Giustizia sociale est un journal fondé en 1943 par Carlo Veratti.

Histoire

Contexte politique et syndical Lancé en octobre 1943, la parution du journal Giustizia sociale : journal des travailleurs, s'inscrit plus largement dans le cadre local de la province de Modène, plus spécifiquement durant les premiers mois de la République sociale italienne (RSI) fondée en septembre de la même année par Mussolini.

Divisés entre radicaux et modérés, certains représentants, notamment dans le domaine syndical, du fascisme modénais lancèrent des propositions de collaboration aux antifascistes, en faisant valoir, dans le cas des communistes, l'objectif commun de confier le gouvernement du pays « seulement et exclusivement à la classe des travailleurs ». Comme le souligne l'historien Claudio Silingardi : « Le débat sur le syndicat commence par un article du syndicaliste fasciste Nino Saverio Basaglia qui, dans la Gazzetta dell'Emilia du 19 octobre, propose la création d'un syndicat libre de toute tutelle politique, jouissant d'une égalité juridique absolue avec les organisations patronales, tenant compte du "pitoyable échec des corporations" et du désarroi des masses. »C'est dans ce sillage que Giustizia sociale voit le jour. « Journal des travailleurs » ayant délibérément supprimé le terme « fasciste », il était l'organe du Syndicat des travailleurs de l'industrie (Unione lavoratori dell’industria).

Le journal : ses collaborateurs et ses buts Dirigé par l'ancien socialiste et secrétaire de la Chambre du Travail unitaire dans la période d'après-guerre Carlo Veratti et Vittorio Messerotti, ancien membre du mouvement anarchiste, Giustizia sociale comptait parmi ses collaborateurs « d’anciens socialistes locaux » et se fixait pour objectif, non seulement de « faire revenir le syndicalisme fasciste à ses origines révolutionnaires », mais aussi d'encourager « la collaboration des travailleurs de toutes tendances et de toutes convictions » : « Son objectif affiché est la création d'un syndicat unique, libre, composé de travailleurs libres, réunissant en son sein des majorités et des minorités de toutes croyances politiques et religieuses. »Dans son article introductif, le journal écrivait : « Que propose donc notre travail de propagande et d'action ? Il s'agit de réaffirmer, sous toutes ses formes et par tous les moyens, le concept du travail comme fondement de l'économie ; de dire clairement, en face de tous, ce que nous pensons des ravages qui, depuis non pas aujourd'hui mais depuis plus de vingt ans, s'accumulent sur les voies de la vie sociale […] Giustizia Sociale a, dans son titre même, un programme et une garantie. Pour vous, employés et ouvriers de l'industrie, c'est un drapeau : gardez-le bien haut au milieu des confusions, des incompréhensions et des fausses démagogies de l'heure présente, en cette période de danger et de combat. »Ayant joué, selon le chercheur Luigi Malavasi, un « rôle de premier plan dans le débat sur le syndicalisme », le journal ne nie pas qu'un « large sentiment de méfiance à l'égard du syndicalisme fasciste soit répandu parmi les masses, et en attribue la principale responsabilité au système de désignation des représentants ». Dans le premier numéro, est publié un article de Carlo Veratti très critique à l'égard du Parti fasciste et qui soulève la question de l'augmentation des salaires.

Aussi, dans une réponse à une lettre de Anselmo Forghieri (ex-anarchiste puis socialiste passé au fascisme) remettant en cause le syndicalisme du régime et son action, Giustizia sociale écrit : « C'est au syndicats que (le travailleur) doit son émancipation politique et il est passé de l'état de serf à celui de peuple conscient, de citoyen conscient de ses droits et de ses devoirs envers la nation et la patrie ; c'est au syndicat qu'il doit l'amélioration de ses conditions économiques, et c'est pour cela qu'il est resté fidèle au syndicat même s'il a été apparemment absent durant les vingt années pendant lesquelles le syndicat et les syndicalistes n'ont certes pas eu de chance. »

Polémiques et fermeture Les ouvertures de Giustizia sociale, qui de fait « soutint […] la tentative du fascisme républicain de gagner le soutien de la classe ouvrière », en comptant parmi ses collaborateurs « plusieurs personnalités jouissant d'un prestige incontestable dans le syndicalisme de l'immédiat après-guerre », provoquèrent de vives réactions de la part de l'aile intransigeante du fascisme modénais. Un rédacteur de la Gazzetta dell'Emilia reprocha au nouveau journal de « sentir beaucoup trop la Chambre du travail démocratique, donc antirévolutionnaire ». La polémique se poursuivit au cours des mois suivants, jusqu'à la décision – prise sur ordre du ministère de la Culture populaire – de faire fermer Giustizia sociale et même d'arrêter certains rédacteurs.

Collaborateurs

Carlo Veratti Vittorio Messerotti Anselmo Forghieri

Notes et références

Bibliographie

Claudio Silingardi, "Giustizia sociale" e il sindacalismo fascista a Modena (1943-1945), in Maurizio Degl'Innocenti, Paolo Pombeni, Alessandro Roveri, Il Pnf in Emilia Romagna. Personale politico, quadri sindacali, cooperazione, Milano, FrancoAngeli, 1988. Luigi Malavasi, Il fascismo modenese: il periodo della RSI, La Nuova Prima pagina, 14 août 2016. Claudio Silingardi, Una provincia partigiana. Guerra e Resistenza a Modena, 1940-1945, FrancoAngeli, 1998. Ermanno Gorrieri, La Repubblica di Montefiorino. Per una storia della Resistenza in Italia, Il Mulino, 2024.

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