Gayton McKenzie (né le ) est un homme d'affaires et un homme politique national-conservateur et xénophobe sud-africain. A l'âge de 21 ans, McKenzie est condamné et purge sept ans de prison pour vol à main armée. Il se fait connaître en dénonçant les conditions de détention dans un reportage, puis dans des livres. En 2013, McKenzie cofonde un parti politique, la (PA), classé entre la droite et l'extrême droite, dont il est le président. De 2022 à 2023, il a été maire de la municipalité du district de Central Karoo. Depuis juillet 2024, il occupe le poste de ministre des Sports, des Arts et de la Culture au sein du Gouvernement d'unité nationale (GNU). Il se définit comme Coloured.
Jeunesse et activités professionnelles Gayton McKenzie nait le . Il grandit dans le quartier coloured d'Heidedal à Bloemfontein, en Afrique du Sud. Il évolue dans un milieu populaire marqué par la pauvreté et l'emprise des gangs. Si sa famille n'est pas impliqué dans les activités illégales, McKenzie explique avoir été dès son enfance attiré par la criminalité, notamment par le biais d'un voisin membre de gang. Il raconte avoir rejoint un gang dès sa préadolescence.
Après avoir passé sept ans en prison à partir de l'âge de 21 ans pour vol à main armée, McKenzie se fait connaître au début des années 2000 grâce à son rôle dans une enquête sur les conditions de détention. Avec trois autres détenus (dont ), il filme clandestinement des agents pénitentiaires se livrant à des actes de corruption et à des activités illégales. Les images, montrant des scènes de la prison de Grootvlei, ont indigné le public et mis en lumière les conditions déplorables qui règnent dans les établissements correctionnels sud-africains. Cette enquête a permis sa libération anticipée et l'ouverture d'une commission d'enquête.
À sa sortie de prison, il se lance dans diverses activités - de l'exploitation minière au Zimbabwe aux boîtes de nuit en Afrique du Sud - aux côtés de son ancien codétenu Kenny Kunene. Il utilise son expérience de « criminel repenti » et ses succès d'homme d'affaires pour devenir conférencier et coach en développement personnel. Il publie également plusieurs livres sur son parcours, notamment A Hustler's Bible.
Carrière politique
Création de la Patriotic Alliance et premières élections Avec , Gayton McKenzie fonde le parti politique le et en devient le premier président. Le parti est initialement principalement implanté au Cap, dans les Cape Flats. Avant 2013, Gayton McKenzie était proche de certains hommes politiques de l', notamment Jacob Zuma ou Baleka Mbete (liens mis en lumière lors d'une suspicion de montage financier dont ils auraient bénéficié), sans être membre de ce parti. Kunene quitte lui les Economic Freedom Fighters (EFF) au moment de créer la « Patriotic Alliance ».
La PA participe aux élections générales de 2014 mais obtient un score trop faible pour entrer au Parlement. Ils se font par contre connaître pour leur recours aux lettres ouvertes afin de susciter le débat politique, de provoquer la polémique et d’attirer l’attention. C'est notamment la cas dans une lettre dénonçant la capture de l'État sous Jacob Zuma ou les politiques de nationalisation prônées par l'EFF et la personnalité de Julius Malema. La PA obtient ses premiers élus en 2016 et Gayton McKenzie multiplie les apparitions médiatiques. Lors des élections municipales de 2021, la PA remporte des dizaines de sièges municipaux et devient un faiseur de majorités dans plusieurs conseils municipaux, notamment à Johannesburg, Tshwane, Ekurhuleni et Knysna. McKenzie acquiert alors une influence politique bien supérieure au poids électoral de son parti grâce aux négociations de coalition.
En 2022, il est élu maire du District du Karoo Central où il habite (même s'il possède également des maisons à Johannesbourg et au Cap). Durant la campagne, il fait de nombreuses promesses : éradication des , réparation des piscines municipales. Il promet aussi de ne pas toucher son salaire de maire et de faire du district une zone « sans migrants illégaux ». Il ne tient pas au partiellement ces promesses et démissionne en mai 2023 expliquant avoir également promis qu'il ne serait maire qu'un an.
Ministre des Sports, des Arts et de la Culture Lors des élections générales de 2024, Gayton McKenzie est élu député après une campagne aux accents xénophobes organisée autour du slogan « ». Ce slogan, qui signifie en xhosa et en zulu « qu'ils partent », était utilisé par la Patriotic Alliance pour réclamer l'expulsion des étrangers d'Afrique du Sud. Le , après des négociations lors desquelles Gayton McKenzie aurait souhaité être nommé , il est nommé ministre des Sports, des Arts et de la Culture dans le « Gouvernement d'Union Nationale » de Cyril Ramaphosa.
Plus que par des réformes structurelles du ministère, le mandat de Gayton McKenzie est marqué par une forte présence médiatique, la multiplication des annonces et plusieurs polémiques ( ci-dessous). Dès sa nomination il s'engage immédiatement à reverser l'intégralité de son salaire ministériel à une association caritative œuvrant pour la recherche d'enfants disparus. Ce geste suscite la polémique, car cette association, la Fondation Joslin Smith, avait été fondée par McKenzie lui-même quelques semaines auparavant seulement. Il promet également de faire du un sport national ou de ramener la Formule 1 en Afrique du Sud.
Pendant les Jeux olympiques de Paris 2024, McKenzie se montre très présent auprès de la délégation sud-africaine. Il promet d'améliorer les conditions offertes aux sportifs et d'accroître les investissements dans le sport de haut niveau. Cependant, sa présence à Paris fait polémique après des révélations sur le coût élevé de la délégation ministérielle.
Gayton McKenzie intervient dans plusieurs conseils d'administration d'organismes culturels et patrimoniaux. Il dissout ainsi le conseil d'administration de l'agence antidopage sud-africaine (le ) ou du . De même, il nomme certains de ses proches au sein du bureau du , chargé de distribuer des financements. Ses partisans présentent ces changements comme une tentative de remettre de l'ordre dans des institutions jugées inefficaces, tandis que ses opposants l'accusent d'avoir procédé à des nominations trop proches de son parti politique, le Patriotic Alliance.
Controverses
Allégations de corruption En 2010, McKenzie est engagé par la société aurifère Gold Fields comme consultant afin d'aider l'entreprise sur les questions liées au Black Economic Empowerment (politique publique de discrimination positive ayant pour but de rectifier les inégalités créées par l'apartheid dans les entreprises). Plusieurs enquêtes journalistiques révèlent que McKenzie aurait dépassé le rôle qui lui a été attribué et plusieurs de ses proches (amis, partenaires d'affaires, membres de sa famille élargie et collaborateurs) auraient reçu des participations représentant une valeur totale estimée à plus de . McKenzie admet avoir travaillé sur le programme BEE de Gold Fields et que certaines personnes qu'il connait ont bénéficié de cette politique. Il nie toutefois tout acte répréhensible. Les allégations formulées contre McKenzie n'ont pas débouché sur une condamnation judiciaire le visant.
En 2022, Gayton McKenzie, alors maire de la municipalité du district du Karoo central, récolte lors d’un dîner de gala organisé à Sandton dans le cadre d’une collecte de fonds. Cette somme, qui devait notamment servir à l'éradication des et à la réparation des piscines municipales, ne sera jamais versée sur les comptes bancaires de la municipalité. En 2023, Eugene Botha, responsable national des affaires juridiques de la (PA) et sur le compte bancaire duquel l’argent a été retrouvé, déclare que cette somme avait été considérée comme un don à la PA déclaré à la Commission électorale indépendante (IEC). Il revient ensuite sur ces propos en affirmant que les dons étaient destinés à un projet spécifique de McKenzie, et non au parti. McKenzie explique quant à lui que l'argent a été utilisé directement pour financer des projets dans le Central Karoo, en dehors des comptes municipaux, et qu'il a lui-même ajouté des fonds personnels lorsque cela était nécessaire. En 2024, la Haute Cour du Cap-Occidental a ordonné à McKenzie et au cabinet d’avocats lié à Botha, Botha E & Erasmus Y Inc, de remettre les documents pertinents aux enquêteurs chargés d’examiner les allégations de corruption. Le tribunal a estimé que l'argument selon lequel il s'agissait de projets « personnels » n'était pas convaincant, compte tenu du fait que la collecte de fonds avait été présentée dans le cadre de ses fonctions de maire.
Liens avec les gangs Gayton McKenzie, ancien chef de , condamné a purgé une peine de 17 ans de prison pour vol, est soupçonné d’entretenir des liens avec des membres de gangs en tant que chef du parti de la (PA). Au moment de la création du parti, , ancien chef de gang des , rejoint la PA avant de se retirer de la politique en 2014. McKenzie dit entretenir des contacts avec des membres et anciens membres de gangs en présentant ces rencontres comme des initiatives de paix plutôt que comme un soutien aux organisations criminelles.
En 2024, un enregistrement d'une conversation téléphonique attribuée à Juwairiya Kaldine, trésorière régionale de la Patriotic Alliance et conseillère municipale à Johannesbourg, permet au Mail & Guardian de faire plusieurs révélations. Dans cet enregistrement, Kaldine affirme que le parti aurait été financé en partie par des fonds provenant d'activités criminelles liées à Chinelle Stevens, secrétaire générale de la PA et fille du défunt William « Red » Stevens, présenté comme une figure du crime organisé au Cap. Elle allègue également que les élus du parti étaient tenus de verser une partie de leurs indemnités pour financer les activités de la PA. Gayton McKenzie a rejeté l'ensemble de ces accusations, qualifiant l'enregistrement de falsifié et affirmant que Kaldine avait nié avoir tenu ces propos. L'article rapporte également des accusations formulées par Jermaine Prim, un gangster d’Eldorado Park poursuivi pour fraude, selon lesquelles McKenzie serait intervenu, en tant que ministre, auprès des autorités pénitentiaires afin d'obtenir son transfert vers une prison de haute sécurité. McKenzie a reconnu avoir signalé Prim aux autorités correctionnelles, mais a nié toute implication dans une décision administrative, affirmant agir dans le cadre de la lutte contre la criminalité. Aucune des allégations présentées dans l'enquête n'a donné lieu à une condamnation judiciaire.
Xénophobie et racisme Gayton McKenzie a fait de la lutte contre l'immigration un thème central de son discours politique. En août 2022, il explique qu'il n'hésiterait pas à couper l'alimentation en oxygène d'un patient étranger pour sauver un Sud-Africain. Dans un contexte où le personnel des hôpitaux refuse souvent, en violation de la loi, de soigner les personnes considèrées comme « étrangères », le réclame, sans succès, des sanctions pénales, qualifiant la menace de McKenzie d’incitation au meurtre.
En janvier 2024, il organise avec les membres de son parti des patrouilles controversées pour surveiller la frontière entre l'Afrique du Sud et le Zimbabwe. En juillet 2024, il remet en cause le droit de Chidimma Adetshina, qui a des origines nigérianes à participer au concours de Miss Afrique du Sud. Ces actions et son discours sont dénoncés par plusieurs ONG comme xénophobes et anti-immigration et comme un moyen de désigner à moindre coût un bouc émissaire, ce qui met en danger les personnes perçues comme étrangères (fréquemment prises pour cible en Afrique du Sud).