vignette|redresse=1.2|Le nero d'Avola (alias « calabrese »), un cépage sicilien autorisé désormais pour participer à la production du bandol, du côtes-de-provence, du coteaux-d'aix-en-provence, du languedoc et quinze IGP languedociennes et provençales. Une VIFA désigne une « variété d'intérêt à fin d'adaptation », c'est-à-dire un nouveau cépage. Cette catégorie de variétés de raisins de cuve autorisées en France rassemble des vignes venant de vignobles aux climats plus chauds (pour s'adapter au réchauffement climatique), ou issus d'hybridation (pour mieux résister aux maladies cryptogamiques).

Cépages hybrides Anciennes générations Pendant la seconde partie du , les vignobles européens subissent l'arrivée de nouvelles maladies de la vigne venant d'Amérique du Nord (l'oïdium dès 1845, le phylloxéra à partir de 1863, le mildiou en 1878 et le en 1885) qui détruisent des récoltes entières puis font dépérir les vignes elles-mêmes. Parmi les solutions expérimentées, deux prédominent depuis les décennies 1880-1890 : d'une part le greffage des plants européens (Vitis vinifera) sur des porte-greffes américains (résistants eux à ces maladies : Vitis labrusca, Vitis aestivalis, Vitis rupestris, etc.), d'autre part l'hybridation entre cépages européens et ceux américains..

Mais plusieurs de ces plants américains apportent aux vins un « goût foxé » (en anglais . ; on dit en français qu'ils « renardent », que ce goût musqué évoque le renard en rut, comme si « le renard a pissé dessus ») et avaient la réputation de contenir du méthanol (en cas de cuvaison longue).. En France, cinq de ces hybrides producteurs directs sont interdits à partir de 1935 (le clinton, l'herbemont, l'isabelle, le jacquez, le noah et l'othello)Vente et plantation interdites par la , publié au JORF du ; liste des six cépages dans le décret publié le ; interdiction étendue par le , d'où arrachages ; abrogé par le décret du publié au JORF du . ; le baco blanc est le principal hybride encore toléré, pour produire de l'armagnac.

Nouveaux principes Pendant la seconde moitié du , de nouvelles hybridations sont expérimentées, cette fois plus seulement en faisant un unique croisement (à 50/50), mais toute une succession sur plusieurs générations pour renforcer la présence génétique de la vigne européenne, tout en sélectionnant les descendants porteurs des gènes responsables de la résistance aux maladies (pour le mildiou les haplotypes de la série Rpv, tel que le Rpv1 chez Vitis rotundifolia, le Rpv3 chez Vitis rupestris et Vitis lincecumii, le Rpv10 chez Vitis amurensis, etc. ; pour l'oïdium les séries Run et Ren).. Les résultats sont des variétés interspécifiques nouvelles, aux propriétés gustatives élevées tout en étant considérablement plus résistantes, le tout sans être des OGM (il s'agit d'une sélection variétale). D'autres gènes résistants à d'autres maladies (le court-noué à cause du GFLV, ; l'esca ; le BDA, ; etc.) sont à l'étude.

Programmes vignette|Trois hybrides d'origine allemande : grappes de regent (la noire en haut), de cabernet cortis (la noire à gauche) et de solaris (les blanches à droite). L'Allemagne fut pionnière, d'une part parce que les cépages hybrides n'y ont pas été interdits, d'autre part parce que les vignes y sont davantage touchées par les maladies cryptogamiques. Le premier PIWI (en allemand , « résistant aux champignons »). à connaître une large diffusion fut le regent NLe code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris. Cf. ., obtenu dès 1967 (à l', « Institut de viticulture de Geilweilerhof », à Siebeldingen près de Landau), puis inscrit en 1996 sur la liste des autorisées par le (Bureau fédéral des variétés). Le johanniter B est obtenu en 1968 (diffusé à partir de 1994), le solaris B et le bronner en 1975, le cabernet cortis N en 1982, le muscaris B en 1987 (les cinq par le à Fribourg-en-Brisgau). Ces cépages sont surtout plantés en Europe centrale.

En Autriche se rajoute le en 1970 (au , l'« Institut fédéral supérieur et Office fédéral de la viticulture », à Klosterneuburg).

En Suisse, la station de recherche Agroscope à Pully sélectionne en 1997 le divico N et le divona B (homologués en 2013 et 2018).

En Italie, le travail de sélection est plus tardif, réalisé par l' à Udine en partenariat avec la pépinière (VCR). Sont ainsi rajoutés au registre des variétés autorisées (). le le fleurtai B (alias UD. 34.111), le julius N (UD. 36.030), et le soreli B (UD. 34.113). ; le , le cabernet eidos N (UD. 58.083), le cabernet volos N (UD. 32.078), le merlot kanthus N (UD. 31.122), le merlot khorus N (UD. 31.125), le sauvignon kretos B (UD. 76.026), le sauvignon nepis B (UD. 55.098) et le sauvignon rytos B (UD. 55.100). ; le , le kersus B (UD. 109-052), le pinot iskra B (UD. 109-033), le pinot kors N (UD. 156-537) et le volturnis N (UD. 156-312)..

En France, Alain Bouquet commence dans les années 1970 le croisement avec Vitis rotundifolia et la sélection d'hybrides à l'INRA de Bordeaux puis de Montpellier.. L'INRA de Colmar lance en 2010 le programme d'hybridation « ResDur » (résistance durable), qui abouti à de 2018 à 2026. Depuis 2013, treize programmes régionaux « de création de variétés résistantes à typicité régionale » sélectionnent de nouveaux hybrides, pour des homologations à l'horizon 2030, à partir des cépages emblématiques des principaux vignobles : gewurztraminer et riesling en Alsace ; cabernet franc et petit verdot dans le Bordelais ; chardonnay, gouais, meunier et pinot en Bourgogne et Champagne (CEPInov) ; ugni blanc et folle-blanche en Charente ; vermentino, cinsault et piquepoul en Languedoc et Provence ; colombard, gros manseng et tannat dans le Sud-Ouest ; chenin, melon et sauvignon en vallée de la Loire ; grenache, muscats et syrah en vallée du Rhône..

Législation française En France, la notion de VIFA remonte à une réflexion lancée sur des expérimentations, approuvée sur son principe par le en 1999, confirmé en et le . Selon la définition de l'INAO, il s'agit .. Ces VIFA sont soit des variétés venant d'autres vignobles (nationaux, de l'UE ou d'ailleurs) sélectionnées comme éléments d'adaptation au changement climatique (car provenant de vignobles au climat plus chaud), soit des nouvelles variétés issues de croisements résistant mieux au mildiou et à l'oïdium (permettant de réduire les traitements)., soit d'anciennes variétés qui ont été abandonnées (au débourrement trop tardif, donnant pas assez de sucre, etc.).

La réglementation évolue : la directive de l'INAO du autorise pour toutes les appellations d'origine de vins, boissons alcoolisées et spiritueuses, l'intégration à leurs cahier des charges de nouveaux cépages, qui doivent obligatoirement être inscrits au catalogue français.. Pour les VSIG, il n'y a pas de contrainte supplémentaire. Pour les IGP, il faut les inscrire dans le cahier des charges. Par contre pour les AOP/AOC, il y a de fortes limitations : c'est à titre expérimental, la plantation se faisant après signature d'une convention entre l'ODG (le syndicat de producteurs), l'INAO et le producteur, valable dix ans et renouvelable une fois ; les VIFA doivent être au maximum vingt par cahier des charges et dix par couleur ; elles sont limitées à un maximum de 5 % de l'encépagement et de 10 % de l'assemblage ; leur mention sur l'étiquetage des produits est interditeDirective INAO-DIR-2018-01 du , « mise en place et suivi d’un réseau de parcelles plantées avec des variétés d'intérêt à fin d'adaptation ».. La directive a été modifiée en pour encadrer le suivi (modèle de convention et tableau-type). : le producteur doit informer son ODG du comportement agronomique (phénologie, état sanitaire et rendement) et œnologique (maturité, vinification et analyses) des VIFA et fournir des échantillons de vins (vinifiées séparément), puis l'ODG fait une remontée annuelle d'informations auprès de l'INAO.. Une troisième directive de modifie l'évaluation. Chaque ODG qui a accepté la démarche se constitue donc un petit réseau de parcelles chez des viticulteurs volontaires, tel que depuis 2021 le projet NOVANA (« nouvelles variétés de vignes en Nouvelle-Aquitaine »).. Au niveau de l'Union européenne, les hybrides sont autorisés dans les appellations d'origine protégée (AOP) depuis 2021..

Liste des cépages autorisés Les cépages ci-dessous ont été rajoutés au catalogue des variétés de cuve autorisées en France.

Venant de vignobles plus chauds En 2006 : le xarello B (d'origine catalane) et l'humagne rouge N (suisse) ; en 2010 : l'alvarinho B (galicien) ; en 2011 : la parellada B (catalan), le feteasca neagra N (roumain), le primitivo (alias zinfandel, italien), le verdelho B (portugais) et l'arvine B (suisse) ; en 2012 : le saperavi N (géorgien), le nebbiolo N (piémontais), le calabrese (alias nero d'Avola, sicilien) et le touriga nacional N (portugais) ; en 2013 : la kadarka N (hongrois) et le tinta barroca N (portugais) ; en 2014 : la barbera N et le dolcetto N (deux cépages piémontais) ; en 2015 : le mavrud N (bulgare), le verdejo B (castillan), la B (suisse), l'agiorgitiko N, l'assyrtiko B, le Rs, le roditis Rs et N (cinq grecs) ; en 2018 : le B, le B et le montepulciano N (trois italiens) ; en 2020 : l'airén B (espagnol) et le glera B (italien) ; en 2021 : le torrontés riojano B (argentin) ; en mars 2023, publié au JORF du . : le rkatsiteli B (géorgien) ; en novembre 2023, publié au JORF du . : la malvasia fina B (portugais) et le kyoho N (japonais, comme raisin de table) ; en novembre 2024, publié au JORF du . : le voskeat B, l' N (deux arméniens) et le gouveio B (alias , portugais).

Venant d'hybridations En avril 2017 : le bronner B, le cabernet blanc B, le cabernet cortis N, le johanniter B, le muscaris B, le N, le N, le pinotin N, B, le B, le solaris B et le soreli B (des hybrides allemands) ; en janvier 2018 : l' N, le B, le N et le B (hybrides du programme INRA-ResDur1) ; en mars 2020 : le B-Rs, publié au JORF du . (un hybride suisse). ; en décembre 2021 : le coutia B, le luminan B et le vidal B (trois hybrides charentais) ; en août 2022 : coliris N, lilaro N, opalor B, selenor B et sirano N (hybrides INRAE-ResDur2) ; en mars 2024, publié au JORF du . : calys N (hybride INRAE-ResDur2) ; en mai 2024, publié au JORF du . : exelys B (hybride INRAE-ResDur2) ; en août 2024, publié au JORF du . : le kersus B, le volturnis N, l'UD.109-033 B (pinot iskra) et l'UD.156-537 N (pinot kors ; ces quatre hybrides italiens d'Udine sont expérimentés pour dix ans) ; en décembre 2024, publié au JORF du . : l'artys B (hybride INRAE-ResDur2) ; en juillet 2025, publié au JORF du . : calardis B (hybride allemand de Geilweilerhof) ; en février 2026, publié au JORF du . : bouquet 3159 B (3159-2-12-B, ex « bouquet gold » ou « bouquet chasan »), bouquet 3160 N (3160-11-3 N, ex « bouquet cherry » ou « bouquet servadou »), bouquet 3176 N (3176-21-11 N, ex « bouquet carmin » ou « bouquet grenache »), bouquet 3179 N (3179-90-7 N, ex « bouquet ruby »), bouquet 3196 B (3196-57 B ou G9, ex « bouquet fancy » ou « petit bouquet » ; ces cinq hybrides par l'IFV), elarys B, florisia B, orellis B, serelis B, taranis N et valpesia N (six hybrides INRAE-ResDur3)...

Liste par AOP et IGP En 2024, une surface de près de étaient plantés de variétés résistantes en France ( rien que dans le bassin du Languedoc-Roussillon ; dans le bassin Vallée du Rhône - Provence ; dans le bassin du Sud-Ouest ; dans celui Bordeaux-Aquitaine ; dans le Val de Loire Centre ; en Charente Cognac ; en Bourgogne - Beaujolais - Savoie ; en Alsace-Est ; et en Champagne).. Pour les VSIG (sous la dénomination « vin de France »), tous les cépages de cuve autorisés peuvent être utilisés. Les appellations d'origine protégée (AOP) et indications géographique protégée (IGP) françaises autorisant les VIFA sont :