, cette dernière solution permet aussi de diminuer le poids de l’appareil. C’est donc la solution qui est d’abord privilégiée par Wray même si elle implique aussi une réduction de la luminosité du viseur en plus de conserver l’inversion latérale.

L’utilisation de deux miroirs plutôt qu’un prisme consiste essentiellement à ne retenir que les deux faces utiles du prisme (pentamiroir). Par conséquent, ce choix libère de l’espace là où il y aurait eu autrement un bloc de verre. Les concepteurs du Wrayflex ont cherché à tirer profit de cet espace. Ils ont donc installé le verre dépoli et le miroir mobile (celui derrière l’objectif) à l’intérieur d’une armature commune qui pivote vers le haut pendant l’exposition, entrainant avec elle le verre et le miroir, pour se loger dans l’espace libre entre les miroirs du pentamiroir. Pour y arriver, le pivot de l’armature doit être placé à l’avant de l’appareil, tout juste derrière l’objectif. Cette configuration offre un bénéfice supplémentaire; celui de réduire la distance nécessaire entre l’objectif et le plan du film, et ainsi, de faciliter la conception des objectifs à courte focale.

Une petite lentille a été collée près du centre du verre dépoli afin de grossir une petite surface de l’image, permettant ainsi d’améliorer la mise au point dans les situations à faible profondeur de champ telles que la macrophotographie. Cette lentille est entraînée par le mouvement du verre dépoli lors de l’exposition et se loge donc près du miroir frontal du pentamiroir pendant cette manoeuvre.

Une autre différence importante du Wrayflex par rapport aux autres SLR est la position de la manette d’armement. Plutôt que d’avoir recours à un levier (comme sur le Kine-Exakta) ou une bague sur le capot supérieur (comme sur le Rectaflex), les ingénieurs ont choisi d’utiliser une clé escamotable placée au centre de la plaque inférieure.

Modèles

Wrayflex I La première version de l’appareil est fabriquée à partir de 1950. Elle est appelée initialement Wrayfflex; le "I" est ajouté plus tard dans la documentation, après l’arrivée des autres modèles. Les numéros de série vont de 1501 jusqu’à environ 2360. La firme aurait donc produit autour de 860 exemplaires. La particularité de ceux-ci est la taille de 24×32mm des images captées sur la pellicule, permettant ainsi de loger jusqu’à 45 clichés sur une pellicule standard de 36 poses. Les appareils de cette série se distinguent aisément des modèles suivants puisque le compteur de poses est numéroté jusqu’à 40 avec des graduations allant jusqu’à 44.

Pour connecter un flash, ils sont d’abord munis de deux connecteurs simples permettant de relier l’appareil à un flash à bulbe standard. À partir environ du numéro 2100, un troisième connecteur simple est ajouté. On utilise alors les deux du haut pour un flash électronique et les deux du bas pour un flash à bulbe. On peut noter que les collectionneurs peuvent aussi trouver des appareils qui ont bénéficié de l’ajout subséquent d’un connecteur coaxial pour un flash électronique.

Finalement, un levier à deux positions sous l’appareil permet de désengager le système de transport du film avant de le rembobiner.

Wrayflex Ia Fabriquée à partir de 1953, cette deuxième version est la plus commune. La numérotation de cette série suit celle de la précédente avec quelques chevauchements au début. Environ 1600 unités auraient été fabriquées, avec des numéros allant environ de 2361 à 3960. Avec cette série, Wray s’est aligné avec la norme de 24×36mm. La numérotation du compteur de poses cesse donc désormais à 36. Confiant de l’intérêt du format 24×32mm pour l’économie de pellicule qu’il permet, le format adopté pour le Wrayflex Ia est d’abord présenté comme une alternative plutôt qu’une substitution au Wrayflex I.

Les connecteurs du flash sont aussi remplacés. Désormais, il s’agit de deux connecteurs coaxiaux, celui du haut (marqué "E") pour un flash électronique et celui du bas (marqué "B") pour un flash à bulbe. De plus, le désengagement du transport du film s’effectue maintenant par la simple pression d’un bouton sous l'appareil.

Les derniers appareils de cette série (à partir de 3520 environ) sont maintenant tous munis d’une griffe porte-flash. Auparavant, les appareils devaient être retournés à l’usine pour bénéficier de cette amélioration.

Wrayflex II À un certain point, il est devenu trop difficile de concurrencer les appareils, de plus en plus nombreux, dotés d’un pentaprisme toit sans opter aussi pour cette solution. Ainsi, le Wrayflex II voit son pentamiroir remplacé par cet élément optique. Toutefois, les concepteurs de l’appareil choisissent de conserver le système de bascule qui amène le verre dépoli et le miroir-reflex à l'intérieur du pentamiroir lors du déclenchement. Cependant, le nouveau pentaprisme ne permet pas cet astuce. Le pentaprisme doit donc être installé plus haut, d’où l’augmentation de la hauteur de l’appareil.

Cette dernière version du Wrayflex est fabriquée de 1959 à 1961. Bien qu’on mentionne souvent que la numérotation débute à 4000, on peut retrouver au moins un appareil qui précède ce chiffre (No. 3964, voir photos). Avec un exemplaire affichant le nombre 4366, on peut donc réviser à un peu plus de 400 le nombre de Wrayflex II fabriqués, plutôt que les 350 (ou même 300) annoncés auparavant dans la littérature, information qu’on retrouve encore dans quelques sites Internet.

Finalement, la clé escamotable du capot supérieur servant à rembobiner le film a été remplacée par un bouton muni d’un petit disque qui permet de garder en mémoire le type de film utilisé.

Objectifs et accessoires Dès la mise en marché du Wrayflex, la compagnie propose une série d’objectifs et d’accessoires afin de permettre aux photographes d’exploiter toute la versatilité permise par un appareil réflex: un adaptateur pour microscope, un statif de reproduction de documents, un ensemble de 4 tube-allonges (6 mm, 7 mm, 7 mm et 9,5 mm), quelques objectifs (35mm f3.5 Lustrar, 50mm f2 Unilite, 50mm f2.8 Unilux et 90mm f4 Lustrar) ainsi qu’un adaptateur permettant l’usage de la clé d’armement située sous l’appareil même si celui-ci est installé sur un trépied.

L’arrivée du Wrayflex II suit de près avec l’ajout d’un autre objectif, le 135mm f4 Lustrar, et d’un télescope de terrain, le Prismscope, adaptable à l’appareil.

Références

Catégorie:Appareil photographique argentique Catégorie:Produit lancé en 1951