vignette|414x414px|Première page de la loi d'Æthelberht.
La loi d'Æthelberht est un code juridique anglo-saxon attribué à Æthelberht, roi du Kent au début du . Il s'agit du plus ancien code juridique rédigé dans une langue germanique connu, bien que sa seule copie subsistante figure dans un manuscrit du début du , le Textus Roffensis.
Ce code vise principalement à préserver l'harmonie sociale par le biais de compensations et de sanctions pour les préjudices corporels, une pratique typique des systèmes juridiques d'origine germanique. Les compensations sont établies selon le rang social, du roi à l'esclave. Les dispositions initiales du code offrent une protection à l'Église. Bien que ces dernières constituent probablement des innovations, une grande partie du reste du code pourrait provenir d'une coutume juridique plus ancienne, transmise oralement.
Manuscrit, éditions et traductions
Il ne subsiste qu'une copie de la loi d'Æthelberht. Elle figure dans le Textus Roffensis, une compilation de textes juridiques, de listes de rois et de généalogies royales assemblée au début des années 1120, cinq cents ans après l'époque d'Æthelberht. La loi d'Æthelberht en occupe les folios 1v à 3v. Elle est suivie par les codes des autres souverains du royaume du Kent, qui précèdent eux-mêmes les codes des rois du Wessex et d'Angleterre, ainsi que des chartes relatives à la cathédrale de Rochester.
La compilation du Textus Roffensis est réalisée à l'instigation de l'évêque de Rochester Ernulf, ami de l'évêque canoniste Yves de Chartres. Comme ce dernier, Ernulf s'intéresse de près au droit canonique. Il est également à l'origine de la production de copies de la Chronique anglo-saxonne au prieuré de la cathédrale de Cantorbéry lorsqu'il en est le prieur, puis à l'abbaye de Peterborough lorsqu'il en devient l'abbé.
L'antiquaire anglais du réalise vers 1589 une transcription du Textus Roffensis qui est conservée au British Museum sous la cote MS Cotton Julius CII. En 1639, un autre antiquaire anglais, Henry Spelman, propose une traduction latine des dispositions relatives à l'Église dans son ouvrage (1639). L'année suivante, le géographe anversois Johannes de Laet traduit l'intégralité du code en latin. Sa version, qui n'est pas conservée, sert de base à celle de plusieurs auteurs du , dont les premiers sont George Hickes et Humfrey Wanley dans leur Linguarum veterum septentrionalium thesaurus grammatico-criticus et archæologicus, paru en deux volumes entre 1703 et 1705.
De nombreuses autres traductions latines des lois du Kent ou du ont paru aux , , principalement par des éditeurs anglais et allemands. Les plus notables sont celles de dans (1897-1916, avec traduction allemande), dans (1922, avec traduction anglaise) et dans (2002, avec traduction anglaise). En 2014, une collaboration entre la cathédrale de Rochester et l'université de Manchester a permis la mise en ligne d'un fac-similé intégral du ..
Origine
Le code est attribué à Æthelberht, roi du Kent de la fin du et du début du , mort vers 616. Il est considéré comme le plus ancien texte juridique rédigé dans une langue germanique et le plus ancien document écrit en anglais qui subsiste.
Le moine et chroniqueur northumbrien Bède le Vénérable rapporte dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais, rédigée plus d'un siècle après la mort d'Æthelberht, qu'il est à l'origine d'un code de lois :
Bède poursuit en décrivant avec précision les détails du code. Le roi du Wessex Alfred le Grand, qui règne de 871 à 899, rapporte dans l'introduction de son propre code juridique qu'il a consulté les lois d'Æthelberht avant d'établir les siennes.
Néanmoins, le texte du code tel qu'il figure dans le Textus Roffensis ne mentionne pas le nom d'Æthelberht. Ce dernier apparaît uniquement dans la rubrique qui l'introduit. Il reste possible que le scribe du qui a rédigé cette rubrique ait attribué le code à Æthelberht sous l'influence de Bède. L'absence d'attribution dans le texte original pourrait indiquer que la codification des lois n'est pas à l'époque une activité réservée aux rois, contrairement aux siècles suivants.
Certains indices suggèrent que le code reprend en grande partie des coutumes plus anciennes transmises oralement. En laissant de côté les dispositions relatives à l'Église, sa structure évoque un système mnémotechnique procédant du haut vers le bas. Il commence par des dispositions relatives au roi et s'achève sur des dispositions relatives aux esclaves. De la même manière, les préjudices corporels sont traités de haut en bas, en commençant par les cheveux et en terminant par les ongles de pied. L'utilisation de procédés poétiques tels que l'assonance et l'allitération indique également l'origine orale du texte. La loi d'Æthelberht est donc largement dérivée de l', droit coutumier établi, plutôt que des (« jugements ») royaux.
On ignore cependant pourquoi ce code a été mis par écrit. La date proposée coïncide avec l'arrivée du christianisme — la religion des Romains et des Francs — chez les Anglais du Kent. Ce code pourrait être une tentative d'imiter les Romains et de présenter les Kentiens comme un peuple « civilisé » respectable. Le christianisme et l'écriture sont également favorisés par le mariage d'Æthelberht avec Berthe, fille du roi mérovingien . Le missionnaire Augustin, premier archevêque de Cantorbéry, a pu encourager la création du code. L'historien du droit Patrick Wormald estime qu'il a pour modèle le concile franc de 614 à Paris auquel ont participé l'abbé Pierre de l'abbaye Saints-Pierre-et-Paul de Cantorbéry et l'évêque de Rochester Juste. Les wergelds des religieux dans la loi d'Æthelberht sont similaires à ceux d'autres lois germaniques, comme la loi ripuaire et les lois souabes (Lex Alamannorum) et bavaroises (Lex Baiuvariorum).
Contenu
L'historien Patrick Wormald divise le texte en sections comme suit (les numéros de chapitre sont ceux des éditions d'Attenborough et Oliver) :
Dédommagements pour les hommes d'Église [Attenborough : 1 ; Oliver : 1-7] Dédommagements pour le roi et ses personnes à charge [Attenborough : 2-12 ; Oliver : 8-17] Dédommagements pour un eorl et ses personnes à charge [Attenborough : 13-14 ; Oliver : 18-19] Dédommagements pour un ceorl et ses personnes à charge [Attenborough : 15-25, 27-32 ; Oliver : 20-26, 28-32] Dédommagements pour les hommes à moitié libres [Attenborough : 26-27 ; Oliver : 26-27] Préjudices corporels [Attenborough : 33-72 ; Oliver : 33-71] Dédommagements et blessures faites aux femmes [Attenborough : 73-84 ; Oliver : 72-77] Dédommagements pour les serviteurs [Attenborough : 85-88 ; Oliver : 78-81] Dédommagements pour les esclaves [Attenborough : 89-90 ; Oliver : 82-83]
Une autre historienne du droit, Lisi Oliver, propose un découpage alternatif :
Délits contre l'Église et l'assemblée publique séculière [Oliver : 1–7] Délits concernant le roi et sa maison [Oliver : 1–7] Délits contre les eorlas (« nobles ») [Oliver : 8-17] Délits contre les ceorlas (« hommes libres ») [Oliver : 20-32] Préjudices corporels [Oliver : 33-71] Délits contre les femmes [Oliver : 72-77] Délits contre les esnas (« semi-libres », « serviteurs ») [Oliver : 78-81] Délits contre les þeowas (« esclaves ») [Oliver : 81–83]
En plus de protéger les biens de l'Église, le code offre un cadre pour réduire les conflits sociaux et leur escalade, en « réparant les torts » sans qu'il soit nécessaire d'en venir à une faide. Deux unités monétaires sont mentionnées dans le code : le scilling et le sceat . À l’époque d’Æthelberht, un sceat est une unité d'or pesant autant qu'un grain d'orge, tandis qu'un scilling, qui vaut 20 sceatas, correspond probablement à la valeur d'un bœuf.
Langue
La loi est rédigée dans un vieil anglais qui présente de nombreuses caractéristiques archaïques. Il utilise ainsi le datif pour marquer l'instrumental, une construction grammaticale présente dans d'autres langues germaniques occidentales, mais qui n'est attestée qu'une seule fois dans le reste du corpus littéraire vieil-anglais, dans la Loi de Hlothhere et Eadric où il représente sans doute une survivance archaïque. De la même manière, le code d'Æthelberht fait toujours figurer le verbe en position finale dans les apodoses, ce qui n'est pas agrammatical, mais clairement archaïque dans un contexte juridique. Le redoublement des voyelles pour indiquer la longueur (par exemple dans « pied »), courant dans toutes les langues insulaires écrites du début du Moyen Âge mais de moins en moins fréquent par la suite, est employé à trois reprises dans la loi d'Æthelberht, mais nulle part ailleurs dans le .
Le texte contient de plusieurs substantifs qui ne sont pas (hapax) ou presque pas attestés dans le reste du corpus vieil-anglais, tels que tels que (littéralement « paix de l'assemblée »), (« paiement du seigneur »), (« prix de la personne »), (« mangeur de pain »), (« saisie des cheveux ») ou (« indemnisation de la jeune fille »). La signification de certains de ces mots fait débat : par exemple, le mot , qui n'apparaît qu'au sein de mots composés hors du code d'Æthelberht, semble désigner une sorte d'affranchi. Une théorie considère qu'il fait référence spécifiquement aux habitants du Kent d'origine bretonne, mais des chercheurs plus récents, dont Lisi Oliver, estiment qu'il renvoie à un statut social sans considérations ethniques.
Références
Bibliographie
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Liens externes
La loi d'Æthelberht sur Le fac-similé du sur le site de l'université de Manchester
Catégorie:Document juridique du droit romano-germain Catégorie:Droit anglo-saxon Catégorie:Loi du VIIe siècle