Timagoras et Mélès est un récit étiologique athénien prétendant expliquer l'origine d'un culte local, celui d'Antéros, dont l'autel se trouvait dans la ville. Il convient donc de le considérer comme un aition cultuel athénien, c'est-à-dire une narration destinée à rendre intelligible l'existence et la signification d'un monument religieux.

La version la plus ancienne qui nous soit parvenue est celle de Pausanias. Timagoras y apparaît comme un metoikos (« métèque »), c'est-à-dire un résident étranger établi à Athènes, épris de Mélès, présenté comme un jeune Athénien. La dissymétrie sociale et affective entre les deux personnages est immédiatement posée : Timagoras aime, tandis que Mélès méprise cet amour. Le récit pausanien est toutefois remarquablement dépouillé. Le texte qualifie Timagoras de métèque, mais ne fournit aucune indication sur la date ou les circonstances de son arrivée à Athènes. En outre, Mélès ordonne seulement à celui-ci de gravir le point le plus élevé de l'Acropole et de se laisser choir. Timagoras, conformément à son souhait, exécuta son ordre. À la vue du cadavre de son prétendant, Mélès est saisi d'un remords si violent qu'il se jette à son tour du même rocher.

La Souda La tradition conservée par la Souda sous le lemme Mélétos est sensiblement différente et doit être distinguée du récit de Pausanias. Le compilateur byzantin y précise que le nom de l'amant est Mélétos et celui du jeune aimé Timagoras, inversant ainsi les noms par rapport à Pausanias. Le jeune homme est décrit comme noble, riche, d'une beauté exceptionnelle et surtout comme impitoyable. Il impose à son prétendant une série de tâches pénibles et dangereuses, à savoir lui rapporter des chiens de chasse, un cheval fougueux, un ravissant manteau (une chlamyde), et des coqs. Lorsque Mélétos eut accompli cette dernière demande, Timagoras refusa le présent et le congédia avec mépris. Alors, accablé par les souffrances qu'il avait endurées, il se jeta du haut de l'Acropole. Le texte précise que Diké (« la Justice ») ne permit toutefois pas à Timagoras de se réjouir de sa disparition. Il se précipita à son tour du même promontoire, les oiseaux serrés contre sa poitrine.

La figure de l'éromène hybristès C'est en s'appuyant sur cette seconde tradition que Andrew Calimach forge l'« hybristic eromenos ». Il emploie cette expression pour caractériser un scénario dans lequel l'éromène, c'est-à-dire le jeune homme aimé, abuse de l'attachement de l'éraste, son amant. Il convient toutefois de préciser le statut de cette catégorie, car il s'agit d'une proposition typologique moderne, et non d'une catégorie indigène de la pensée grecque antique. L'intérêt de celle-ci réside dans le renversement qu'elle permet de mettre en évidence. Dans l'idéal discursif de la relation éraste-éromène, l'éraste est celui qui courtise, tandis que l'éromène est l'objet de la sollicitation et doit, au moins dans le modèle normatif, se montrer mesuré dans l'acceptation des avances. Or, dans ce récit, l'éromène transforme son ascendant sur l'éraste en instrument de domination et d'humiliation. L'aimé se nourrit de la dévotion de son soupirant jusqu'à le conduire à sa perte. Cette histoire met en scène un jeune homme hybristēs (« qui commet l’hybris »), avant que la mort, dans un geste aussi tardif que tragique, ne vienne sanctionner son attitude. C'est précisément cette structure qui permet de rapprocher ce récit de celui de Narcisse et de Leucocomas, car le pouvoir érotique de l'éromène, devenu abusif, se retourne finalement contre son auteur.

Références

Catégorie:Mythologie grecque dans la littérature antique