Neville Edward Alexander, né le et mort le , est un militant trotskyste sud-africain ayant passé dix ans sur Robben Island pour son engagement contre l'apartheid.
Enfance Neville Alexander est né à Cradock, dans la province du Cap-Oriental en Afrique du Sud, dans une famille coloured. Son père, David James Alexander, est charpentier, et sa mère Dimbiti Bisho Alexander est institutrice. Il est l'ainé d'une fratrie de six enfants. Sa grand-mère maternelle, Bisho Jarsa, était une Éthiopienne Oromo, sauvée de l'esclavage par les Britanniques puis confiée à des missionnaires en Afrique du Sud où elle deviendra enseignante. Le père de Neville Alexander l'initie au militantisme coloured et à la lutte contre l'oppression exercée par les Blancs. Sa mère lui transmet ses valeurs et pratiques chrétiennes.
Formation Neville Alexander va à l'école dans un couvent dominicain de Cradock et obtient son (baccalauréat) en 1952. Du fait de cette formation initiale et de sa socialisation familiale, à la fin de ses études secondaires, il souhaite devenir prête. Une des nonnes chargée de l'enseignement dans cette école lui transmet sa passion pour la langue allemande. Il étudie donc cette langue à l'Université du Cap et décroche une licence en allemand et en histoire en 1955 puis un master en allemand en 1957 pour lequel il rédige un mémoire sur le théâtre baroque silésien d'Andreas Gryphius et de Daniel Caspar von Lohenstein. Rapidement après son arrivée au Cap, Neville Alexander s'intéresse au socialisme radical, notamment sous l'influence de l'ami de sa mère qui l'accueille sur place et qui est membre de la (affiliée au Non-European Unity Movement). Il devient agnostique, découvre les thèses de Karl Marx et de Léon Trotski et participe à créer un mouvement étudiant radical, la Cape Peninsula Students’ Union, également affiliée au Non-European Unity Movement).
A partir de 1957, grâce à une bourse de la Fondation Alexander von Humboldt, il poursuit ses études à l'Université de Tübingen, en Allemagne de l'Ouest, où il obtient en 1961 un doctorat en littérature allemande (pour une thèse sur l'évolution stylistique de l'œuvre dramatique de Gerhart Hauptmann). Il adhère à l'Union socialiste allemande des étudiants, et fait la connaissance de nombreux étudiants algériens et cubains au contact desquels il approfondit sa réflexion sur l'anticolonialisme et la guérilla. Son intérêt pour le trotskysme le rend également de plus en plus critique du Parti Communiste Sud-Africain et du stalinisme.
Engagement contre l'apartheid
Engagement à l'extrême gauche De retour en Afrique du Sud en 1961, Alexander enseigne au du Cap tout en poursuivant son engagement politique. Convaincu que la lutte contre l'apartheid doit également prendre une dimension révolutionnaire et passer par la guérilla, il est exclu de African Peoples Democratic Union of Southern Africa (APDUSA) qui succède au Non-European Unity Movement. Avec Dulcie September, et , il participe à la création du , d'obédience maoïste, puis du National Liberation Front (NLF), destiné à rassembler des militants de différentes sensibilités opposés à l'apartheid. En juillet 1963, il est arrêté avec plusieurs membres du NLF. En avril 1964, il est reconnu coupable de complot en vue de commettre des actes de sabotage et condamné à dix ans de prison.
Emprisonnement sur Robben Island Entre 1964 et 1974, Neville Alexander est détenu à Robben Island, où il partage notamment sa captivité avec Nelson Mandela, Walter Sisulu et . Malgré les conditions de détention, les prisonniers organisent une intense activité intellectuelle souvent qualifiée d'« Université de Robben Island ». Neville Alexander y enseigne l'histoire, participe à des séminaires informels et encourage l'apprentissage des langues africaines ainsi que la réflexion critique sur l'histoire sud-africaine. Il considère par la suite cette expérience comme un moment décisif dans sa formation intellectuelle, lui ayant appris les principes du dialogue démocratique et de la coopération entre militants d'horizons politiques différents.
Activités après sa libération Libéré en 1974, Alexander est soumis pendant cinq ans à une interdiction d'activité politique et à une assignation à résidence. Durant cette période, il dialogue avec le Black Counsciousness Movement. Il rédige One Azania, One Nation, publié en 1979 sous le pseudonyme « No Sizwe », l'ouvrage étant interdit en Afrique du Sud. Dans ce texte, il continue sa réflexion sur l'anticolonialisme, le socialisme mais il tente également de proposé une définition de la nation allant à l'encontre de celle proposé par les suprémacistes blancs de l'apartheid.
À partir de la fin des années 1970, il reprend une carrière universitaire à l'University of Cape Town où il enseigne la sociologie. Il participe à plusieurs organisations œuvrant pour une éducation démocratique, notamment le South African Committee for Higher Education. Il joue également un rôle important dans le National Languages Project, qui promeut les langues africaines dans l'enseignement et la vie publique.
Post-apartheid En 1990, il participe à la fondation de la (WOSA), organisation trotskiste défendant les intérêts des classes populaires dans l'Afrique du Sud en transition. WOSA participe aux élections de 1994 mais n'obtient que .
Alexander mène également un travail important dans le domaine des politiques linguistique et d'éducation en Afrique du Sud. Au sein d'organisations telles que le (qu'il fonde et dirige de 1992 à 2011) et le Language Plan Task Group, créé en 1995, il aura une influence importante sur les politiques adoptées par la ministère de l’Éducation de l'Afrique du Sud postapartheid. Il est aussi membre du Conseil d'administration de l'Académie africaine des langues. Au sein de ces institutions, il défend une conception du multilinguisme fondée sur l'égalité des langues nationales et critique la domination croissante de l'anglais dans la société sud-africaine. Selon lui, une véritable démocratie suppose que chaque citoyen puisse recevoir une éducation et participer à la vie publique dans sa langue maternelle. Pour ce travail Neville Alexander reçoit le en 2008.
Décès Neville Alexander meurt le au Cap, à l'âge de 75 ans. Son œuvre demeure une référence dans les domaines de la politique linguistique, de l'éducation et de la pensée critique sur la transition démocratique sud-africaine. Ses archives personnelles ont été données à la bibliothèque de l'Université du Cap. En 2014, le fonds Neville Alexander est intégré aux collections de manuscrits et d'archives de la bibliothèque. L'université baptise également un bâtiment de son campus en son honneur.
Œuvres principales
One Azania, One Nation (1979, sous le pseudonyme No Sizwe) Education and the Struggle for National Liberation in South Africa (1990) An Ordinary Country: Issues in the Transition from Apartheid to Democracy in South Africa (2003)
Notes et Références
Catégorie:Étudiant de l'université de Tübingen Catégorie:Étudiant de l'université du Cap Catégorie:Militant sud-africain Catégorie:Mort d'un cancer en Afrique du Sud Catégorie:Décès en 2012 Catégorie:Naissance en 1936 Catégorie:Trotskiste Catégorie:Trotskisme Catégorie:Prisonnier sud-africain