L' abri sous roche du Rocher de l'Impératrice est un site préhistorique situé sur la commune de Plougastel-Daoulas dans le département français du Finistère fouillé sous la direction de Nicolas Naudinot, Professeur au Muséum national d'Histoire naturelle (UMR CNRS HNHP). L'abri correspond probablement à un abri utilisé pour préparer des opérations de chasse et pour traiter le gibier. Le matériel archéologique lithique découvert et les datations par le radiocarbone indiquent que le site a été fréquenté à plusieurs reprises au Paléolithique supérieur et plus précisément durant l'Azilien ancien (autour de ). C'est l’un des très rares sites de cette période ayant livré des manifestations graphiques. Ces représentations, réalisées sur des plaquettes de schiste, sont présentes en grand nombre sous la forme de figurations animalières.
Historique Le site a été identifié par Michel Le Goffic alors conservateur de l’Archéologie du département du Finistère, après la tempête de 1987. Le terrain est acheté par le conseil général du Finistère, notamment afin de protéger une flore rare (dont Hymenophyllum tunbrigense et Dryopteris aemula) présente sur place. Après une première année de sondage en 2013, le site est fouillé de manière continue durant les étés entre 2013 et 2025 sous la direction de Nicolas Naudinot (Université Côte d'Azur, UMR 7064 CEPAM jusqu'en 2023 puis Muséum national d'Histoire naturelle, UMR 7194 HNHP) avec le soutien de la DRAC Bretagne, le Conseil départemental du Finistère et la commune de Plougastel-Daoulas.
Description Le site est localisé dans un abri sous-roche qui s'ouvre vers le Nord-Ouest au pied du Rocher de l'Impératrice - large falaise de quartzite mesurant près d’une quarantaine de mètres de haut culminant à 101 m d'altitude au-dessus de l’estuaire du fleuve Élorn. Du sommet du rocher, la vue s’étend vers le nord-est jusqu’à Landerneau (12 km) et vers l’ouest au-delà du goulet de l'actuelle rade de Brest (plus de 20 km). Au Paléolithique, le site pouvait donc correspondre à un point d’observation de premier ordre. Il y a 14 000 ans, l'environnement était très différent de l'actuel. Avec un niveau marin plus bas d'environ 100m, la rade de Brest, tout comme la majeure partie de l'actuelle Manche, était exondée. Le trait de côte se trouvait ainsi au large de l'Île de Ouessant. Malgré un réchauffement climatique marqué durant cette période qui succède au maximum glaciaire (GI-1e), la végétation reste très ouverte et plutôt caractéristique d'une steppe parsemée de petits bosquets de bouleau, pin et genévrier. Bien que la faune ne soit pas conservée sur le site du fait des sols acides du Massif armoricain, les données des régions voisines montrent la migration du renne vers des latitudes plus septentrionales et la présence de larges populations de grands ongulés comme le cheval, l'aurochs et le cerf.
L’abri s’étend sur une dizaine de mètres de long. Cette cavité se prolonge directement au sud par un nouvel abri, de forme triangulaire, plus haut et beaucoup moins abrité. La profondeur maximum de l’abri est de 3 m. Au centre, la hauteur de plafond peut atteindre 2 m de haut depuis le sol actuel mais il devait être plus haut (d'environ 1 m de plus) lors de son occupation préhistorique. Plusieurs secteurs ont été perturbés par des aménagements réalisés, par des escaladeurs à l’origine de la découverte du gisement, par les troupes de la Wehrmacht lors de la seconde guerre mondiale et par des fouilles clandestines. La stratigraphie du site archéologique a cependant été protégée dans la plupart du site grâce à l'effondrement de gros blocs de grès armoricain de plusieurs tonnes, tombés de la falaise et venant sceller les niveaux archéologiques. Cet effondrement s'est produit entre l’Azilien et le Néolithique. La surface ainsi mise au jour a notamment permis la découverte d'une couche archéologique azilienne bien conservée dans laquelle de nombreuses concentrations cendreuses ont été identifiées.
Matériel archéologique Comme pour la plupart des sites préhistoriques de la région (hors littoral), la nature acide des sols ne permet pas la conservation des matières organiques et les études et hypothèses reposent principalement sur l’analyse du matériel lithique (ainsi que sur les matières organiques carbonisées et en particulier sur les charbons de bois). .
Matériel lithique Le matériel recueilli correspond à une occupation de l’abri durant la phase ancienne de l’Azilien avec quelques éléments évoquant des occupations plus récentes de l’abri au cours du Mésolithique, du Néolithique et à la Protohistoire.
Cette industrie est très essentiellement débitée dans un silex formé dans les affleurements crétacés de la Manche dont la plupart sous la forme de galets probablement collectés sur les estrans de l'époque. D'autres matériaux, notamment issus des formations jurassiques de l'ouest du Bassin parisien, sont également présents en faible quantité. Une petite partie de l'assemblage a également été débitée dans un microquartzite probablement originaire du secteur de La Forest-Landerneau, à quelques kilomètres au nord-est du site. gauche|vignette|Lames bipointes et monopointes de projectiles.
La production est très clairement axée vers l'obtention de lames. Les supports les plus larges ont été utilisés fréquemment bruts d'après les résultats des études fonctionnelles pour des activités de boucherie. La plupart de ces couteaux ont fait l'objet de séquences d'affutages caractéristiques (donnant des lames à retouche rasante caractéristiques de cette période). Ces couteaux affutés, très nombreux sur le site, ont été aussi recyclés en d'autres gammes d'outils, en particulier en burins, mais également en quelques grattoirs. Les lames de plus petits gabarits ont quant à elles été utilisées afin de concevoir des pointes de projectiles. Ces armatures sont principalement des bipointes et des monopointes à dos courbe. Ces armes ont été ramenées sur le site après la chasse mais des activités de fabrication sur le site ont également été identifiées.
Les méthodes de production de ces lames correspondent parfaitement à ce qui est décrit sur d'autres sites de l'Azlien ancien comme le Closeau, Pont d’Ambon, l'abri Murat, La Fru ou leBois‑Ragot. Il s'agit d'une production soignée sur surfaces larges essentiellement menée à la pierre tendre.
Plaquettes gravées vignette|Plaquettes en schiste gravées. Les sites de l’Azilien ancien sont donc rares en France. La plupart des données disponibles sur ces sites ne permettent de plus pas d’étendre l’enquête au-delà de la sphère technique. À cette industrie lithique très informative s’ajoute au Rocher de l’Impératrice un important corpus d’art mobilier sur plaquette de schiste qui permet de développer une réflexion plus générale sur cette période charnière du Paléolithique. Bien que plusieurs de ces plaquettes aient été découvertes dans une partie perturbée de l’abri, l’ensemble des plaquettes peut raisonnablement être attribué à l’occupation azilienne, puisqu’aucune preuve d’occupation antérieure à l’Azilien n’a été mise en évidence sur le site (en particulier aucune trace d’occupation magdalénienne). La découverte de certaines de ces plaquettes dans les niveaux mieux conservés confirme cette hypothèse.
Ces éléments, dont certains présentant des traces de colorants noirs identifiés comme du charbon, constituent les plus anciennes traces d’expression graphique en Bretagne, mais aussi le plus grand corpus attribuable à l’Azilien ancien en France. Si la plupart de ces pièces sont fragmentaires et ne mesure que quelques centimètres, les éléments les plus complets, ainsi que d’importants efforts de raccords ont montré que les registres représentés étaient essentiellement animaliers : aurochs et surtout chevaux.
Les registres graphiques consistent en des représentations réalistes. Les animaux entiers sont particulièrement détaillés alors que les têtes isolées de chevaux sont traitées de façon schématique. De manière générale, les registres stylistiques présents sur ces plaquettes, par leurs thématiques et leurs codes formels, sont résolument dans la lignée de l’iconographie de la fin du Magdalénien (représentations très détaillés, proportions respectées etc.). Ces résultats suggèrent en outre une claire arythmie entre changements techniques et artistiques, rappelant, s’il était nécessaire, que les entités préhistoriques ne constituent pas des packages mais sont bien constituées de différentes sphères techniques, symboliques ou sociologiques, se transformant à des rythmes parfois variés.
Plaquette 741 La grande plaquette 741 représente quatre des cinq chevaux actuellement recensés. Trois chevaux sont regroupés sur une face (741B), deux sont représentés en miroir en pied, tout comme l’animal isolé sur l’autre face (741A). Entre les jambes de l’un des grands chevaux (face 741B) se trouve la tête d’un quatrième cheval. Cette position et la différence de taille donnent l’impression d’un jeune poulain entre les jambes d’un adulte. Les trois chevaux complets présentent une forte tendance réaliste (organes sensoriels, détails anatomiques...). Une attention particulière a été portée à la représentation du pelage.
Plaquette 317 vignette|Plaquette 317 avec représentation de 2 têtes d'auroch. La plaquette est ornée sur ses deux faces opposées d'une tête d'aurochs tracée par des incisions larges et profondes, dans une recherche d’effet de champlevé. La face (A) présente une composition exceptionnelle : la tête de l'aurochs en profil gauche est entourée de tracés concentriques profonds créant un effet visuel de halo lumineux, qui lui a valu le nom d'« aurochs rayonnant ». Aucune autre représentation de ce genre n’est connue dans l’iconographie paléolithique européenne. Ces tracés ont été gravés après l’animal et les cornes ont été accentuées par une nouvelle série d’incisions dans les mêmes sillons, précisément aux zones d’intersection entre rayons et cornes. L’impact visuel de la figure est renforcé par la coloration des tracés avec un pigment noir, révélée par le nettoyage des incisions et confirmée par la spectrométrie Raman. Le signal carboné détecté par spectrométrie dans la gravure ne provient pas du schiste mais d'une application volontaire de matière carbonée sur la plaquette.
Les deux têtes d'aurochs sont réalistes. Comme pour les chevaux de la plaquette 741, les représentations présentent quelques variations entre les deux faces. La face 317B porte également la trace d'une représentation antérieure d'arrière train d'ongulé (probablement un cheval).
Interprétation