Les relations entre la Bolivie et les États-Unis sont établies en 1837 avec la première visite d'un ambassadeur américain dans la Confédération péruvio-bolivienne. La Confédération se dissout en 1839 et les relations bilatérales ne reprennent qu'en 1848, lorsque les États-Unis reconnaissent la Bolivie comme un État souverain et nomment John Appleton chargé d'affaires.
Tout en s'opposant à d'autres gouvernements se déclarant « révolutionnaires », les États-Unis s'engagent auprès du Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR) après la révolution bolivienne de 1952, dans le but d'orienter la politique du pays vers la droite. En 1971, le gouvernement des États-Unis considère le président Juan José Torres comme anti-américain et finance des officiers militaires qui complotaient pour le renverser. Le général Hugo Banzer prend le pouvoir plus tard dans l'année suivant un coup d'État et son gouvernement entretient des relations de coopération avec les États-Unis, alors gouvernés successivement par Richard Nixon et Gerald Ford. Cependant, sous l'administration de Jimmy Carter, les États-Unis soutiennent une transition démocratique et s'opposent aux coups d'État de 1979 et de 1980 menés respectivement par les généraux Alberto Natusch Busch et Luis García Meza. Les États-Unis soutiennent le virage néolibéral de 1985, entrepris sous le gouvernement de Víctor Paz Estenssoro, qui avait également dirigé la Bolivie après la révolution de 1952.
À partir des années 1980, les États-Unis s'impliquent fortement dans la lutte contre la culture et le trafic de feuilles de coca, ingrédient de la cocaïne, en Bolivie. Ils fournissent formation et matériel pour une campagne d'éradication axée dans la province du Chapare. Cependant, en 2005, Evo Morales, figure emblématique de la culture de la coca, est élu président de la République avec son parti, le Mouvement vers le socialisme. Morales critique publiquement la politique américaine et rapproche la Bolivie du Venezuela, de Cuba, de la Russie et de la Chine. Suite à la crise politique de 2008, Morales rompt les relations diplomatiques, expulse l'ambassadeur Philip Goldberg, la Drug Enforcement Administration et l'USAID. Les négociations menées par la suite entre les deux gouvernements ne permettent pas de rétablir ces relations. Après la démission de Morales en novembre 2019, le gouvernement du Mouvement démocrate social de Jeanine Añez renoue avec les États-Unis et l'aide de l'USAID est rétablie. Les relations bilatérales sont rétablies après les élections générales boliviennes de 2025 lors de l'élection du gouvernement de Rodrigo Paz Pereira.
D’après le rapport américain sur le leadership mondial de 2012, 34 % des Boliviens approuvent « l’action des dirigeants américains », tandis que 26 % la désapprouvent et 40 % sont indécis. Dans un sondage d’opinion mondial réalisé en 2013, 55 % des Boliviens ont une opinion favorable des États-Unis, contre 29 % qui expriment une opinion défavorable.
Histoire
Relations contemporaines vignette|Le président bolivien élu Rodrigo Paz avec le secrétaire d'État américain Marco Rubio en octobre 2025. Le début du mandat d'Evo Morales à titre de président de la République en 2006 ravive les tensions entre la Bolivie et les États-Unis. Son programme comprend des mesures pour restituer les terres et le pouvoir au peuple aymara de Bolivie, nationaliser les industries clés et légaliser l'usage de la coca, une plante médicinale traditionnelle indigène. En septembre 2008, le président américain George W. Bush inscrit la Bolivie sur la liste noire des pays antidrogue, aux côtés du Venezuela. Il déclare que la Bolivie avait « manifestement échoué » à respecter ses engagements en matière de lutte contre la production et le trafic de drogues illicites, principalement la cocaïne. Une semaine plus tard, Evo Morales déclare que les États-Unis ont tenté de contrecarrer sa politique intérieure et n'ont pas condamné un mouvement autonomiste ayant recours à des tactiques terroristes dans l'est du pays. Il raconte qu'en 2002, alors qu'il était député, l'ambassadeur américain l'avait accusé d'être un trafiquant de drogue et un assassin, et que ce même ambassadeur l'avait par la suite qualifié de Ben Laden andin et avait menacé de couper l'aide si les Boliviens votaient pour lui. Morales accuse la CIA d'avoir aidé le régime antérieur en Bolivie et déclare que l'armée américaine avait soutenu des livraisons d'armes illégales aux rebelles.
En novembre 2010, Morales accuse les États-Unis d'aider les tentatives de coup d'État au Venezuela, en Bolivie et en Équateur, ainsi que le coup d'État réussi au Honduras, tout en dénonçant les tentatives des États-Unis de définir avec qui la Bolivie devrait entretenir des relations étrangères, faisant allusion aux désaccords sur d'éventuelles négociations entre l'Iran et la Bolivie.
En septembre 2018, lors d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, Morales accuse les États-Unis de promouvoir la torture. Il critique également le président Donald Trump pour ses menaces envers le Venezuela et son opposition à la Cour pénale internationale.
Incident de l'avion de Morales Les relations entre les États-Unis et la Bolivie se sont encore détériorées en juillet 2013, lorsque l'avion du président bolivien Evo Morales, de retour de Russie, a dû atterrir à Vienne, en Autriche après que la France, l'Espagne, le Portugal et l'Italie aient informé la Bolivie que leur espace aérien serait fermé à son appareil en raison de rumeurs non fondées selon lesquelles le lanceur d'alerte américain Edward Snowden se trouvait à bord. Morales prétend que les États-Unis avaient fait pression sur les pays européens pour l'empêcher de rentrer chez lui. De retour à La Paz, il déclare qu'il envisage de fermer l'ambassade américaine dans la ville, affirmant : « Nous n'avons pas besoin de l'ambassade des États-Unis ».
Gouvernements de Jeanine Áñez et de Luis Arce En novembre 2019, suite aux accusations de fraude lors des élections générales et et à la crise politique qui s'en est suivie, Evo Morales démissionne de son poste de président et la sénatrice Jeanine Áñez prend le pouvoir. Après la destitution de Morales, Áñez améliore progressivement les relations avec les États-Unis, qui étaient au plus bas sous l'administration Morales, et nomme un ambassadeur temporaire aux États-Unis pour la première fois en plus de dix ans.
Après les élections générales d'octobre 2020 et la victoire du candidat socialiste Luis Arce, les relations se détériorent à nouveau malgré une tentative d'Arce d'améliorer les liens avec les États-Unis. Lorsque Jeanine Áñez et plusieurs de ses ministres sont arrêtés en mars 2021 et inculpés de crimes liés aux massacres perpétrés durant les premiers jours de sa présidence, les relations bilatérales ont atteint un point critique, suite aux déclarations du secrétaire d'État américain Antony Blinken et aux appels à la libération d'Áñez. En réponse, le gouvernement Arce accuse les États-Unis d'ingérence dans les affaires intérieures de la Bolivie.
Rapprochement En octobre 2025, le président élu de Bolivie, Rodrigo Paz Pereira, déclare vouloir rétablir les relations avec les États-Unis. Christopher Landau, secrétaire d'État adjoint américain, assiste à l'investiture de Paz en novembre 2025, rencontre le ministre des Affaires étrangères désigné, Fernando Aramayo, et annonce que les deux pays rétabliront leurs relations au niveau des ambassadeurs.
En décembre 2025, le gouvernement Paz annonce que les ressortissants américains pouvaient se rendre en Bolivie sans visa. En février 2026, la Bolivie rétablit son alliance antidrogue avec la DEA après une interruption de près de 18 ans, ce qui signifie que la DEA est de nouveau présente en Bolivie. En mars 2026, le président Rodrigo Paz rencontre le président Donald Trump lors du sommet « Bouclier des Amériques » à Miami, aux États-Unis.
Aide américaine en Bolivie vignette| Livraison de vaccins des États-Unis contre le coronavirus en Bolivie par le biais du programme COVAX (2021). Plusieurs projets de développement, notamment dans les zones rurales, sont mis en œuvre en Bolivie par le biais de l'USAID, et ce, depuis les années 1960 et par l'entremise d'organisations non gouvernementales (ONG), du secteur privé et du gouvernement bolivien. Ces projets visent à répondre à des enjeux tels que la pauvreté et l'exclusion sociale des populations historiquement défavorisées, principalement en zone périurbaine et rurale, le renforcement d'institutions démocratiques, le développement des entreprises et du commerce, l'utilisation durable des ressources naturelles et la conservation de la biodiversité, la mise sur pied d'alternatives à la culture illicite de la coca et la sécurité alimentaire.
En août 2007, le vice-président bolivien Álvaro García Linera déclare que l'ambassade américaine utilise les programmes d'aide pour financer les opposants politiques du gouvernement, essayant de développer une « résistance idéologique et politique ». Il cite comme exemple le financement par l'USAID de Juan Carlos Urenda, auteur d'un plan pour la sécession du département de Santa Cruz. Un porte-parole du département d'État a démenti l'accusation, et des responsables de l'USAID ont déclaré avoir apporté leur soutien à tous les gouverneurs boliviens, et pas seulement à ceux de l'opposition. Dans un décret rendu par la Cour suprême de Bolivie d'octobre 2007, un article stipule que la Bolivie n'acceptera pas d'argent assorti de conditions politiques ou idéologiques. Evo Morales a déclaré : « Le projet impérialiste consiste à essayer de découper la Bolivie, et avec cela de découper l’Amérique du Sud, car elle est l’épicentre de grands changements qui progressent à l’échelle mondiale ». En mai 2013, le président Evo Morales renvoie le programme de l'USAID pour avoir prétendument tenté de saper le gouvernement en soutenant l'opposition.
En janvier 2020, le président Donald Trump décide de lever une restriction sur l'aide des États-Unis à la Bolivie, suite à la démission d'Evo Morales et de son gouvernement en novembre 2019.
Critiques boliviennes sur la politique des États-Unis Selon le département d'État des États-Unis, sous la présidence d'Evo Morales, l'hostilité et les provocations du gouvernement bolivien à l'égard des États-Unis ont tendu en 2008 les relations bilatérales. En juin, le gouvernement bolivien approuve l'expulsion de l'USAID de la plus grande région productrice de coca du pays puis en septembre, le président Morales expulse l'ambassadeur Philip S. Goldberg de Bolivie, le déclarant persona non grata. En novembre, le président Morales expulse la Drug Enforcement Administration (DEA) du pays au motif que « son personnel soutient les activités du coup d'État manqué en Bolivie » mettant ainsi fin à 35 ans d'activité de la DEA en Bolivie. Morales prétend de plus que Philip Goldberg « conspire contre la démocratie et cherche à diviser la Bolivie ». En novembre 2025, le gouvernement de Rodrigo Paz rouvre le pays à la DEA.
Gustavo Guzman, l'ambassadeur de Bolivie à Washington, est expulsé en représailles. Guzman déclare : « Historiquement, l'ambassade américaine a l'habitude de dicter sa loi en Bolivie, de violer notre souveraineté et de nous traiter comme une république bananière ». Il affirme que les États-Unis soutiennent ouvertement les politiciens de Santa Cruz qui réclament l'autonomie, notamment le maire de Santa Cruz de la Sierra Percy Fernandez et le préfet Rubén Costas. L'ambassadeur Goldberg rencontre d'ailleurs Costas en août 2008. Immédiatement après la visite, Costas prend le pouvoir, déclare que Santa Cruz est autonome et ordonne la prise de contrôle des bureaux du gouvernement national. La visite à Santa Cruz est l'élément déclencheur de l'expulsion de Goldberg.