est un film épique italien réalisé par Franco Piavoli et sorti en 1989.
S'inspirant de l'Odyssée d'Homère, le film retrace le voyage de retour d'Ulysse à travers la Méditerranée après la guerre de Troie, ainsi que ses luttes contre les obstacles naturels et ses tourments intérieurs. Le film s'appuie sur une narration visuelle et une représentation de la majesté de la nature ; les dialogues sont réduits au minimum, sans sous-titres, et prononcés dans une langue méditerranéenne imaginaire. explore les thèmes du retour au pays, du souvenir de la guerre, de l'écoulement du temps et du rapport de l'homme avec la nature.
Piavoli commence à réaliser des films dès les années 1950, mais est son premier long métrage de fiction. Conçue comme un cinéma « symphonique » par opposition au cinéma « théâtral », Piavoli contrôle la majeure partie du processus créatif et engage des acteurs ayant peu d'expérience cinématographique. Les phases de préparation, de tournage et de montage du projet ont chacune duré un an.
est présenté en avant-première au Festival de Locarno en 1989 et bénéficie d’une sortie limitée en Italie en 1990. L’accueil est largement positif, les critiques qualifiant de magnifique la représentation de la nature dans le film. L’histoire est interprétée comme une version lyrique du poème épique d’Homère voire comme une réécriture simplifiée, partiellement inédite, du l'œuvre originale.
Synopsis Ulysse, épuisé, se trouve à bord d’un navire avec un équipage composé de plusieurs hommes. Il est d'abord assailli par des souvenirs de son enfance, suivis d’une vision de cadavres flottant dans la mer et de scènes brutales de la guerre de Troie, au cours de laquelle il aperçoit des civils en détresse. Le navire accoste et Ulysse débarque seul pour explorer une grotte. Il entend des chants étranges et invoque sa mère. De retour de la grotte, il constate que son équipage a disparu et part explorer l’intérieur des terres. Ulysse traverse un cirque rocheux peuplé d’hommes et de femmes nus qui semblent incapables de bouger. Il trouve une femme qui ouvre silencieusement un grand coquillage et se laisse étreindre par lui. Il se réveille dans une grotte où dorment plusieurs personnes, dont ses hommes ; il réveille son équipage et reprend la route avec eux.
Au cours du voyage, la mer reste calme un certain temps, mais des chants se font entendre, une silhouette féminine apparaît brièvement dans l’eau, puis une tempête soudaine provoque le naufrage du navire. Ulysse se réveille seul sur une plage ; il contemple les vêtements et les casques qui ont échoué sur le rivage et pousse un cri de détresse. Après avoir erré quelque temps et remarqué à quel point le lieu offre une faune et une flore paradisiaque, il rencontre une femme qu'il parvient à séduire. Il reste auprès d'elle, profitant de leur temps commun, mais demeure hanté par le souvenir de son enfance et de sa terre natale.
Ulysse part seul sur un simple radeau qui se brise rapidement ; alors qu’il nage dans la mer pendant la nuit, il est en proie à des hallucinations auditives évoquant la guerre. Les bruits s’estompent et Ulysse concentre son regard sur la lune. Il a alors une vision dans laquelle il traverse un paysage sombre parsemé de ruines ; il parvient jusqu’à son palais, mais le bâtiment n’est en réalité qu’un passage souterrain obscur où il découvre des crânes humains. Il court vers la lumière au bout du passage et semble tomber à la mer.
Se réveillant à nouveau sur une plage, Ulysse traverse la terre ferme, qui cette fois-ci regorge d’animaux et de verdure, et atteint son palais. L’entrée est la même que dans la vision précédente et le soleil brille. Dans l’atrium du bâtiment, une jeune fille fait rouler un cerceau, faisant écho à une scène récurrente des souvenirs d’enfance d’Ulysse. À travers une fenêtre, il aperçoit l’ombre d’une femme qui met des fleurs dans un vase et murmure le nom de Pénélope. Dans le plan final, une femme plie un morceau de tissu et le range dans un coffre.
Fiche technique Titre original italien : Réalisation : Franco Piavoli Scénario : Franco Piavoli Photographie : Franco Piavoli Montage : Franco Piavoli Musique : , Giuseppe Mazzuca Décors : Giancarlo Aymerich, Sociétés de production : Zefiro Film, Immagininazione Sociétés de distribution : Medusa Film Pays de production : Langue originale : fictive (inspirée du grec ancien, du sanskrit et du latin) Format : couleurs - 1,37:1 - Son mono - 35 mm Durée : Genre : film épique, film d'aventures fantastique Date de sortie : Suisse : (Festival international du film de Locarno) Italie :
Distribution : Ulysse Branca De Camargo : Calypso : le maître d'équipage Paola Agosti : Giuseppe Marcoli : un marin admirant les mouettes et les phoques Mariella Fabbris :
Production Piavoli (né en 1933) s'intéresse dès son plus jeune âge à la poésie, à la peinture et à la musique, et il étudie le droit à l'université de Pavie. Il commence à réaliser des courts-métrages dans les années 1950 et, du début au milieu des années 1960, sa série de courts-métrages reçoit un accueil favorable de la part de la critique. Il s'installa ensuite dans sa ville natale, Pozzolengo, dans la province de Brescia, et ne réalise plus aucun film jusqu'en 1982, année où son premier long métrage documentaire, Il pianeta azzurro, remporte un vif succès critique. Son projet cinématographique majeur suivant, et son premier long métrage de fiction, est Nostos: Il ritorno. Comme il l’avait fait avec Il pianeta azzurro, il le conçoit comme un film symphonique, une forme qui, selon lui, se distingue du cinéma de salle de la même manière que la musique symphonique se distingue de l’opéra et d’autres formes de musique de scène.
L'intrigue de Nostos: Il ritorno s'inspire principalement de l'Odyssée, le poème épique de la Grèce antique écrit par Homère. Piavoli s'est notamment inspiré du livre , qui raconte comment Ulysse doit convaincre sa femme Pénélope de son identité après son retour dans son royaume d'Ithaque. L'approche de l'œuvre originale est volontairement ambiguë ; certains éléments du film s'inspirent également des Argonautiques d'Apollonios de Rhodes et de lÉnéide de Virgile.
Nostos: Il ritorno est produit par Piavoli et via les sociétés Zefiro Film et Immagininazione. Il bénéficie d'un soutien financier du ministère italien du Tourisme et des Loisirs. Les acteurs principaux, (Ulysse) et Branca De Camargo (Calypso), figurent parmi les rares membres de la distribution à avoir déjà une expérience du cinéma et de la télévision. Certains autres membres de la distribution sont des comédiens de théâtre issus du Laboratorio Teatro Settimo de Turin, tandis que d’autres sont non-professionnels. Les acteurs cités au générique sont Mezzanotte, De Camargo, , Paola Agosti, Giuseppe Marcoli et Mariella Fabbris. Les costumes sont créés par .
Tournage vignette|L'entrée de la grotte de la Sibylle à Cumes, un lieu de tournage du film. Après une année de préparation, le tournage de Nostos: Il ritorno dure un an. Une grande partie du tournage s'est déroulée chez Piavoli et dans les environs de Pozzolengo. Parmi les autres lieux de tournage figurent le lac de Garde, le massif de Brenta et les ruines romaines de Sirmione, ainsi que divers endroits en Sardaigne, en Vénétie, en Étrurie et dans le Latium. Les scènes se déroulant dans le palais d’Ulysse sont tournées à la , une demeure du située dans la province de Vérone. La grotte de la Sibylle à Cumes est utilisée pour représenter l’absence de lumière. La voile du navire est imbibée d’essence pour lui donner un aspect vieilli et usé. Piavoli n’a pas pour objectif d’imiter un artiste plasticien en particulier, mais les peintures marines de Francesco Guardi deviennent une référence pour la représentation de la désorientation en mer.
Comme pour tous ses films, Piavoli exerce un contrôle quasi total sur la production et est crédité en tant que scénariste, producteur, réalisateur, chef opérateur, monteur et monteur son. Son épouse, Neria Poli, est créditée pour sa « collaboration artistique ». Piavoli dispose de son propre laboratoire cinématographique et d’une Moviola chez lui. Le montage dure un an ; il y a suffisamment de séquences enregistrées pour réaliser neuf films. La bande originale comprend des compositions originales de et Giuseppe Mazzuca, ainsi que des œuvres des compositeurs , Luciano Berio, Alexandre Borodine, et Claudio Monteverdi. Le dernier mouvement des Vespro della Beata Vergine de Claudio Monteverdi est entendu lors de la scène finale du film.
Accueil critique Après la première projection de Nostos: Il ritorno au Festival de Locarno, Sauro Borelli, du journal L'Unità, qualifie le film de chef-d'œuvre. Tout en reconnaissant pouvoir comprendre les critiques selon lesquelles il s'appuierait trop sur l'esthétique baroque, il écrit néanmoins que le film est « tout simplement magnifique ». À l'occasion de la sortie italienne, ce même critique qualifie le film de sublime dans sa représentation de la dialectique entre nature et culture. Paolo D'Agostini, de La Repubblica, écrit que l'utilisation des symboles est puissante, que le montage saisit les rythmes de la nature et que le film devrait pouvoir toucher même ceux qui sont sceptiques vis-à-vis du genre cinématographique auquel il appartient. Il le compare au cinéma d’avant-garde soviétique des années 1920 et au dernier film de Joris Ivens, Une histoire de vent. Alberto Pesce, de la , écrit qu’il est impressionné tant par l’image que par le son, et que les éléments du film se fondent en un tout à la fois beau et concret. Pesce fait partie des critiques italiens qui ont abordé le film comme une version lyrique de l’Odyssée ; parmi les autres approches, il y a celle du critique de cinéma Massimo Maisetti, qui, dans un texte de 2006, l’interprète comme une histoire originale comportant des références à Homère, ainsi que celle des sociologues Maurizio Ambrosini et Camilla Bartolini, qui, dans un ouvrage publié en 2012, le considère comme une réécriture simplifiée mais réussie de l’Odyssée.
Dans son recueil de critiques cinématographiques Il Mereghetti, Paolo Mereghetti attribue à Nostos: Il ritorno une note de deux étoiles et demie sur quatre. Il qualifie la photographie de magnifique et le film de fascinant pour les amateurs de cinéma poétique, mais précise que le film peut être déconcertant et ennuyeux, et qu’il perd de son intérêt lorsqu’il est visionné sur un écran de télévision. En 2008, Mary Hanlon, du Brooklyn Rail, écrit que le film contenait un humour involontaire découlant des interprétations et des symboles érotiques, mais aussi certaines des « séquences visuelles les plus incroyables, fluides et abstraites que j’aie jamais vues ». En 2020, Ross McDonnell écrit dans un article de fond publié sur le site web de Sight and Sound que Nostos: Il ritorno se démarque dans la filmographie de Piavoli par son niveau d’ambition et sa narration dramatique relativement conventionnelle. McDonnell écrit que le film « décentre de manière surréaliste son protagoniste humain en le plaçant au milieu d’une force de la nature dangereuse, impitoyable et insondable », bouleversant ainsi le sentiment d’émerveillement que l’on retrouvait dans le précédent film de Piavoli, Il pianeta azzurro.
Nostos: Il ritorno reçoit le prix OPL Moti Ibrahim lors du Festival de Djerba de 1990 en Tunisie, ainsi que le Premio AIACE 1990 décerné par l’Associazione Italiana Amici del Cinema d’Essai, basée à Turin.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie 24
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