Dominique Ngouabi Ossere est un homme d'affaires, lobbyiste et conseiller politique congolais. Fils de Marien Ngouabi, président de la République populaire du Congo de 1969 à 1977, il est une figure discrète des coulisses politiques et économiques africaines, qualifiée de « diplomate de l'ombre ». Il est notamment connu pour avoir été conseiller spécial du président centrafricain François Bozizé, pour ses activités au sein de réseaux économiques impliquant le groupe Bolloré, et pour son lobbying en faveur de la reconnaissance internationale du Kosovo par des États africains.

Biographie

Famille et origines

Dominique Ngouabi est le fils de Marien Ngouabi (1938–1977), officier et homme d'État congolais d'ethnie Kouyou, originaire d'Owando dans la région de la Cuvette. Marien Ngouabi présida la République populaire du Congo à partir du 31 décembre 1968 jusqu'à son assassinat le 18 mars 1977 à Brazzaville, dans des conditions restées partiellement obscures. Il est le fondateur du Parti congolais du travail (PCT).

En 2017, le journaliste du Monde Joan Tilouine rapporte que le leader gabonais Jean Ping, croisant Dominique Ngouabi par hasard dans les salons de l'hôtel Prince de Galles à Paris, déclare, visiblement troublé : Joan Tilouine, Le Monde Afrique — « Jean Ping : 'À Libreville, je ne mange pas de caviar et je suis encerclé par la police' » — 13 juillet 2017. Lien.

Carrière

Conseiller de François Bozizé (2003–2013)

Dès avant le coup d'État du 15 mars 2003 en République centrafricaine, Dominique Ngouabi figure parmi les compagnons de route d'exil du général François Bozizé. Africa Intelligence le cite en mars 2003 parmi les Congolais proches du nouvel homme fort de Bangui, aux côtés du pasteur gabonais Léonard Nguema et du révérend béninois Félix AoumadogbéAfrica Intelligence / La Lettre du Continent — « Amis et conseillers de Bozizé » — 27 mars 2003 (réf. 110713068). Lien.

En janvier 2004, la Lettre du Continent le signale arrivant à l'aéroport de Bangui à bord d'un jet privé, décrit comme étant à la tête de . Sa destination suivante, Bouaké, alors centre névralgique de la rébellion ivoirienne des Forces nouvelles, est présentée comme mystérieuseAfrica Intelligence / La Lettre du Continent — « Dominique Ngouabi » — 22 janvier 2004 (réf. 110844324). Lien.

En 2006, il est désigné conseiller « congolais » de Bozizé aux côtés de Richard Ondoko, son cousin éloigné. Les deux hommes servent de en Afrique du Sud dans le cadre des réseaux d'investissements gravitant autour de la présidence centrafricaineAfrica Intelligence / La Lettre du Continent — « Diamantaires sud-africains en fête » — 7 décembre 2006 (réf. 110844328). Lien.

Réseaux Bolloré et secteur minier en Centrafrique vignette|Dominique Ngouabi Ossere lors d'une cérémonie officielle aux Émirats arabes unis, 2024.|alt=5 hommes debout en costumes ou robes devant des drapeaux.

À partir de 2006, Dominique Ngouabi est au cœur d'un réseau d'affaires minières en Centrafrique qui implique directement le groupe Bolloré. La société UraMin, portée par l'homme d'affaires Sam Jonah, se voit confier la relance de l'exploitation de l'uranium de Bakouma. Ce même groupe reprend l'hôtel Oubangui à Bangui, jusqu'alors géré par Sofitel, avec une participation directe du groupe Bolloré. C'est dans cet écosystème que Dominique Ngouabi et Richard Ondoko opèrent comme intermédiaires stratégiques entre les sphères d'influence françaises et les réseaux miniers sud-africains.

Sous leur coordination, la société Concedia (Roberto Santelleri) s'allie à Gem Diamonds — fondée par Clifford Elphick, ancien cadre du groupe De Beers — dont Paolo Adani assure la direction locale. L'objectif déclaré est la recherche de diamants et d'or en Centrafrique. Parallèlement, la junior Pangea DiamondFields d'Anton Esterhuizen arrive sur le marché centrafricain avec neuf projets répartis entre Centrafrique, Congo-Kinshasa, Afrique du Sud et Angola.

La Lettre du Continent signale également la signature d'un contrat de sécurité avec Mauritz Le Roux du groupe Sparenberg Mining Safenet. Du 4 au 11 novembre 2006, des agents des services secrets sud-africains, présentés au président Bozizé comme d'anciens membres d'Executive Outcomes, séjournent en Centrafrique.

Blocs pétroliers (2006)

En 2006, Richard Ondoko — cousin éloigné de Dominique Ngouabi et éminence grise du ministre centrafricain Sylvain N'doutinguaï — est chargé de négocier deux blocs pétroliers auprès de firmes étrangères avec un mandat exclusif. Il est par ailleurs déjà impliqué dans l'affaire UraMinAfrica Intelligence / La Lettre du Continent — « Blocs pétroliers en Centrafrique » — 12 octobre 2006 (réf. 110713078). Lien.

Relations avec Alexandre Djouhri (milieu des années 1990)

Selon Claudine Munari, ancienne directrice de cabinet du président Pascal Lissouba, Dominique Ngouabi s'est lié dans les années 1990 avec l'intermédiaire franco-algérien Alexandre Djouhri, alors en quête de contacts pour négocier des contrats pétroliers au nom du Congo. D'après cette source, Dominique Ngouabi était à cette période également engagé dans des démarches de diplomatie parallèle sur le continent et à la recherche d'armement et d'hélicoptèresSimon Piel et Joan Tilouine, Le Monde Afrique, « Les réseaux africains de monsieur Alexandre Djouhri » — 10 janvier 2018. Lien. L'article, consacré aux réseaux d'Alexandre Djouhri — visé à l'époque par un mandat d'arrêt européen pour fraude et blanchiment — mentionne cet épisode dans le contexte de la guerre civile congolaise de 1997.

Lobbying pour la reconnaissance du Kosovo (2011)

En octobre 2011, Africa Intelligence identifie Dominique Ngouabi comme l'un des lobbyistes africains actifs en faveur de la reconnaissance internationale du Kosovo. Il agit aux côtés de Mohamed Condé, fils du président guinéen Alpha Condé, et d'Hamilton Houphouët-Boigny dit « HHB », petit-neveu de Félix Houphouët-Boigny, qui opère via son cabinet Lobbyist-République. Ces actions contribuent à plusieurs reconnaissances africaines du Kosovo, dont celle de la Côte d'Ivoire en septembre 2011Africa Intelligence — « Le lobbying gagnant de Pristina sur le continent » — 20 octobre 2011 (réf. 110712681). Lien.

Réseau franco-africain

Dominique Ngouabi est une figure caractéristique de la Françafrique, évoluant dans les réseaux informels qui articulent intérêts économiques français, diplomatie discrète et politique africaine. En 2017, il croise le leader de l'opposition gabonaise Jean Ping dans les salons de l'hôtel Prince de Galles à Paris, à qui il déclare : . Le journaliste du Monde observe que la scène illustre .

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Marien Ngouabi François Bozizé Françafrique Bolloré Kosovo Alpha Condé Jean Ping Executive Outcomes Alexandre Djouhri

Liens externes « Jean Ping : 'À Libreville, je ne mange pas de caviar et je suis encerclé par la police' », Le Monde Afrique, 13 juillet 2017

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