La rage aérienne est une forme de comportement violent observé à bord d'un aéronef, notamment en vol. Elle englobe ceux causés par le stress physiologique ou psychologique lié au voyage aérien, ainsi que les comportements indisciplinés ou agressifs d'un passager ou d'un membre d'équipage pendant le vol. La consommation excessive d'alcool, couplée aux conditions particulières d'un voyage en avion (pression atmosphérique, stress, attente, espace restreint, interdiction de fumer), en est souvent à l'origine.

Comparable à la rage au volant, les épisodes de rage aérienne comprennent par exemple le non-respect des consignes de sécurité, les insultes proférées à l'encontre du personnel de bord ou d'autres passagers, et plus généralement tout autre comportement susceptible de représenter une menace pour la sécurité du vol.

Si la rage aérienne s'exprime généralement par des comportements agressifs ou violents dans la cabine, elle peut avoir de graves conséquences, notamment si l'auteur décide de pénétrer dans le cockpit. Les personnes concernées n'ont généralement pas l'intention de commettre un acte terroriste mais ces incidents sont pris davantage au sérieux depuis les attentats du 11 septembre.

Atterrir afin de débarquer le passager perturbateur est souvent compliqué et entraîne d'importants retards. Toutefois, l'espace à bord d'un avion étant insuffisant pour isoler la personne en proie à une rage aérienne jusqu'à l'arrivée, ces comportements violents peuvent mener à des déroutements et des escales imprévues.

Histoire Le premier cas de rage aérienne a été enregistré en 1947 sur un vol reliant La Havane à Miami, lorsqu'un homme ivre a agressé un autre passager et une hôtesse de l'air. Un autre cas s'est produit sur un vol en Alaska en 1950.

À l'époque, la juridiction applicable n'était pas claire et les contrevenants échappaient souvent à toute sanction. Ce n'est qu'avec la Convention de Tokyo de 1963 qu'il a été convenu que les lois du pays où l'aéronef est immatriculé prévalaient. Depuis 2014, le protocole de Montréal, signé par 47 pays membres de l'OACI dont les États-Unis ou la France, permet également à l’État d’atterrissage et à l’État de la compagnie aérienne exploitante de poursuivre les passagers concernés. Les sanctions en cas d'indiscipline ou de violences en avion peuvent aller de l'amende à l'emprisonnement, en passant par l'interdiction d'embarquer selon les cas.

Les incidents de rage aérienne ne cessent d'augmenter depuis que l'Association du transport aérien international (IATA) a commencé à collecter des données sur ce phénomène en 2007. Même si aucune explication définitive n'a été établie pour expliquer cette tendance, les causes possibles sont l'anxiété accrue concernant la sécurité et l'irritation face aux mesures de sûreté lourdes, parfois simplement dissuasives, mises en place suite aux attentats du 11 septembre notamment.

En 2019, l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) signale une augmentation d'environ 33% des incidents de violence à bord sur les vols européens entre 2017 et 2018. L'agence indique alors que toutes les trois heures, un passager compromet la sécurité d'un vol au sein de l'UE par un comportement inapproprié, et qu'au moins 70% de ces incidents impliquent une agression. Des situations de violence à bord nécessitant un atterrissage d'urgence se sont produit en moyenne une fois par mois. Un membre de l'Association Néerlandaise des Équipages aériens propose plusieurs explications face à cette augmentation : plus grande promiscuité depuis l'augmentation du nombre de sièges par avion ; vols plus nombreux et plus longs entraînant plus d’agacement chez les passagers et donc plus d’incidents d’agression.

Après le début de la pandémie de COVID-19, une recrudescence des comportements agressifs à bord des avions a été constatée par les médias et l'Administration fédérale de l'aviation américaine (FAA). La plupart de ces incidents sont liés au port obligatoire du masque, d'une écharpe ou d'un autre dispositif de protection faciale en vertu de la loi fédérale, qui se traduisait par des agressions envers d'autres passagers ou le personnel de bord. Les compagnies aériennes néerlandaises KLM et Transavia ont également observé cette augmentation et ont établi une liste noire commune des passagers interdits de vol.

Caractéristiques La rage aérienne englobe les comportements de passagers ou d'employés de compagnies aériennes, à bord de l'avion ou à l'aéroport, tels que :

Comportements violents, destructeurs ou perturbateurs. Agressions verbales, physiques ou sexuelles à l'encontre de l'équipage ou des passagers (injures, bagarres, harcèlement sexuel, attouchements, etc). Comportements suspects ou menaçant la sécurité du vol. Non-respect des règles de sécurité (ne pas attacher sa ceinture de sécurité, se lever à des moments où cela n'est pas autorisé, etc). Menaces terroristes (attentat à la bombe, tuerie de masse).

D'autres comportements susceptibles de nuire au confort du personnel de cabine ou des passagers incluent le fait de fumer à bord, de visionner du matériel pornographique, de se livrer à des actes sexuels dans les toilettes ou dans la cabine, d'être bruyant ou ivre, de cracher, de jurer et de porter des vêtements inappropriés ou offensants.

Causes Statistiquement, il semblerait que les passagers en proie à la rage aérienne soient le plus souvent des hommes jeunes âgés de 30 à 39 ans, bien que des cas de rage aérienne impliquant des femmes ou des personnes plus âgées aient été recensés.

Les situations stressantes, comme le décalage horaire, les retards ou les comportements frustrants ou irritants d'autres personnes, peuvent accroître la probabilité d'agitation ou d'agressivité à bord. Les passagers claustrophobes ou phobiques de l'avion peuvent aussi facilement perdre leur maîtrise de soi.

Certaines recherches suggèrent que l'inégalité visible entre les classes de sièges sur les vols (première classe, classe affaires, classe économique) pourrait être responsable d'une augmentation des incidents de rage aérienne. La détérioration du confort et la réduction de l'espace en classe économique au cours des dernières décennies pourrait également être un facteur aggravant.

La rage aérienne peut résulter d'une combinaison de facteurs. Par exemple, une personne qui a déjà peur de l'avion peut basculer dans la violence à cause d'une consommation excessive d'alcool, de médicaments ou de drogues, d'une situation stressante, de l'interdiction de fumer, d'un comportement perturbateur de la part d'autrui ou de l'influence d'un groupe. Il est fréquent que les personnes arrêtées suite à un épisode de rage aérienne ne se reconnaissent pas dans leurs actes et ne sachent pas expliquer leur comportement.

La disponibilité de boissons alcoolisées à bord des avions et dans les aéroports rend possible une consommation excessive d'alcool avant et pendant les vols. Le personnel peut comptabiliser le nombre de boissons servies aux passagers à bord et sont tenus, dans de nombreux pays, de refuser de servir d'autres boissons aux passagers qui semblent ivres. Cependant, ils n'ont aucun moyen de savoir quelle quantité d'alcool a été consommée avant l'embarquement.

Une analyse des articles de presse en ligne relatifs aux incidents de rage aérienne survenus entre 2000 et 2020 a révélé que les États-Unis et le Royaume-Uni étaient les pays d'origine les plus fréquents pour les 228 cas recensés, avec 127 cas impliquant la consommation d'alcool. Selon une étude de la School of Hotel and Tourism Management de l'Université polytechnique de Hong Kong (HKPU), la moitié des incidents de violence aérienne sur les compagnies aériennes occidentales impliquent l'alcool.

Markus Schuckert, co-auteur de l'étude, a déclaré au South China Morning Post que sur les compagnies aériennes asiatiques, où les incidents de rage aérienne sont plus rares, ceux qui se produisent sont dus à l'inexpérience et à la méconnaissance des réglementations en vigueur. En Chine, certains passagers ouvrent par exemple les portes de la cabine pendant le roulage dans le but d'aérer l'avion ou jettent des pièces de monnaie dans les moteurs pour se porter chance, portant ainsi atteinte à la sécurité du vol.

Dans certains cas, étant donné que l'équipage a toute latitude pour déterminer si un passager menace ou non le bon déroulement du vol, certains incidents ont pu être qualifiés de perturbateurs ou violents en raison d'une intolérance de leur part. Par exemple, en 2020, l'équipage d'un vol American Airlines a appelé la police à propos d'un passager « perturbateur » qui se plaignait que certains employés de la compagnie aérienne ne portaient pas de masque contre la COVID-19.

Gestion Les passagers ou membres d'équipage violents nécessitant d'être maîtrisés peuvent l'être par diverses méthodes. Certaines compagnies aériennes sont équipées de menottes prévues à cet effet. D'autres utilisent des ceintures de sécurité, du ruban adhésif, des cravates, des lacets, ou tout autre objet disponible à bord. Bien que les États-Unis n'autorisent pas le fait de confiner les passagers à leur siège ou à toute autre partie de l'avion et n'autorise que la contention de certaines parties du corps, d'autres pays, comme .

En Australie, l'Autorité de la sécurité de l'aviation civile se réserve le droit d'utiliser des pistolets à impulsion électrique pour maîtriser les passagers indisciplinés. En Corée du Sud, certaines compagnies aériennes ont inclus depuis 2025 des critères d'endurance et de force physique dans leur processus de recrutement du personnel de bord, en plus de formations à l'utilisation de tasers. Les compagnies aériennes à bas prix, quant à elles, emploient généralement un personnel plus jeune, moins formé et moins expérimenté, qui a donc plus de difficultés à gérer les incidents de rage aérienne à bord.

Il arrive qu'un vol doive être dérouté pour permettre à l'aéronef de se débarrasser du contrevenant le plus rapidement possible.

Sanctions Aux États-Unis, les passagers qui perturbent le vol ou le travail de l'équipage peuvent se voir infliger des amendes allant jusqu'à 25 000 $ et parfois de longues peines d'emprisonnement. De plus, la compagnie aérienne peut décider de les interdire de vol.

Au Canada, le commandant de bord d’un aéronef est assimilé à un représentant de la loi en vertu du Code criminel et, à ce titre, possède les mêmes pouvoirs d’arrestation qu’un agent de police. Le commandant de bord est autorisé à faire appliquer toutes les dispositions du Code criminel et toutes les lois du Parlement durant le vol.

Le nombre d'actes illégaux commis à bord d'avions en Corée du Sud ayant plus que triplé entre 2011 et 2016, Korean Air a publié des directives autorisant les membres d'équipage à utiliser des pistolets paralysants sur les passagers violents et interdisant l'accès à bord à ceux ayant des antécédents de comportement indiscipliné.

La fréquence des incidents de rage aérienne a considérablement augmenté après le début de la pandémie de COVID-19, surchargeant fortement le personnel des compagnies aériennes. Le 29 septembre 2022, KLM et Transavia ont établi une liste noire commune des passagers interdits de vol. Ainsi, tout passager ayant un comportement inapproprié à bord d'un vol de l'une ou l'autre compagnie est interdit de vol sur les deux compagnies pendant cinq ans. L'échange de données entre KLM et Transavia, jusqu'alors entravé par des obstacles juridiques, est une première mondiale. En août 2017, la Fédération néerlandaise des syndicats (FNV) et d'autres syndicats avaient déjà proposé l'idée d'une liste noire commune de passagers interdits de vol pour toutes les compagnies aériennes européennes, afin d'empêcher les personnes sujetttes à des comportements agressifs à bord de perturber les vols d'une compagnie à l'autre.

Voir aussi

Sûreté aérienne Sécurité aérienne Rage au volant

Références

Catégorie:Personnel navigant commercial