Pierre Adrien François Pélissié, né le à Cahors (Lot) et mort le à Paris, est un général de corps aérien français, qui s’est illustré dans la Résistance à la Libération de Toulouse, et pendant la Guerre d’Indochine sous le commandement du général de Lattre, puis du général Salan. Il terminera sa carrière au Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (en anglais, SHAPE), en tant que coordonnateur des Forces aériennes alliées du Centre-Europe (AIRCENT).
Biographie
Environnement familial
Pierre Adrien François Pélissié naît le 22 avril 1906 à Cahors dans le département du Lot. Fils de Léon, directeur de l’imprimerie catholique, et de Clémentine Courbebaisse, tous deux originaires du Quercy, il fait sa scolarité au Lycée Gambetta de la ville.
Formation militaire
Orphelin de père, il bénéficie d’une bourse qui lui permet d’intégrer l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1924Service historique de la Défense (Vincennes), ESM Promotion 1924, Dossier individuel de carrière, cote AI 1 P 38439 1dans la promotion du RifGénéral Jean Boÿ, Historique de la 111e promotion (1924-26), promotion du Rif, édition juin 2008, 16 septembre 2010, et choisit l’aviation à sa sortie.
Son brevet de pilote () en main, il est affecté au régiment d’aviation de chasse à Strasbourg, dont il prendra le commandement le 30 juillet 1931Service historique de la Défense (Vincennes), Etat signalétique des services, Dossier individuel de carrière, cote AI 1 P 38439 1,.
En Afrique-Occidentale française (AOF)
En mai 1933, il est affecté à la escadrille de l’AOFDe l’escadrille d’AOF 3 au GLA 48 à Gao, dont il prend le commandement en août de l’année suivante. Après avoir mené des dizaines de missions dans les confins sahariens, il est affecté au bureau (logistique, transport, ravitaillement) de l’état-major et rentre en métropole avec la croix de guerre TOE et une citation à l’ordre de la BrigadeService historique de la Défense (Vincennes), Ordre n°9 du 26 février 1936, Livret-matricule d’officier, Dossier individuel de carrière, cote AI 1 P 38439 1.
Entretemps, il a épousé sur place (28 février 1935) la fille d’un officier d’infanterieArchives départementales des Deux-Sèvres, Registres matricules, Classe 1899, n°1309 mort pour la France pendant la Grande Guerre, Odette Robinet, qui lui donnera deux filles.
La Seconde Guerre mondiale
Au Levant
A sa sortie de l’école de guerre (1939), où il est qualifié d’officier « d’élite »Service historique de la Défense (Vincennes), Bulletin individuel de notes, année 1939, Dossier individuel de carrière, cote AI 1 P 38439 1, il est affecté à l’état-major des forces aériennes françaises en Orient-Méditerranée (FAFOM) du Levant à Beyrouth. Il y dirige le bureau (opérations) au moment où l’armée de l’air décide, par ordre du général Vuillemin (16 juin 1940), de rejoindre l’Afrique du Nord.
Appuyé par le général JauneaudHervé Artzet, Le général Jean-Henri Jauneaud, une personnalité aéronautique de l’Entre-deux-guerres, Revue historique des Armées, Année 1999, n°217, p. 46-56 qui le considère comme un « candidat hors de pair »Service historique de la Défense (Vincennes), Bulletin individuel de notes de campagne, année 1940, Dossier individuel de carrière, cote AI 1 P 38439 1, Pélissié est promu commandant en septembre 1940, puis envoyé à l’état-major Air à Vichy, avant de prendre le commandement d’un groupe de chasse basé à Marignane deux ans plus-tard : le II/8. Ce dernier sera dissout après le débarquement allié en Afrique du Nord, précipitant la décision de Pélissié de demander un congé d’armistice et de prendre un poste à Toulouse lui permettant de rejoindre l’ORA (organisation de résistance de l’Armée), sans abandonner ses hommes. Condition indispensable pour nombre d’officiers, comme l’explique l’historien Robert PaxtonRobert O. Paxton- Claude d’Abzac-Epezy, L’armée de Vichy — Le corps des officiers français 1940-44, Tallandier Éditions, 2006, p. 43-44, « [..] Seuls ceux qui se situaient en dehors de ce réseau étroitement soudé de responsabilités et de devoirs pouvaient se libérer et suivre leurs inclinations naturelles » .
La Résistance
A l’état-major du Corps franc Pommiès, il participe à l’occupation de Mirande (8 juin 1944) et à la libération de Toulouse (17-24 août 1944), où Ravanel le nommera commandant des forces aériennes FFI de la Région 4Service historique de la Défense (Vincennes), Dossier administratif de Résistant, cote 16P 463543. Il constituera alors 2 groupes d’aviationMichel Goubet, La Résistance dans le Midi toulousain, Editions Privat, 2015, p. 358-359 : chasse et bombardement, qui effectueront de nombreuses missionsMarie-Catherine Villatoux, De la Résistance à l’armée de l’Air : Les FFI de l’Air, Revue historique des armées, n°2/1994, p. 79-87. . En particulier, pendant la réduction des poches de l’Atlantique de Royan et la Pointe-de-Grave. Une contribution qui lui vaudra la croix de guerre 1939-1945 avec une citation à l’ordre de la DivisionService historique de la Défense (Vincennes), Livret-matricule d’officier, Dossier individuel de carrière, cote AI 1 P 38439 1 :
.
L’accident
Sur la route de Marignane afin de rejoindre sa base de « réentraînement » à Meknès, il est victime d’un grave accident de voiture en novembre 1944Service historique de la Défense (Vincennes), Blessures, Livret-matricule d’officier, Dossier individuel de carrière, cote AI 1 P 38439 1. Après plus d’un an de convalescence, il ne retrouvera pas l’usage complet de son bras droit et sera autorisé à saluer de la main gauche. Promu colonel, il est nommé à la tête du Groupement des moyens militaires de transport aérien (GMMTA) nouvellement créé. Une occasion pour lui de reprendre le manche à balai, malgré l’infirmité de son bras droit.
La guerre d’Indochine
Avec le général de Lattre de Tassigny
Général en août 1950, Pélissié est nommé en novembre comme adjoint au commandant de l’Air en Extrême-Orient. Ce, au moment où le général de Lattre prend le commandement en chef des forces françaises en Indochine. Saluant son action dans la bataille du Day (juin 1951), de Lattre le cite à l’ordre de l’ArméeDécision du 29 septembre 1951, Journal Officiel du 4 octobre 1951, et lui confie le commandement du GATAC (groupement aérien tactique) Nord, qui couvre le Tonkin, région très sensible du fait de sa proximité avec la Chine. .
La bataille de Nghia Lo
Quatrième victoire de De Lattre depuis son arrivée en Indochine, cet affrontement au Tonkin (octobre 1951) est une nouvelle occasion de s’illustrer pour PélissiéAlexander Zervoudakis, L’emploi de l’armée de l’air en Indochine 1951-1952, Revue historique des Armées Année 1992 186 pp. 77-88, La bataille de Nghia Lo, p. 88 . Il y glane une seconde citation à l’ordre de l’ArméeDécision du 18 mars 1952, Journal Officiel du 22 mars 1952, attribuée par le général Salan, adjoint de De Lattre. .
La bataille de Hòa Bình
Dernier succès de De Lattre dans le redressement militaire de l’Indochine, cette opération (fin 1951-début 1952) visant à empêcher les troupes du Việt Minh de s’emparer du delta du Tonkin voit l’action déterminante de l’aviationAlexander Zervoudakis, L'armée de l'Air et Hoa Binh, Revue historique des Armées Année 1995 198 pp. 89-97 sous les ordres de Pélissié reconnue par une troisième citation avec palmeDécision du 25 juin 1952, Journal Officiel du 4 juillet 1952 (page 6684) :
. A l'issue de son séjour en Indochine, il est nommé commandant de la 1ère région aérienne à DijonDécision du 21 juillet 1952, Journal Officiel du 23 juillet 1952 (page 6684).
Retour en métropole
Au haut-commandement de l’armée de l’Air
La qualité de son service une nouvelle fois remarqué, il est appelé au haut-commandement de l’armée de l’Air (octobre 1953) pour y être nommé général-adjoint au major général de l’armée de l’Air, en charge du plan et des questions interalliées.
La mission extraordinaire Ely-Salan-Pélissié (16-26 mai 1954) Après le désastre de Dien Bien Phu en mai 1954, le général PélissiéJournal Le Monde, 18 mai 1954, Le général Pélissier accompagne les généraux Ely et Salan en Indochine, Les généraux Ely, chef d'état-major général des forces armées, et Salan, ancien commandant en chef en Indochine, ont quitté Orly dimanche soir pour Saigon, en compagnie du général Pélissier, adjoint au major général de l'armée de l'air, par l'avion régulier d'Air France Paris-Tokyo. Il est vraisemblable que le chef d'état-major général et ses conseillers se rendront à Hanoï dès le 19 pour étudier la situation dans le Delta. Le général de brigade aérienne Pélissier, qui étudiera plus particulièrement les questions concernant l'armée de l'air, est âgé de quarante-huit ans. Sorti de Saint-Cyr dans l'aviation, il accomplit avant la guerre d'importants vols de reconnaissance dans les régions désertiques, notamment dans le Tanezrouft. Organisateur du groupement de résistance Air de la région de Toulouse, il est immobilisé en 1944 par les suites d'un grave accident. En 1950, le général Pélissier part pour l'Extrême-Orient comme adjoint au général commandant de l'air. Sa nomination à ce poste ne l'empêche pas d'accomplir personnellement trente-cinq missions de guerre particulièrement délicates. Lorsque son chef, le général Harteman, disparaît au cours d'un vol au-dessus de la zone vietminh, il prend sa succession jusqu'en 1952. Rentré en France, il devient commandant de la 1er région aérienne. Depuis le 1er octobre dernier le général Pélissier est adjoint au général Gelée, major général de l'armée de l'air. sera sollicité, compte-tenu de sa connaissance du terrain, par le général Ely, chef d’état-major des Armées, pour participer avec le général Salan, à une enquête sur ses causesRevue de défense nationale, Après Dien-Bien-Phu, Nouvelle série, Tome XIX, 10e année, Chronique de l’Union française, 1er juillet 1954, p. 125/133 . La mission extraordinaire décolle d'Orly le 17 mai 1954La Bourgogne républicaine, n°114, 18 mai 1954, Le départ à Orly des généraux Ely, Salan et Pélissier pour leur mission extraordinaire en Indochine . Les conclusions du rapport des trois généraux, publiées dans la presse, feront grand bruitEncyclopaedia Universalis, Raoul Salan (1899-1984) et donneront lieu à l'affaire des fuitesMichel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d'histoire, Larousse-Bordas, 1996, tome d-h, p. 2314, Fuites (affaire des). Elles préconisent en effet l'envoi du contingentLe Libertaire, Numéro spécial hors-série, 4 juin 1954, L'État-major exige l'envoi du contingent en Indochine .
Au GMMTA et à l’OTAN
Centre névralgique de la logistique aérienne, le GMMTA (Groupement des moyens militaires de transport aérien) est une unité familière de Pierre Pélissié. Il en fut son chef d’état-major en 1947 et ses talents y font merveille. A telle enseigne, qu’il est nommé pour représenter la France au Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (en anglais, SHAPE, Supreme Headquarters Allied Powers Europe ), en tant que « coordonnateur de la Défense aérienne des forces alliées en Europe centrale (AIRCENT) ».
Le général Pélissié y gagnera sa 4e étoileDécret du 7 février 1959, Journal Officiel du 11 février 1959 à 52 ans, après avoir été élevé à la dignité de grand-officier de la Légion d’honneurDécret du 12 février 1958, Journal Officiel du 21 février 1958 (page 1893).
Admis dans la 2e section du cadre des officiers généraux en avril 1966Décision n°5757 du 16 mars 1966, il s’éteint à Paris deux ans plus tard.
Distinctions
Décorations françaises
Grand officier de la Légion d’honneur du 19 mars 1958 (commandeur du 29 mai 1952, officier du 31 décembre 1947, chevalier du 21 juillet 1936)
(1 citation à l’ordre de la Division)
(3 citations à l’ordre de l’Armée, 1 à l’ordre de la Brigade)
avec agrafes « Sahara (1934) », « Maroc (1935) », « AOF (1936) », « Extrême-Orient »
Décorations étrangères
Croix de la Vaillance (Vietnam) (1 citation à l’ordre de l’Armée, 20 décembre 1951))