La Parque et l'Amour est un groupe sculpté allégorique en plâtre patiné réalisé en 1877 par le peintre, graveur et illustrateur français Gustave Doré. Il s'agit de sa première œuvre sculptée. Le modèle monumental original en plâtre, haut de 230 cm et large de 150 cm, est conservé au musée d'Orsay depuis son acquisition en 2023musée d'Orsay..
Description La sculpture représente Atropos, l'une des trois Moires de la mythologie grecque équivalent des Parques de la mythologie romaine, chargée de couper le fil de la vie, et Éros, dieu de l'amour, figuré sous les traits d'un adolescent nu. Doré y développe le thème traditionnel de l'opposition et de l'interdépendance entre l'amour et la mort (Éros et Thanatos). La composition adopte une structure triangulaire. La figure imposante et austère d'Atropos domine celle d'Éros, dont la pose élégante rappelle les modèles de la statuaire antique, tandis que le traitement du lourd drapé de la Parque évoque certaines représentations renaissantes de la Vierge à l'Enfant.
L'œuvre se distingue par une iconographie particulièrement riche. Autour des deux personnages apparaissent plusieurs attributs symboliques : des ciseaux, un sablier, un carquois, une quenouille et un arc, aujourd'hui disparu. À l'origine, un fil relie ces différents éléments. Il forme d'abord la corde de l'arc d'Éros, passe ensuite entre les lames des ciseaux tenus par Atropos, traverse les mains des deux figures avant de rejoindre une quenouille placée sur la terrasse, elle aussi disparue. Ce dispositif matérialise le lien entre l'amour et le destin humain, soumis au temps et à la mort.
Les photographies anciennes ainsi que les réductions commercialisées du groupe permettent de restituer cette composition maintenant incomplète.
L’oeuvre est signé devant sur la terrasse.
Interprétation Par cette œuvre, Doré propose une méditation sur la condition humaine. L'Amour apparaît soumis au pouvoir de la Parque, mais le fil qui unit les deux figures suggère également leur complémentarité. Dans une lettre rédigée alors qu'il envisage de transformer la sculpture en monument dédié à Alfred de Musset, l'artiste précise que la figure de la Parque ne symbolise pas uniquement la mort, mais aussi « l'âge, la vieillesse, la beauté effacée et le temps des illusions perdues », inscrivant son œuvre dans une réflexion mélancolique sur le passage du tempsJournal open..
Contexte de création et réception Gustave Doré aborde tardivement la sculpture, après avoir acquis une renommée internationale comme peintre et illustrateur. Autodidacte dans cette discipline, il entreprend néanmoins des œuvres monumentales d'une grande maîtrise technique. Conscient des réserves que suscite cette nouvelle orientation de sa carrière, il écrit avant la présentation de l'œuvre qu'il s'attend à des critiques, tout en espérant trouver « de bons défenseurs »Notice Orsay 2.
La Parque et l'Amour est présentée au Salon de 1877, puis à l'Exposition universelle de 1878. Si la virtuosité de son exécution est saluée, plusieurs critiques jugent la composition trop démonstrative en raison de l'abondance de ses intentions symboliques. Cette sculpture constitue, avec La Gloire étouffant le Génie, la première manifestation de l'ambition sculpturale de Doré. Les deux groupes monumentaux mettent en scène une figure féminine dominante associée à un jeune éphèbeNotice BNF..
Historique La Parque et l'Amour est présentée pour la première fois au Salon de 1877, où Gustave Doré expose sa première œuvre sculptée. L'année suivante, le groupe figure à l'Exposition universelle de 1878. À cette occasion, si la maîtrise technique de l'artiste est reconnue, certains critiques jugent la composition trop démonstrative en raison de la profusion de ses références symboliquesNotice Orsay 3.
Après son exposition parisienne, le plâtre monumental est envoyé à Londres, où il est présenté à la Doré Gallery entre 1878 et 1883. L'œuvre demeure ensuite dans la collection de Gustave Doré jusqu'à la vente organisée après la mort de l'artiste à l'Hôtel Drouot, les 10 et 11 avril 1885. À l'issue de cette vente, le groupe est acquis par le fondeur Victor Thiébaut, qui obtient également les droits de reproduction. Comme pour plusieurs autres œuvres de Doré, Thiébaut envisage vraisemblablement d'en réaliser une fonte en bronze. Ce projet ne voit cependant jamais le jour.
Au cours du XXe siècle, le plâtre appartient successivement à plusieurs collections particulières. Il est notamment conservé au château de Balaine, à Villeneuve-sur-Allier, puis au château du Champ-de-Bataille, dans l'Eure.
En 2023, le modèle original est acquis par l'État pour le musée d'Orsay.
Autres versions
Le groupe connaît une diffusion sous forme de réductions commercialisées du vivant de Gustave Doré, réalisées notamment en bronze ou en terre cuite. Des exemplaires sont notamment conservés : au musée de Brou à Bourg-en-Bresse (terre cuite) ; à Buenos Aires (terre cuite ou argile) ; à Ottawa (bronze).
Notes et références
Notice Orsay 4. C2RMF.
Liens externes
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