Susan Edmonstone Ferrier, née le à Édimbourg en Écosse et morte le dans la même ville, est une romancière et femme de lettres écossaise. Ses romans, qui offrent une peinture vivante de la vie en Écosse et présentent des points de vue incisifs sur l’éducation des femmes, sont restés populaires tout au long du XIX siècle.

Biographie Susan Ferrier était la plus jeune fille de Helen Coutts (1741–1797) — fille de Robert Coutts, un fermier des environs de Montrose — et de James Ferrier (1744–1829), avocat ("Writer to the Signet") et l’un des principaux greffiers de la "Court of Session", poste auquel il fut collègue de Sir Walter Scott. Susan est probablement née à Lady Stair’s Close, à Édimbourg, au sein d’une fratrie de dix enfants ayant survécu à l’enfance et dont elle était la neuvième.

Ferrier reçut une éducation privée. Grâce à sa famille, elle fréquenta de nombreuses personnalités d’Édimbourg, notamment Scott et le romancier Henry Mackenzie. En 1797, son père l’emmena à Inveraray, demeure de son client et mécène John Campbell, 5e duc d’Argyll. Elle se lia d’amitié avec la famille, et plus particulièrement avec l’une des petites-filles, Charlotte Clavering (morte en 1869), avec qui elle entretint une correspondance. Clavering participa initialement à la rédaction du premier roman de Ferrier, Mariage, bien que sa contribution se soit finalement limitée à la section intitulée « L’Histoire de Mme Douglas ». Certaines lettres échangées entre Ferrier et Clavering figurent dans les pages liminaires d’une édition de ses romans en six volumes.

Après le décès de sa mère, Ferrier tint la maison pour son père, ses trois sœurs aînées étant mariées. Comme beaucoup de familles aisées d’Édimbourg, ils louaient une maison à la campagne pour l’été, East Morningside House. C’est là qu’elle écrivit L’Héritage. Elle souhaitait toujours que ses œuvres paraissent anonymement, mais son identité était alors largement connue.

En 1811, Ferrier rendit visite à Scott à Ashiestiel Farm and House, sur les rives de la Tweed, près de Clovenfords dans les Scottish Borders ; elle y retourna en 1829 et 1831, dans sa nouvelle demeure d’Abbotsford House. Ils appréciaient mutuellement leur compagnie ; Scott écrivit à son sujet : « Cette personne douée, outre ses grands talents, a une conversation qui est la moins exigeante de tous les auteurs — du moins parmi les femmes… : simple, pleine d'humour, prompte à la répartie, et tout cela sans la moindre affectation de bas-bleu. » En 1825, il la cita dans la même phrase que Maria Edgeworth et Frances Burney. Le récit que fit Ferrier de ces visites fut publié à titre posthume dans le magazine Temple Bar (1874).

Les goûts littéraires de Ferrier transparaissent dans sa correspondance. Elle admirait Jane Austen et Scott (bien qu’elle émit des réserves sur certaines œuvres de ce dernier), mais méprisait John Galt et John Gibson Lockhart. Elle effectua son dernier séjour à Londres en 1830 pour consulter un oculiste ; elle logea alors dans la villa de Lord Casilis à Isleworth, qui servit de modèle à la demeure baptisée « Woodlands » dans le roman Destinée.

Élevée au sein de l’Église d’Écosse, Ferrier rejoignit la Free Church après le Grand Schisme de 1843. Ses problèmes oculaires contribuèrent à l’isoler du monde durant ses vieux jours. Elle s’éteignit le 5 novembre 1854 au domicile de son frère, au 38 Albany Street à Édimbourg, et fut inhumée aux côtés de sa famille dans le cimetière de l’église Saint-Cuthbert. Sa tombe se trouve contre un mur de séparation principal, juste au nord de l’église.

Le frère aîné de Ferrier épousa la sœur de John Wilson, auteur publiant sous le pseudonyme de Christopher North.

Ses romans Ferrier a écrit trois romans. Mariage (Marriage) fut rédigé en 1810 mais fit l’objet de nombreuses révisions. L’ouvrage parut anonymement en 1818 chez l’éditeur écossais William Blackwood, qui en fit l’acquisition pour 150 livres sterling. Il connut un succès remarquable. Deux traductions françaises furent publiées en 1825.

En 1824, Blackwood accepta de payer livres pour le deuxième roman, L’Héritage (The Inheritance) ; selon les spécialistes du , celui-ci « mêle un moralisme sentencieux à une observation détaillée, ironique et caustique de ce "récit maintes fois conté" : les raisons qui rendent les unions heureuses ou malheureuses ». Sa traduction en français est de la même année.

Le troisième roman, Destinée (Destiny), fut dédié à Scott ; Robert Cadell, éditeur à Édimbourg, accepta d’en payer 1700 livres en 1831.

En 1841, Ferrier vendit les droits d’auteur de ses trois romans à Richard Bentley, qui les réédita dans une version illustrée intégrant des révisions de l’auteure. Cette édition fut réimprimée en 1851, mentionnant pour la première fois le nom de Ferrier en tant qu’autrice. La library edition parue en 1881 et 1882 comprenait une biographie.

Un ouvrage consacré à sa biographie et à sa correspondance fut publié en 1898. Si les analyses critiques modernes sont restées rares, la Bibliothèque nationale d’Écosse a toutefois réalisé, en 1982, un catalogue complet de ses œuvres et de sa vie à l’occasion d’une exposition.

Ses romans allient humour, descriptions vivantes de la vie sociale écossaise et regards acérés sur le mariage et l’éducation des femmes. Ils conservèrent leur popularité tout au long du XIXe siècle. Au XXe siècle, cet engouement commença à s’estomper, bien que des éditions de Marriage soient parues sporadiquement depuis la Seconde Guerre mondiale.

Selon un ouvrage d’histoire littéraire du début du XXe siècle : « Dans les romans de Susan Edmonstone Ferrier, on retrouve quelque chose du sarcasme brut de Smollett, mêlé à une forte tonalité didactique et à des élans sentimentaux qui pourraient être attribués à Mackenzie. Elle a peut-être une dette envers son ami Scott pour ses descriptions de la vie écossaise, mais Maria Edgeworth fut son principal modèle. » L’ouvrage critique ses œuvres pour leur intrigue relâchée et leur « facture grossière », mais salue leur vigueur et les qualifie de « fraîches et intéressantes ».

Il a été récemment avancé que ces trois romans forment une trilogie — une exploration approfondie des thèmes de la nation, de l’histoire et de l’évolution de la conscience féminine.

Notes et références

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