La mosquée Ouelhi, aussi appelée mosquée d'Oued Zbib ou Jāmiʿ Wādī l-Zabīb, est une ancienne mosquée ibadite de la campagne de Djerba, en Tunisie. Implantée dans un paysage d'oliveraies, elle fait partie des lieux de culte et d'enseignement qui structurent la vie religieuse ibadite de l'île entre l'époque médiévale et l'époque moderne.
Situation La mosquée occupe un secteur désormais sans habitat permanent, près d'une piste qui domine la vallée de l'oued Zbib. Elle s'insère dans un ensemble de sanctuaires ruraux rapprochés : Sīdī Yaʿīsh se trouve à environ vers l'ouest et Bouliman à environ vers le nord-ouest. La présence de terres cuites ordinaires autour du site indique une fréquentation ancienne du secteur.
Toponymie Le nom le plus anciennement associé au sanctuaire est jāmiʿ Wādī l-Zabīb, qui renvoie au lieu-dit voisin. L'appellation Wilhī se rattache ensuite à une famille liée à la mosquée, probablement par son usage ou son entretien. Les documents cartographiques donnent plusieurs formes du toponyme — Ouelhi, Oullaki, Oulahi puis de nouveau Ouelhi — tandis que Salem Ben Yagoub retient la prononciation Wilhī.
Architecture Salle de prière Elle repose sur une plateforme d'environ , ce qui la rend nettement perceptible depuis la cour. Elle est organisée en trois travées et six nefs couvertes de longues voûtes. Une porte secondaire au nord semble correspondre à un accès réservé aux femmes. Le minaret, situé au nord-est, conserve surtout une fonction symbolique : il ne possède plus d'escalier utilisable et prend désormais la forme d'une tour creuse accessible par une ouverture basse.
Les voûtes de la salle de prière portent un décor épigraphique en relief, réalisé en écriture naskhi. Les inscriptions combinent des versets coraniques, notamment IX 18 et 51, avec une mention datée de rajab 1071, soit , qui cite les artisans Ahmad ibn Yahya al-Jazzār ainsi que Saʿīd et Sālim ibn ʿAbd al-Rahman al-Gallāl. De petits motifs circulaires complètent ces bandeaux décoratifs.
Deux mihrabs marquent le mur de prière. Celui de gauche paraît appartenir à un état ancien de la construction et garde les traces d'un décor géométrique. Le mihrab principal, installé au centre du mur de qibla, se rattache plutôt à la campagne de travaux de 1661 ; la partie haute de sa niche conserve encore des éléments d'un motif rayonnant.
Portique et annexes Le portique (riwaq) forme un vaste espace couvert de deux travées et cinq nefs. Son plafond reprend le goût local pour les inscriptions modelées et les motifs géométriques simples. Certains passages du décor y sont inversés, ce qui peut résulter de l'emploi d'un modèle ou relever d'un effet décoratif volontaire. L'inscription mentionne rabīʿ al-ākhir 1172, correspondant à , ainsi que le faqîh Sulaymān ibn Ahmad al-Barrādī et son fils Ṣāliḥ.
Le mihrab du riwaq, probablement aménagé au , reçoit un décor religieux en relief associant notamment la chahada et les noms d'Allah et de Mahomet. L'ensemble révèle un programme épigraphique soigné, même si la méthode employée — moulage préalable ou modelage directement dans l'enduit — reste difficile à déterminer.
Les annexes regroupées autour du riwaq comprennent notamment une pièce pouvant correspondre à une cuisine, des chambres d'étudiants, un espace d'ablutions et plusieurs structures ruinées. Un mihrab de cour, placé dans le mur d'enceinte, complète cet ensemble et porte à quatre le nombre de mihrabs conservés. Ces aménagements confirment la dimension de médersa du sanctuaire.
Ouelhi présente aussi des traits de mosquée fortifiée. Le parapet du toit, les anciennes meurtrières et la masse du minaret inscrivent l'édifice dans la tradition des sanctuaires ruraux défensifs de Djerba.
Grotte souterraine Une grotte cultuelle se trouve à proximité immédiate de la mosquée. Elle relève du groupe des mosquées souterraines de Djerba. L'accès, autrefois aménagé par une rampe, conduit à plusieurs espaces excavés : un hall presque carré et une salle de prière au sud ; une zone de transition puis une longue salle plus au nord. Ce plan complexe rapproche la grotte des espaces d'enseignement souterrains, par opposition aux grottes à pièce unique, plus directement assimilées à de simples lieux de prière.
Histoire L'histoire du sanctuaire se rattache d'abord à l'activité de Yaʿīsh ibn Mūsā et aux milieux savants ibadites de Djerba. La tradition attribue à Muḥammad ibn Ahmad al-Ṣadghiyānī la création de la mosquée pour ce maître, sans doute entre la seconde moitié du et le début du . Les azzabaInstitution religieuse et communautaire propre à l'ibadisme. s'y rassemblent ensuite autour de lui, donnant au lieu une fonction à la fois religieuse, pédagogique et juridique.
Après Yaʿīsh ibn Mūsā, la mosquée se lie à Abū l-Faḍl Abū l-Qāsim al-Barrādī. Formé auprès de maîtres du djebel Nefoussa, dont Abū Sākin ʿĀmir al-Shammākhī, ce savant s'installe à Djerba, enseigne à Ouelhi et y dirige une importante halqa. Mort en 1407-1408, il est notamment connu pour son ouvrage Al-Jawāhir al-muntaqāt.
Du au , l'enseignement se transmet à Ouelhi par l'intermédiaire de plusieurs lignées savantes, parmi lesquelles les Barrādī, les Tghazwīsanī et la famille Ouelhi. Vers 1630-1640, le conseil des azzabas (Diwan al‑azzaba) s'y réunit autour de Saʿīd ibn Muḥammad al-Tghazwīsanī. La campagne de 1661 marque ensuite une étape majeure dans la transformation de la salle de prière.
À la fin du , Ouelhi compte parmi les médersas majeures de l'île. La Qaṣīda mukhammasa fī masājid Jarba de Saʿīd ibn Ayyūb al-Bārūnī mentionne la mosquée et l'associe à la mémoire d'Abū l-Qāsim al-Barrādī. Le sanctuaire apparaît également comme une institution complémentaire de la grande mosquée des Banū Yahrāsan, avec laquelle il partage une même tradition d'enseignement.
L'évolution du site se lit comme une succession d'étapes : une grotte souterraine ancienne, un premier lieu de prière de surface lié à Yaʿīsh ibn Mūsā, une transformation importante en 1661, puis l'aménagement d'annexes associées à la médersa et au riwaq en 1758. Les habous de la mosquée comprennent notamment des oliviers, des parcelles agricoles et des palmiers.
État contemporain Au , le bâtiment entre dans une phase de forte dégradation. Le lanternon du minaret, encore visible sur des photographies publiées en 1975, disparaît peu après, probablement à la charnière des années 1970 et 1980. Le riwaq s'effondre pendant l'hiver 1996-1997. En 1998, l'Institut national du patrimoine et l'Association pour la sauvegarde de l'île de Djerba (Assidje) conduisent une première restauration qui stabilise l'essentiel de l'édifice, sans restituer le lanternon.
L'isolement du sanctuaire continue cependant de l'exposer aux atteintes. Des occupations temporaires, des vols de pierres et des actes de vandalisme touchent les annexes, le riwaq, la salle de prière et la grotte. D'autres interventions de sauvegarde interviennent en 2006, puis entre 2010 et 2011 dans le cadre d'un programme consacré à plusieurs mosquées de l'île.
Après 2016, des fouilles clandestines et de nouvelles dégradations affectent notamment la salle de prière, les mihrabs et la grotte. L'Assidje mène plusieurs opérations de nettoyage et de réparation, en particulier en 2020 et en 2022. Faute d'un usage régulier ou d'une surveillance continue, la conservation du site reste néanmoins incertaine.
Références
Bibliographie . .
Voir aussi
Mosquées de Djerba Liste des monuments classés du gouvernorat de Médenine
Ouelhi Catégorie:Monument classé en Tunisie Catégorie:Ibadisme