Henri Labouret, né le à Laon et mort le à Paris, est un militaire et administrateur colonial français. Après une carrière militaire puis administrative en Afrique-Occidentale française (AOF), il devient l'une des figures de l'africanisme français de la première moitié du , comme ethnologue et linguiste, spécialiste des sociétés et des langues d'Afrique de l'Ouest.

Biographie Henri Labouret est le fils d'Émile Adolphe, avoué, et de Marie Albertine Millet . Il se marie avec Louise Gabrielle Rose Terrasson de Fougères C’est la fille de Henri Paul Terrasson de Fougères et Zoé Lucrèce Pascal, et sœur de Jean Henri Terrasson de Fougères. Celui-ci aurait eu, d’une liaison extraconjugale, un fils nommé Jean Terrasson Kourouma, le père de Chantal Compaoré, épouse de Blaise Compaoré., le 22 octobre 1926 à Rochemaure (Ardèche).

Carrière militaire Henri Labouret s’engage le 29 octobre 1897. Il est incorporé au d’infanterie comme soldat de . Il est mis en disponibilité le 17 septembre 1898 en tant qu'étudiant en droit. Il est nommé caporal le puis sergent le 26 août 1901. Il reprend le service actif le 15 novembre 1901 dans le même régiment. Il intègre l’École militaire d’infanterie à Saint-Maixent le 5 avril 1907, comme élève-officier. Le , il est affecté au 5e régiment d'infanterie coloniale avec le grade de sous-lieutenant. Le 21 mars 1910, il est affecté au 4e régiment de tirailleurs sénégalais, et est promu lieutenant le . Puis il est transféré au 1er régiment de tirailleurs sénégalais le et au d’infanterie le 18 avril 1911 . vignette|Carte du pays Agba en Côte d'ivoire en 1916. Le 21 mars 1910, Henri Labouret est incorporé comme sous-lieutenant au de tirailleurs sénégalais qui opère dans le pays Abbey et dont l’objectif est de soumettre les Yaourés, les Ayahous, les Kodès et une partie des Nanafouès. Il obtient le grade de lieutenant le et est incorporé au régiment de tirailleurs sénégalais le . Lors de la campagne contre les Agbas (du juillet au ), avec le lieutenant de Bazelaire et 3 sous-officiers européens, sous les ordres du capitaine Posth, à la tête de 100 tirailleurs de la , il quitte Dimbokro le et se dirige vers Aoussoukro. Après avoir désarmé les tribus Satiahiry-Nassian et Satiahiry-Ahuakréfoué, il participe au combat contre les Guinas et les Assikafoués sur la rive droite du N’Zi. Ceux-ci sont dispersés et leurs campements sont détruits. Le 23 juillet 1910, sous les ordre du capitaine Garnier, il quitte Aoussoukro et arrive le 25 juillet à Nangokro. Il combat les Halis-Apasa Mankanfoués et les Mongas qui sont désarmés, puis rejoint la colonne du chef de bataillon Maritz à Dida Moessou où un poste provisoire est installé le 28 juillet. Le 20 août 1910, il quitte Dida Moessou pour combattre les Agbas du sud à Assiékokoré. Les 8 et 9 septembre 1910, il traverse le N’Zi à Kokokro. Le village d’Akpokro est pris le 10 septembre, et Attenson le 17 septembre. Du 24 au 30 septembre, les villages Pandanfoués sont occupés. Les Kougrafoués et les Abbeys-Dolofoués sont soumis à la fin du mois d’octobre, et les Guinas et les Satiahiris rendent leurs armes. Le décembre, tout le territoire Agba est soumis et l'ensemble de la colonne retourne à Dimbokro .

Le 23 janvier 1911, au bivouac de Sibounou, il est grièvement blessé par une balle qui pénètre dans l'avant-bras droit et ressort dans le dos, à droite de la colonne vertébrale. Il est rapatrié et hospitalisé à l’hôpital militaire du Val de Grace. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le 20 mai 1911 .

vignette|Sukala Lobi La Dépêche coloniale illustrée du 30 avril 1912. vignette|République de la Haute-Volta, Gaoua, 1958. En janvier 1912, Henri Labouret, lieutenant d'infanterie colonial, est muté en Afrique-Occidentale française . Il est affecté à l'administration coloniale, comme commis aux affaires indigènes et réside à Diebougou , comme commandant du « Cercle Lobi » . La région pacifiée est peuplée en majorité de Dagari . Il apprend les langues Birifor et le Dian .

En juin 1914, son séjour est prolongé et il est affecté avec le grade de capitaine, au commandement du Cercle de Gaoua, en remplacement du capitaine Gateau. Il occupe ce poste jusqu'en août 1924, avec une coupure pour un séjour en France de mai 1920 à juillet 1921 . Cette région, peuplée de Lobi et Birifor, était l'une des dernières régions non « pacifiée » en Afrique-Occidentale française . Il apprend le Lobiri .

Rapport du capitaine Labouret du 15 septembre 1917 (ANSI,Abidjan, 5E-E10 L'indigène Lobi demeure arrogant, tue nos partisans, nous refuse ses services et ses denrées... Nous ne sommes réellement maîtres que du sentier que nous parcourons momentanément et du poste que nous occupons .

Dans le cadre de la guerre du Bani-volta, de novembre 1915 à mai 1916, il participe à une campagne de répression suite à une révolte à Dedougou .

Pacification du pays Lobi 1912-1924 vignette|1902 terrasse sukala lobi Pintouri mission Delafosse. vignette|1902 danse birifor guiombalé mission Delafosse. Henri Labouret installa une nouvelle politique, en découpant le pays Lobi en chefferies de villages et de canton et en nommant les chefs de terre (dithíldaàr Le dithíldaàr (chef et prêtre de la Terre), est chargé de régler toutes les affaires temporelles ou religieuses. Cette fonction transmet de père à fils depuis l'ancêtre qui a fondé le village. Voir Lobi (peuple)#Organisation socio-religieuse) comme chefs politiques . Il instaura la traque des agitateurs et infligea des punitions sévères dont la peine de mort . vignette|Arc, carquois et flèches Lobi, provenant de la région de Gbomblora au Burkina Faso. vignette|Fusil Lebel Modèle. 1886. Les Lobi et Birifor ne se séparaient jamais de leurs arcs et de leurs flèches (empoisonnées). Les vols, les rapts, les homicides entre ces populations belliqueuses, où le concept de vendetta était enraciné, dégénéraient en homicides en cascades En 1916, il y eut 20 assassinats à Napindo ; 25 à Vérankera ; 31 à Dioména, qui déclencha une bataille rangée entre les villages de Dioména et de Kuanhèla qui fit 5 morts .. Il y mena une répression féroce, destruction des maisons, des récoltes, emprisonnement et sévices . La méthode utilisée pour soumettre les « rebelles » était la suivante : la colonne arrivait au petit jour et encerclait le village ou la maison (Sukala). Un feu nourri se déchaînait sur les habitants retranchés sur le toit terrasse de leurs maisons (d’où ils fléchaient les assaillants), en les obligeant à se retrancher à l’intérieur. Puis des tirailleurs escaladaient la maison, et lançaient des grenades suffocantes ou à fragmentation. Ceux qui s’échappaient étaient tués ou faits prisonniers et les maisons détruites par des tirs d’obus .vignette|Canon de montagne de 80 mm système de Bange.En 1915, dans le village de Dankana, qui refusait de pays l'impôt, le travail forcé et la fourniture de vivres et de matériaux, 24 chefs de familles sur 40 furent faits prisonniers et amenés à Gaoua. À un bivouac à Batié le 13 mars, Henri Labouret intervint pour ramener le calme. Le lendemain, lors de leurs transferts vers la prison de Gaoua, sous le commandement d'un caporal et de 12 tirailleurs, 5 prisonniers s'échappèrent, 4 furent tués et le 5e réussit à s'échapper H. LABOURET, Extrait du rapport de mars 1915, Abidjan, Archives nationales de la Côte-d'Ivoire, 5.E.E., 10..

À partir de 1917, il durcit l'interdiction du port des arcs et carquois instituée en 1913, mais conscient que cette interdiction provoquerait des révoltes (les Lobi les portant comme une parure virile), il interdit la fabrication de flèches empoisonnées les Lobi utilisaient des poisons végétaux Strophantus Sarmen ou organiques issus du venin de vipère ou de la décomposition des cadavres . En 1919 1 200 000 flèches furent saisis et en 1920 2 000 000 ., en procédant à l'arrachage des pieds de Strophantus et à l'interdiction de la culture, du commerce et de la détention de poisons végétaux, ce qui provoqua des rébellions jusqu'en 1922 .

Le 20 avril 1918, il composa une colonne de 50 tirailleurs et 10 cavaliers auxiliaires, pour punir les habitants du village de Koudio, qui attaquaient les villages de Malba et de Dia. Les prisonniers furent transférés à Gaoua et déférés au tribunal sous l'inculpation de meurtres Henri LABOURET, Extrait du rapport du 25 mai 1918, Dakar, Archives nationales du Sénégal, 15.G./194..

En 1919, sept cavaliers auxiliaires, en campagne de désarmement au village de Huéo dans le canton de Ponalatéon, furent massacrés. En représailles, une colonne de répression de 184 hommes encercla le village au petit matin du 4 mars et tuèrent 30 personnes. D’août à septembre 1920, il mena une campagne de désarmement dans la région de Kampti, qui fit 34 morts, 12 blessés et 295 prisonniers. Ils saisirent 645 bœufs et 651 moutons Archives de l'arrondissement de Batié - Historique des fait par le capitaine Faur (carnet du poste de Gaoua) du 14 décembre 1920..

Le , le Cercle du Lobi passe de l'administration militaire, à une administration civile. En février 1922, le commandant supérieur en Afrique Occidentale Française à Dakar, se déplaça personnellement à Gaoua pour donner l'ordre d'évacuation des militaires et, en 1924, Henri Labouret est rappelé en France .

Carrière d'enseignant et de chercheur vignette|ENA-Paris (ancien emplacement de l'École coloniale. vignette|Exposition coloniale internationale de Paris en 1931. En janvier 1921, Henri Labouret est élu, à l'unanimité, membre titulaire de la Société des américanistes , et est nommé au Conseil lors de la séance du 8 novembre 1938 . Il participe a la séance constitutive de la Société des africanistes du . Membre du conseil et de la commission des publications, il contribue activement au développement de cette société savante. Dans les années quarante, Il participa activement à la création de la section des sciences sociales au sein de l’Office de Recherches Scientifiques des Colonies (ORSC) .

Au cours de ses séjours en Afrique, il apprend plusieurs langues africaines, dont le mandingue, le peul ainsi que des langues du pays lobi, et mène des enquêtes ethnographiques sur les populations locales. Ses travaux de terrain portent particulièrement sur les structures sociales, les coutumes et les langues des sociétés ouest-africaines. Il est notamment reconnu pour ses travaux consacrés aux Lobi, aux Mandingues et aux Peuls, ainsi que pour ses réflexions sur les transformations du fait colonial .

Lors de son séjour en France en 1920-1921, il donne plusieurs conférences accompagnées de projections et de présentations d'objets. Le 11 décembre 1920, à l'Institut d'ethnographie « Mutilations des lèvres et des dents chez certains primitifs africains Voir publications.»; le 15 décembre, à l'Institut français d'anthropologie « Sociétés secrètes parmi quelques peuplades du Soudan français »; 17 décembre, à la Société d'anthropologie « Cultes agraires en Afrique Occidentale française »; 31 décembre et le 6 mars 2021, à la Société française d'ethnographie « Origine des objets de parures chez certains primitifs africains » et « Langage tambouriné et langage sifflé »; et le 20 avril, à l'Institut français d'anthropologie « Divination en Afrique noire » .

Dans la Revue d'ethnographie et traditions populaires de 1920, il publie deux articles sur « Le mystère des ruines du Lobi » et « Mariage et polyandrie parmi les Dagari et les Oulé ».