Le Mouvement national de libération de la Guinée équatoriale (en espagnol : ), connu sous le sigle MONALIGE, est un mouvement politique nationaliste fondé pendant la période de la Guinée espagnole.
Dirigé dans les années 1960 par Atanasio Ndong Miyone, il constitue l'une des principales organisations engagées dans la décolonisation du territoire. Le mouvement défend l'indépendance de la colonie sous la forme d'un État réunissant le Río Muni, Fernando Póo, Annobón et les îles de la baie de Corisco.
Le MONALIGE participe à la conférence constitutionnelle de 1967-1968 et aux élections générales de 1968, lors desquelles il obtient dix des trente-cinq sièges de l'Assemblée nationale. Ses principaux dirigeants sont arrêtés ou tués après la tentative de coup d'État de mars 1969. Le mouvement est interdit en 1970 lors de l'instauration du parti unique par le président Francisco Macías Nguema. Son nom est ensuite repris par plusieurs groupes politiques établis en exil.
Histoire
Origines du mouvement nationaliste
À la fin des années 1950, la transformation administrative de la Guinée espagnole en deux provinces espagnoles favorise l'apparition d'une contestation politique parmi les fonctionnaires africains, les petits propriétaires, les chefs locaux, les employés des entreprises européennes et une partie de la population créole de Fernando Póo. La répression exercée par l'administration coloniale limite toutefois la création d'organisations politiques légales dans le territoire.
Acacio Mañé Ela, propriétaire terrien et partisan de l'indépendance, devient l'une des figures de cette première contestation. Il disparaît en novembre 1959 après son arrestation par les autorités coloniales ; les circonstances de sa mort n'ont pas été établies et il devient ensuite l'un des symboles du nationalisme équatoguinéen.
La date de création du MONALIGE diffère selon les travaux historiques. Ana Lúcia Sá situe sa formation en 1952 autour d'Atanasio Ndong, de Pastor Torao Sikara et d'autres militants. Alicia Campos documente surtout sa structuration au début des années 1960, à partir des relations entre les militants présents dans la colonie et les exilés établis au Gabon et au Cameroun.
Organisation et base sociale
Atanasio Ndong Miyone devient le secrétaire général du MONALIGE et son principal représentant à l'étranger. Parmi les premiers dirigeants figurent Abilio Balboa Arkins, Pastor Torao Sikara, Francisco Dougan Mendo, Felipe Njoli, Agustín Eñeso, Esteban Nsue, Ángel Masié et Justino Mbá.
Le Conseil supérieur du mouvement se réunit à Santa Isabel, actuelle Malabo, en septembre 1963. Le MONALIGE possède alors des sections locales dans plusieurs villes du littoral du Río Muni.
Sa base sociale est formée en grande partie par la petite bourgeoisie de la colonie, dont des commerçants, des employés, des fonctionnaires et des membres des professions libérales. Sa composition est plus diversifiée que celle de plusieurs mouvements concurrents : elle comprend des commerçants créoles, des chefs bubi et des Fang instruits originaires du continent.
Le mouvement défend une conception territoriale de la nation équatoguinéenne, dans laquelle les appartenances ethniques doivent être intégrées à un État commun. Il s'oppose aux projets de rattachement du Río Muni au Cameroun et aux revendications visant à séparer Fernando Póo de la partie continentale.
Exil et action internationale
Les restrictions imposées par l'administration espagnole conduisent Atanasio Ndong et d'autres militants à mener une partie de leurs activités depuis le Gabon. Ndong devient le représentant extérieur du MONALIGE tandis que les responsables restés dans la colonie organisent les sections locales du mouvement.
Les nationalistes équatoguinéens cherchent des soutiens au Gabon, au Cameroun, au Ghana, en Guinée, au Nigeria, en Algérie, au Congo et en Égypte. Le siège de l'Organisation des Nations unies à New York devient toutefois leur principal lieu d'action internationale.
Des représentants de la Guinée espagnole sont entendus pour la première fois par la Quatrième Commission de l'Assemblée générale des Nations unies en décembre 1962. Ils dénoncent la politique d'assimilation menée par l'Espagne et demandent l'application du droit à l'autodétermination.
En 1968, Saturnino Ibongo Iyanga, Atanasio Ndong, Pastor Torao, Armando Balboa et plusieurs comités locaux du MONALIGE adressent des pétitions au Comité spécial de la décolonisation. Saturnino Ibongo et plusieurs représentants du mouvement sont entendus par le Comité en mars 1968. Atanasio Ndong, présenté dans les documents des Nations unies comme secrétaire général du MONALIGE, intervient à son tour le 8 juillet 1968.
Régime d'autonomie
L'Espagne accorde un régime d'autonomie interne à la Guinée espagnole en 1964. Plusieurs responsables nationalistes peuvent alors revenir dans le territoire, tandis qu'Atanasio Ndong poursuit encore une partie de son action à l'étranger.
Le MONALIGE réclame l'indépendance de l'ensemble de la colonie sous la forme d'un État unique. Cette position l'oppose à l'Union Bubi, qui défend la séparation de Fernando Póo, et à une partie de l'Idée populaire de Guinée équatoriale favorable à un rapprochement avec le Cameroun.
Le parti attire des membres d'autres formations politiques pendant la période d'autonomie. Francisco Macías Nguema, vice-président du gouvernement autonome, est associé au MONALIGE pendant une partie des négociations précédant l'indépendance.
Conférence constitutionnelle
Le MONALIGE participe à la conférence constitutionnelle ouverte à Madrid en 1967 afin de préparer l'indépendance de la Guinée équatoriale. Les délégations doivent déterminer la structure territoriale du futur État, élaborer une Constitution et définir les règles des premières élections nationales.
Atanasio Ndong défend l'unité du territoire et soutient le projet de Constitution élaboré pendant la seconde phase de la conférence. Une autre partie du mouvement se rapproche de Francisco Macías Nguema et critique la méthode utilisée par les autorités espagnoles pour préparer le texte constitutionnel.
Ces divergences provoquent une division du MONALIGE entre les partisans de la stratégie de décolonisation proposée par l'Espagne et ceux qui souhaitent une rupture plus rapide avec la puissance coloniale. Atanasio Ndong appelle à approuver la Constitution lors du référendum du 11 août 1968, tandis que Macías et les séparatistes de Fernando Póo font campagne contre le texte.
La Constitution est approuvée par voix contre . Une mission des Nations unies supervise ensuite la préparation et le déroulement des élections présidentielle et législatives.
Élections générales de 1968
Le MONALIGE présente Atanasio Ndong à l'élection présidentielle du 22 septembre 1968. Les autres candidats sont Francisco Macías Nguema, Bonifacio Ondó Edu et Edmundo Bosío Dioco.
Atanasio Ndong obtient voix, soit 19,88 % des suffrages exprimés, et termine à la troisième place. Aucun candidat ne recueillant la majorité absolue, un second tour oppose Macías à Ondó Edu.
Ndong et Bosío se retirent avant le second tour, ce qui favorise la victoire de Macías, élu avec voix contre à Ondó Edu. La mission des Nations unies considère que les électeurs ont pu choisir librement leurs dirigeants.
Aux élections législatives organisées le même jour, le MONALIGE obtient dix des trente-cinq sièges de l'Assemblée nationale. Il remporte trois sièges dans le Río Muni, cinq à Fernando Póo et deux dans les circonscriptions insulaires d'Annobón, de Corisco et des Elobey.
+ Résultats électoraux du MONALIGE en 1968 Scrutin Candidat ou liste Voix Pourcentage Résultat Élection présidentielle, premier tour Atanasio Ndong Miyone 19,88 % Élections législatives Liste du MONALIGE — — 10 sièges sur 35
Participation au premier gouvernement
La Guinée équatoriale devient indépendante le 12 octobre 1968. Francisco Macías Nguema forme un gouvernement de coalition comprenant des représentants des principaux mouvements ayant participé au processus de décolonisation.
Atanasio Ndong est nommé ministre des Affaires étrangères. Ángel Masié, membre de la direction du MONALIGE, devient ministre de l'Intérieur. Pastor Torao Sikara est élu président de l'Assemblée nationale lors de sa première session, en octobre 1968.
Les relations entre Macías, ses ministres et l'Espagne se détériorent rapidement pendant les premiers mois de l'indépendance. Les rivalités issues de la campagne électorale et de la conférence constitutionnelle se poursuivent au sein du nouveau gouvernement.
Répression et interdiction
Dans la nuit du 4 au 5 mars 1969, Atanasio Ndong participe à une tentative de renversement du président Macías à Bata. L'échec de cette opération permet à Macías de lancer une campagne de répression contre ses ministres, les anciens mouvements nationalistes et les personnes soupçonnées d'opposition.
Atanasio Ndong est grièvement blessé, emprisonné puis tué en mars 1969. Saturnino Ibongo Iyanga, Armando Balboa et Pastor Torao Sikara figurent parmi les responsables du MONALIGE arrêtés ou tués pendant la répression.
La disparition d'une grande partie de sa direction met fin à la participation du MONALIGE aux institutions nationales. Macías suspend les garanties constitutionnelles et instaure progressivement un régime fondé sur le parti unique et la répression politique.
En 1970, le Parti unique national des travailleurs devient la seule organisation politique autorisée. Le MONALIGE, comme les autres formations politiques issues de la période coloniale, cesse toute activité légale en Guinée équatoriale.
Réutilisation du nom en exil
Après l'interdiction du mouvement, le sigle MONALIGE est repris par plusieurs opposants établis à l'étranger. Une organisation dirigée par Adolfo Obiang Bikó est issue de la division du Front de libération de la Guinée équatoriale, créé pendant la présidence de Macías.
D'autres groupes utilisant le même nom sont signalés au Gabon, ce qui rend difficile l'établissement d'une continuité institutionnelle unique avec le MONALIGE des années 1960. En 2014, des représentants d'un groupe portant ce nom et venus du Gabon participent à la cinquième table du dialogue national organisée à Malabo.
Idéologie
Le MONALIGE est un mouvement nationaliste, anticolonial et indépendantiste. Son objectif principal est la fin de la domination espagnole et la création d'un État souverain dans les frontières de la Guinée espagnole.
Le mouvement accorde une place centrale à l'intégrité territoriale. Il considère que les populations fang, bubi, créoles et les autres groupes du territoire doivent former une communauté politique commune malgré leurs différences culturelles et linguistiques.
Ses responsables emploient le vocabulaire du droit à l'autodétermination lorsqu'ils s'adressent aux Nations unies. Dans la colonie, leur discours insiste davantage sur l'ordre, l'unité et la capacité des Guinéens à administrer un État indépendant.
Les sources universitaires ne permettent pas d'établir l'existence d'un programme socialiste ou social-démocrate clairement défini pendant la période coloniale. Le nationalisme, l'indépendance et l'unité territoriale constituent les éléments les mieux documentés de son programme.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
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Articles connexes
Guinée espagnole Décolonisation de l'Afrique Atanasio Ndong Miyone Francisco Macías Nguema
Liens externes
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