Le Mouvement critique du droit est un courant de pensée juridique français qui s'est développé au milieu des années 1970. Il s'inscrit dans un contexte de remise en cause des institutions après Mai 68 et s'inspire du marxisme, de la sociologie critique et des travaux de philosophes. Le mouvement en tant que courant structuré disparaît progressivement à la fin des années 1980.

Les origines Le mouvement Critique du droit naît en 1975 à l'initiative de quelques jeunes universitaires juristes ou politologues en poste à Lyon ou originaires de l’université lyonnaise, critiques à l’égard de la « science » et de l’enseignement du droit dans l’Université française, soucieux aussi d’approfondir une compréhension du droit et de l’État et qui souhaitent réintroduire le social et le politique dans le juridique à partir d'une perspective sollicitant notamment le marxisme, la sociologie et la philosophie critique. Le groupe d'origine se compose de Jean-François Davignon, Philippe Dujardin, Jean-Jacques Gleizal, Claude Journès, Jacques Michel, publicistes ou politologues, et Antoine Jeammaud, privatiste. L'ouvrage de Michel Miaille Une introduction critique au droit publié chez Maspero en 1976 est considéré comme le texte fondateur du mouvement.

Définition Le Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologie du droit donne une définition du mouvement sous la plume de Michel Miaille : le Mouvement Critique du Droit constitue un « mouvement de pensée parmi les juristes qui refusent le positivisme dominant et revendiquent une dimension critique dans l’étude du droit, sur la base d’une analyse matérialiste ».

Structuration du mouvement Le mouvement s'est structuré avec la création, en 1978, de l'Association critique du droit, qui publia notamment des bulletins pour communiquer sur les activités du mouvement ainsi qu'un Manifeste, texte fondateur du mouvement.

Ce mouvement s'est construit autour de séminaires (séminaires de L’Arbresle puis de Goutelas en Forez), d’une collection d’ouvrages - il s’agissait de « sortir » du droit théoriquement, pour mieux y revenir. D’où une série d’ouvrages de pédagogie, fonctionnant comme des « contre-Manuels » dans les disciplines essentielles : droit civil, constitutionnel, économique, international – puis administratif et du travail - et d’une revue Procès : cahiers d'analyse politique et juridique. Les seize fascicules numérotés de 1 à 19 de la revue Procès publiés de 1978 à 1990 ont été consacrés, pour la plupart, à des thèmes liés au programme de l’association : « Du juridique au politique », « Droits, classes, formations sociales », « L’institution du juridique : la jurisprudence, l’enseignement et le droit », « Modes de production, états, formes symboliques », « Crise et droit. Droits et crise », « Les formes juridiques de l’économie ». Le numéro 14 n’a jamais été publié.

A partir de 1982, les membres du mouvement entreprennent de constituer des groupes locaux de « Critique du droit », non comme des cellules de diffusion d’une « doctrine », mais comme cadres d’investigation. Ces centres se sont implantés principalement dans les universités d’appartenance des initiateurs du mouvement : Saint-Etienne (Centre de recherches critiques sur le droit), Montpellier I (Centre d’étude et de recherche sur la théorie de l’État), Nice (Centre de recherche de droit économique), Grenoble II (Centre de recherche sur le droit et l’administration publics) notamment.

Héritage Le Mouvement Critique du Droit a durablement transformé la pensée juridique française en faisant du droit un objet d'analyse critique, replacé dans ses contextes sociaux, politiques et économiques. La critique du droit a influencé des disciplines juridiques et connu un certain rayonnement international avec des contacts en Belgique, Allemagne, Italie ainsi qu'en Amérique Latine (Argentine, Colombie, Brésil). Il sera notamment cofondateur de la « conférence européenne de critique du droit » (ECCLS) en 1981.

Une partie des archives du mouvement, notamment la revue Procès, a été numérisée et est accessible en ligne.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Maurice Bourjol, Philippe Dujardin, Jean-Jacques Gleizal... [et al.]. Pour une critique du droit : du juridique au politique. Paris : François Maspero ; Grenoble : Presses universitaires de Grenoble, coll. "Critique du droit", 1978, 146 p. Françis Collin, Régine Dhoquois, Pierre-Hubert Goutierre, Antoine Jeammaud, Gérard Lyon-Caen. Le droit capitaliste du travail. Grenoble : Presses universitaires de Grenoble, coll. "Critique du droit", 1980, 280 p. Michel Miaille, Une introduction critique au droit. Paris : François Maspero, coll. "Textes à l'appui",1976 Michel Miaille. L'État du droit : introduction à une critique du droit constitutionnel. Paris : François Maspero ; Grenoble : Presses universitaires de Grenoble, coll. "Critique du droit", 1978, 266 p. Jacques Michel. Marx et la société juridique. Paris : Publisud, coll. "Critique du droit", 1983, 274 p. Guillaume Protière (dir.). L'ordre critique du droit : mélanges en l'honneur de Claude Journès. Toulouse : Editions l'Epitoge, coll. "Collection académique", 2017, 342 p.

Archives

Les archives de l'association critique du droit ont été déposées par Philippe Dujardin aux Archives Municipales de Lyon

Liens externes Procès : PROduction Critique en sciences politique et juridique Notices d'autorité : BnF

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