Alouen est un collectif LGBT algérien créé en 2011. Il reprend l'organisation du TenTen, la « gay pride algérienne » à partir de 2013 et lutte contre les discriminations en coopération avec des organismes transnationaux comme les Nations Unies.

Contexte algérien

L'homosexualité est punie selon les articles 333 et 338 du code pénal. Dans l'article 333, l'homosexualité est assimilée à un acte « contre nature » et prévoit une peine d'emprisonnement de six mois à trois ans et une amende de 1000 à 10.000 dinars. L'article 338 prévoit des peines plus faibles (2 mois à 2 ans de prison, 500 à 2000 dinars) mais la sanction peut être aggravée si l'un des deux inculpés est mineur. Behind the Mask estime que les attitudes en Algérie sont « violemment homophobes » et fait état des risques d'assassinats et de crimes d'honneurs perpétrés par des fondamentalistes musulmans et autres homophobes. Les hommes d'État affirment quant à eux que l'homosexualité n'existe pas en Algérie.

Les personnes LGBT sont donc contraintes de se cacher pour leur propre sécurité. Elles préfèrent se retrouver sur Internet (notamment sur des forums) qui permettent l'anonymat et faire du cyberactivisme, bien que quelques cafés et bar gay-friendly (tolérants envers les clients LGBT) existent et se font connaître par le bouche-à-oreille.

Histoire et fonctionnement Alouen est créé en 2011 à Oran par trois militants anonymes. Elle ne peut pas s'établir comme association à cause des mesures répressives de l'État. Sa naissance officielle est rétrospectivement établie au 10 octobre 2011, date du TenTen, la journée nationale des LGBT décrétée par le collectif Abu Nawas.

Alouen s'appuie sur des campagnes en ligne : il profite du contexte politique agité de 2011 pour lancer des profils sur Facebook et Twitter « en toute discrétion ».

Alouen signifie « couleurs » en arabe. Le terme est choisi pour rappeler le symbole du drapeau des fiertés. La langue arabe est également utilisé dans la communication sur les réseaux alors que les militants s'expriment tous en français. Le choix de l'arabe signifie « l'appartenance à l'Algérie. C'est une manière de montrer que le combat est prioritairement algéro-algérien et concerne la revendication des droits d'existence [...] dans la société algérienne ».

En 2017 le collectif compte 20 membres âgés de 20 à 42 ans et habitant soit en Algérie soit en France. L'organisation au sein du collectif se fait majoritairement via Internet. C'est grâce aux réseaux sociaux que la vérité sur le statut des Algériens LGBT peut être partagée. Comme Alouen ne peut pas prétendre au statut d'association, le collectif n'est pas habilité à ouvrir des collectes de fonds. Il est donc entièrement autofinancé grâce aux cotisations annuelles des membres et les participations ponctuelles pour des événements précis.

En raison du contexte algérien, Alouen doit limiter la quantité d'informations qu'il publicise. Il est parfois contraint de travailler clandestinement sans contact avec la population sur le terrain. Les comptes du collectif, sur les réseaux sociaux et messageries en ligne sont souvent victimes de piratage.

Revendications Les objectifs d'Alouen sont multiples : « briser le cadre juridique et social qui nous condamne pour notre orientation », mettre fin à l'invisibilité des personnes LGBT en Algérie et préparer leur acceptation au sein de la société, lutter contre le sida. La création d'un espace d'expression pour pouvoir faire communauté est également central dans la démarche du collectif.

Suite à un meurtre homophobe en 2019, Alouen communique sur les réseaux sociaux pour lier clairement l'assassinat à la propagande homophobe du gouvernement et des autorités religieuses. Le but est de contredire les élus qui prétendent publiquement qu'il n'existe pas d'homosexuels en Algérie.

Certains des membres d'Alouen se revendiquent à la fois homosexuel et musulman, mais cette position n'est pas unanime. Le collectif revendique être apolitique et non confessionnel.

Militantisme En 2012, Alouen mène des enquêtes sur Internet et estime que 75% des Algériens homosexuels méconnaissent les risques liés au sida. Le collectif continue sur cette lancée pour créer de la documentation sur les conditions de vie en Algérie dans le but de lancer l'alerte et trouver des solutions avec d'autres organismes nationaux et non gouvernementaux. Cette même année le collectif participe à la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie pour la première fois.

En 2013, Alouen créé une radio diffusée sur Youtube et produite grâce à Skype car les présentateurs ne vivent pas dans la même ville. Les premiers épisodes du podcast d'Alouen compte chacun jusqu'à 350 écoutes et téléchargements.

La même année, les membres d'Alouen et d'autres militants tentent d'organiser la première manifestation lesbienne d'Algérie. Elle est réprimée par la police soutenue par de nombreux civils et les manifestants décident d'abandonner l'effort. Si cette manifestation avortée n'est pas traitée par la presse, elle permet à Alouen de se faire connaître parmi la communauté LGBT locale.

C'est aussi en 2013 qu'Alouen reprend l'organisation du TenTen, la « gay pride algérienne » créé et organisé depuis 2007 par Abu Nawas. Cet événement annuel, organisé le 10 octobre, consiste à allumer une bougie, la prendre en photo et la poster sur les réseaux sociaux en soutien aux Algériens LGBT et à l'égalité de droits. Le thème de l'édition 2013 est le partage.

En 2014, Alouen lance un magazine trimestriel numérique sur les thèmes LGBT : El Shad. Il intégralement écrit par les personnes LGBT algériennes. Le premier numéro est publié le jour du souvenir trans et traite de l'existence trans en Algérie.

En 2016, en collaboration avec MantiQitna, Alouen rédige une série de recommandations pour l'amélioration des conditions de vie des personnes LGBT en Algérie. Porté par les Nations Unies, ce document est soumis au gouvernement algérien. Les recommandations ne sont pas suivies mais Ramtane Lamamra, le ministre des Affaires Étrangères, publie un communiqué auprès du Human Rights Council à leur sujet. Selon les militants, cette réaction est en soi une victoire puisqu'elle prouve que les recommandations sont lues.

Leur engagement dépasse les simples sujets LGBT : en 2019, Alouen participe aux révoltes populaires qui suivent l'élection d'un nouveau gouvernement et demandent aux élites politiques de mettre fin à la corruption et à l'omniprésence de l'islamisme. La même année, ils commencent à tenir un annuaire des médecins locaux qui acceptent d'accompagner les personnes LGBT.

Le collectif cherche à créer des liens avec l'autres associations LGBT et organismes transnationaux pour amplifier sa voix. En 2019, il présente un rapport détaillé au Conseil des droits de l'homme des Nations unies où il décrit les violences homophobes et transphobes au sein du pays. Alouen est membre de l'ILGA.

Notes et références

Liens externes

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