La mosquée Bouliman ou mosquée Būlīmān de Jaabira est une mosquée située dans la région de Jaabira, sur l'île de Djerba, en Tunisie. Elle est rattachée à la tradition ibadite locale et compte parmi les édifices religieux anciens de l'île.

Toponymie Le nom de la mosquée est généralement rattaché au cheikh Alī ibn Abī Līmān, associé à la famille des Būlīmāniyyūn ou Abū Līmān, à laquelle la tradition attribue la fondation de l'édifice au début du . Les cartes anciennes donnent des formes variables du nom : Bou el Imane en 1906, puis Boulaïmen en 1966. La prononciation locale Bouliman est généralement conservée.

Une autre mosquée portant le nom Būlīmān est également signalée à Cedriane, toujours sur l'île de Djerba.

Architecture L'ensemble est entouré par un muret. La cour comprend deux citernes, un local destiné aux ablutions au sud-ouest, une salle de prière ainsi que plusieurs annexes. La salle de prière est couverte par trois voûtes. Sa façade comporte une porte encadrée par deux fenêtres et une seconde entrée, plus récente, ouverte au nord.

L'un des éléments les plus remarquables de l'édifice est le minaret-escalier placé au nord-est. Ses douze marches s'enroulent en spirale jusqu'au niveau du toit. Un minaret bas de plan carré, d'environ deux mètres de côté à la base et d'environ de hauteur, occupe également l'angle nord-est. Il porte à l'origine un long pinacle caractéristique.

Les murs extérieurs sont renforcés par plusieurs contreforts. Le mihrab et la niche destinée au minbar sont saillants. Un passage aménagé entre la salle de prière et une pièce de service permet d'accéder à l'arrière de la cour.

À l'est, un bâtiment couvert de deux voûtes et accolé à une petite pièce surmontée d'une coupole fait l'objet de plusieurs interprétations. Certains chercheurs l'identifient comme une salle d'enseignement, tandis que la pièce à coupole indique probablement la direction de la prière, à la manière d'un mihrab de cour. D'autres interprétations y voient une fonction domestique ou utilitaire, notamment en raison d'un orifice percé dans la coupole.

Pinacle et minaret symbolique

upright|gauche|vignette|Minaret en pinacle.

Le pinacle qui surmonte à l'origine le minaret bas appartient à une tradition architecturale observée dans plusieurs régions du Maghreb. Des formes comparables sont signalées sur des édifices religieux du Mzab, de la région de Ouargla, des environs de Biskra ou encore dans certains monuments associés au nord-est du Sahara algérien. À Djerba, des pinacles similaires apparaissent également sur plusieurs mosquées, notamment à Sidi Yati, Sidi Jmour ou Ghizen.

La signification de cette forme donne lieu à diverses hypothèses. Elle est parfois rapprochée de survivances religieuses anciennes, d'une fonction apotropaïque destinée à protéger l'édifice du mauvais œil, ou encore d'un simple motif décoratif marquant l'achèvement de la construction.

Histoire La mosquée est généralement considérée comme très ancienne, la tradition situant sa fondation au début du . Elle accueille ensuite une médersa animée par des savants issus notamment des familles Būlīmāniyyūn, Ballāz Yasūtnī puis Hīlātī. La transmission du savoir religieux s'y assure sur plusieurs générations, en particulier entre le et le .

Le chroniqueur Abū al-Rabīʿ Sulaymān ibn Ahmad al-Hīlātī évoque les dévots Būlīmāniyyūn enterrés dans le cimetière de leur mosquée. Il mentionne également plusieurs figures savantes liées à l'enseignement religieux, parmi lesquelles Ahmad ibn Muhammad al-Hīlātī, Muhammad al-Hīlātī, ʿUmar al-Ballāz et ʿAbd al-Rahmān ibn Ahmad al-Hīlātī. Le vaste cimetière situé au sud de la mosquée, d'une superficie d'environ , accueille de nombreuses personnalités associées aux familles savantes de Djerba, notamment les Ballaz et les Hīlātī.

État contemporain

upright|vignette|Ancien et nouveau minaret.

En 2009, la mosquée subit d'importantes atteintes lors de travaux d'extension et de réaménagement engagés malgré l'opposition de représentants locaux de l'Institut national du patrimoine. Un haut minaret est construit et l'ancien pinacle servant de minaret symbolique est détruit. La mobilisation de l'Association de sauvegarde de l'île de Djerba et une campagne médiatique permettent l'arrêt des travaux.

Le pinacle est ensuite reconstruit avec l'appui de l'Institut national du patrimoine, mais sa forme actuelle diffère de l'état antérieur : elle apparaît plus effilée et plus angulaire que le pinacle originel. Le projet d'agrandissement de la salle de prière est abandonné, tandis que le haut minaret moderne demeure visible sur le site.

Notes et références

Bibliographie .

Voir aussi

Mosquées de Djerba Liste des monuments classés du gouvernorat de Médenine

Bouliman Catégorie:Monument classé en Tunisie Catégorie:Ibadisme