Michel Lambeth (né le 21 avril 1923 à Toronto, décédé le 9 avril 1977 à Toronto) est un photographe canadien surtout connu pour ses photographies de la ville de Toronto et de ses habitants pendant la décennie 1950 et pour ses photoreportages au cours de la décennie suivante. Très engagé politiquement et socialement, il eut de la difficulté à se faire accepter dans son milieu de travail et ne vit son œuvre reconnue qu’après sa mort.
Carrière
Thomas Henry Lambeth est né à Toronto (Ontario) le 21 avril 1923. Il fit ses études secondaires au Toronto’s Eastern High School of Commerce avant de s’engager dans les Forces armées canadiennes où il servit dans les blindés au cours de la Seconde Guerre mondiale. Demeuré en Europe après la guerre il étudia les arts, domaine qui l’avait captivé dès son plus jeune âge, à Londres et à Paris, prenant des cours sur l’histoire de l’art au Louvre et étudiant la sculpture au studio d’Ossip Zadkine. En même temps il pratiquait le dessin et se lança dans la rédaction d’un roman, tout en vendant des journaux pour survivre. C’est pendant cette période qu’il décida de changer son prénom pour celui de Michel lorsqu’il tomba amoureux d’une jeune Française, espérant demeurer en France. Sa demande fut toutefois rejetée, la France aux dires de l’employé du bureau d’immigration, « ayant assez d’artistes ».
Il revint au Canada en 1952 et, indécis sur le genre de carrière artistique qu’il comptait poursuivre, trouva un emploi comme commis de trésorerie à la mairie de Toronto. Poursuivant dans le domaine du cinéma à ses moments de loisir, il remporta un prix de la Toronto Film Society pour ses premiers essais Eight-Fifteen.
Ce n’est que trois ans plus tard, en 1955, que la photographie s’imposa à lui comme carrière. D’abord armé d’une Rolleiflex 2¼" vite remplacée par une Leica 35 mm, il se mit à arpenter les quartiers Kensington et St. Lawrence Market de Toronto, cherchant à tracer un portrait intimiste de cette ville en capturant « l’instant décisif »Expression empruntée par le photographe Henri Cartier-Bresson au cardinal de Retz, pour désigner le moment fugace qui précède et contient en germe l’événement lui-même, moment qui permettra à l’observateur d’anticiper ce qui arrivera.. Ses premières photographies seront nostalgiques, évoquant à la fois le quotidien de sa ville et les souvenirs de la guerre qu’il avait vécue en Europe :
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En 1959, il quitta son emploi à la mairie de Toronto pour devenir photographe de presse indépendant et s’investir dans les causes sociales qui lui tenaient à cœur. Farouchement opposé à l’impérialisme culturel des États-Unis, il se battit pour promouvoir une identité culturelle canadienne spécifique, ce qui l’amènera à participer à des campagnes de protestation contre ce qu’il considérait comme la trop grande inféodation de certaines institutions culturelles canadiennes à l’endroit de ce pays et refusera d’exposer aux É.U.A..
Durant les années 1960, il travaillera pour le Star Weekly, le Saturday Night, le Maclean’s, le Time et Life pour lesquels il servira aussi de reviseur. Dans les années 1960, il se lance dans le portrait, réalisant celui d’artistes associés à la galerie Isaacs de Toronto, dont celui de Michael Snow qui marque ses débuts dans le genre. Impressionné par son talent, Avrom Isaacs, propriétaire de la galerie, organisera pour lui en 1965 une exposition individuelle, rare privilège pour un photographe d’art moderniste à l’époque.
Toujours engagé socialement Lambeth réalisera de 1962 à 1964 un reportage photographique sur la communauté de Saint-Nil près de Matane (Québec) intitulée A Candle for St. Nil pour le compte du Star Weekly, lequel refusera de le publier parce que jugé trop déprimant pour des lecteurs qui désiraient quelque chose de plus exaltant. Les négatifs de cette série seront par la suite achetés par l’Office national du film du Canada.
En 1967, Lambeth réunira une sélection de photographies à la fois nostalgiques et amères du Toronto des années 1910 qui sera publiée sous le titre de Made in Canada (Fabriqué au Canada). Sans qu’il le sache alors, il s’agissait de photographies produites par Arthur Gross (1881-1940), photographe officiel de la ville de Toronto, un des pionniers de la photographie sociale .
Le Star Weekly cessa de publier en 1968. Toutefois, les photographies de Michel Lambeth furent incluses dans des expositions de groupes circulant aux E.U.A. et en France. L’année suivante, la galerie de l’Office national du film du Canada (aujourd’hui l’Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada) organisera une exposition individuelle de ses œuvres.
Son affirmation de l’identité culturelle canadienne le poussera en 1972 à participer au mouvement de protestation organisée à la Art Gallery of Ontario contre la nomination d’un conservateur en chef venu des E.U.A. Avec d’autres employés du musée il s’enchainera au mobilier de l’établissement pour attirer l’attention des médias. Il continuera ce militantisme culturel à diverses occasions, notamment en boycottant l’exposition de son amie Joyce Wieland au prétexte que l’exposition était intitulée « True Patriot’s Love », faisant allusion à l’hymne des É.U.A. où celle-ci avait vécu quelques années, ou contre le projet de l’Office national du film pour célébrer le bicentenaire de la création des États-Unis d’Amérique.
Ce militantisme agressif rendit difficiles ses relations avec amis et collègues. Durant les années 1970 il enseigna et devint le porte-parole du Front des artistes canadiens. En 1973, il travailla comme artiste associé au Toronto Free Theatre pour un salaire ne permettant pas de subvenir à ses besoins. Incapable de se trouver un emploi plus rémunérateur, il fut contraint de devenir prestataire de la Sécurité sociale en 1976.
Michel Lambeth devait s’éteindre à Toronto le 9 avril 1977; il laissait derrière lui quelque 110 000 négatifs . Après sa mort, la galerie de l’Office nationale du film monta une exposition en l’honneur de son œuvre. Celle-ci fut suivie d’une rétrospective en 1986 organisée par Bibliothèque et Archives Canada intitulée Michel Lambeth : Photographer sur la base de laquelle le commissaire de l’exposition, Michael Torosian, fit publier un ouvrage à tirage limité, Michel Lambeth : The Confession of a Tree Teaser, racontant sa jeunesse, son voyage en Europe et sa découverte de l’amour et de l’art. Deux ans plus tard, la Art Gallery of Ontario mettait sur pied une vaste rétrospective de son œuvre accompagnée d’un catalogue intitulé Michel Lambeth : Photographer contenant des hommages de John Boyle, James Reaney, Joyce Wieland et d’Avrom Isaacs. Michel Lambeth recevait ainsi la notoriété qu’il n’avait pas connue de son vivant.
Œuvre
Profondément bohème, Michel Lambeth eut toujours de la difficulté à organiser sa vie, à promouvoir son travail et à obtenir la reconnaissance de ses collègues photographes. Si certains l’admiraient, d’autres estimaient qu’il ne possédait pas la discipline nécessaire pour s’imposer dans ce métier à un moment où la photographie, en bouleversement, connaissait un essor fulgurant. C’est ainsi que si son ami et mécène Avrom Isaacs l’avait convaincu de rassembler une collection de ses œuvres pour l’exposition qu’il lui consacra en 1965, toute ses tentatives pour le persuader d’en réunir une deuxième par la suite demeurèrent vaines.
Cette volonté obsessive de travailler hors de toute contrainte se retrouve dans ses photographies, prises sur le vif et empreintes de spontanéité. Lorsque le même Avrom Isaacs lui demandera de faire une série de photographies de sa petite fille, les résultats s’avérèrent médiocres et Isaacs réalisa lui-même que Lambeth ne pouvait travailler « sur commande ».
Pour décrire son travail dans les rues de Toronto Lambeth utilisait l’expression « humanisme documentaire » (documentary humanism). Tout comme Henri Cartier-Bresson et Brassai qu’il admirait profondément, Michel Lambeth était un photographe de rue pour qui la spontanéité, la volonté de capter cet « instant décisif », était primordiale. Il s’identifiait à sa ville et voyait celle-ci avec les yeux d’un citoyen engagé, d’une « conscience indépendante avec une caméra ». Cette spontanéité se reflète dans ses photographies d’enfants en train de jouer sans la présence d’adultes comme dans celles des campagnes d’action civique et de protestation qu’il couvrira régulièrement. Il photographiera les vendeurs de rue, les commerçants et leurs clients, fréquentant les espaces publics comme la gare Union, les jardins Allen et l’ancienne Art Gallery of Ontario, capturant l’interaction entre les gens et leur ville, épiant leurs mouvements pour capturer ceux qui traduisaient le mieux leur caractère que ce soit dans les petites rues, sous les ponts ou au cours de parades.
Commentant l’exposition tenue en 1979 par l’ONF, Robert Fulford dira de lui que Michel Lambeth fut un photographe indépendant avant qu’il ne devienne acceptable que ce genre d’artiste puisse avoir sa propre vision du monde et tracer lui-même la voie qu’il entendait suivre, et ce à une époque où la photographie n’était pas encore reconnue comme un art digne de figurer aux côtés de la peinture et de la sculpture dans les galeries. S’y ajoutait sur le plan personnel un caractère où des périodes d’énergie débordante étaient suivies de longues périodes de dépression de sorte qu’admiré par certains, il demeura ignoré par nombre d’experts en photographie à travers le pays et ne fut pas de son vivant reconnu comme l’artiste exceptionnel qu’il était.
Expositions
Expositions solo
1965 : galerie Isaacs, Toronto (Ontario)
1969 : Office national du film, Ottawa (Ontario)
1979 : Rétrospective de son œuvre. Office national du film, Ottawa (Ontario)
1986 : Michel Lambeth photographe. Bibliothèque et archives Canada, Ottawa (Ontario)
1989 : Rétrospective de son œuvre. Art Gallery of Ontario, Toronto (Ontario).
Expositions de groupe
1968 : expositions circulant aux États-Unis et en France
Honneurs et récompenses
1967 : Médaille du centenaire du Canada
2014 : Sa photo St. Joseph’s Convent School prise en 1960 est retenue par Postes Canada dans une série de sept timbres en l’honneur de photographes canadiens
Notes et références
Notes
Références
Bibliographie
Sur la photographie au Canada
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Sur Michel Lambeth
Voir aussi Articles connexes Photographie au Canada
Photojournalisme
Photographie documentaire
Photographie sociale
Liens externes
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